Interview d’expat – Lucie à Venise

En 2018, parmi toutes mes bonnes résolutions il y a celle de continuer les interviews d’expats. D’abord parce que j’aime toujours autant ça, ensuite parce que les #HistoiresExpatriées, rendez vous mensuel crée à l’initiative de Lucie du blog L’occhio di Lucie m’ont donné envie d’en savoir encore plus sur tout ces expatriés et tout ces lieux d’expatriation auxquels je n’aurai jamais pensé. Et aujourd’hui c’est justement Lucie qui se prête au jeu du questionnaire d’expat! Si vous voulez en savoir plus sur la vie en Italie, c’est par ici:

  1. Bonjour Lucie! Depuis combien de temps vis-tu en Italie, qu’est ce que tu y fais ?

Buongiorno ! Je suis en Italie irrégulièrement depuis 2011, date de mon Erasmus. Depuis, j’ai posé mes valises à Rome, Ischia, Naples ou Venise… j’y voyage, j’y enseigne le français, j’y ai étudié, j’y ai écrit, j’y ai fait baby-sitter ou jeune fille au pair… beaucoup de choses !

  1. Depuis un an tu nous régales de photos et d’anecdotes sur Venise, mais est-ce qu’il n’y a pas certaines difficultés à vivre dans une ville “musée”?

Beaucoup de villes italiennes sont de véritables musées à ciel ouvert. Il suffit de penser au centre ville de Florence ou aux ruines en plein air de Rome. C’est justement ce que j’aime en Italie : la richesse et la beauté du patrimoine, vraiment hallucinants.

La différence de Venise, c’est que la ville est petite et très, très fréquentée des touristes, bien sûr. C’est désagréable quand je dois marcher dans la rue pour aller au travail, car il faut sans arrêt se contorsionner pour se faufiler entre les badauds qui encombrent les calle étroites ! Mais à part ça, vivre à Venise est un délice et quelque chose de vraiment exceptionnel. Je ne pense pas y passer toute ma vie mais je profite de cette expérience précieuse.

 

  1. Quelles différences évidentes entre Venise et les autres villes d’Italie où tu as pu vivre?

Venise ne ressemble à aucune autre ville. On ne peut la comparer sur aucun point, tout est différent ici ! La vie quotidienne, mais aussi la mentalité, les rythmes, les sons, la lumière… Il n’y a pas que les aspects pratiques qui diffèrent.

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Venise – Le Grand Canal
  1. Comment rencontre-t-on des vrais gens à Venise?

C’est l’obsession de tous les touristes : mais où sont les “vrais” Vénitiens ? Bon, tous les gens sont vrais, qu’on habite Venise depuis 3 jours, 10 ans ou la naissance, mais je comprends ta question. D’ailleurs, à Venise, on parle de « veneziano D.O.C. », d’origine contrôlée, comme pour la nourriture, je trouve ça plus rigolo.

Comme partout, en vivant sur place on rencontre les gens qui vivent aussi à Venise, que ce soit au travail ou dans les commerces. Mais j’ai dit que Venise était différente en tous points, donc pour être cohérente, il y a quand même des particularités en termes de sociabilisation. Comme la ville est petite, et qu’on fait tout à pied, on rencontre très facilement du monde. On n’arrête pas de croiser et recroiser les gens ! Et comme on est souvent dans la rue, il est fréquent de tomber sur une connaissance et de s’arrêter boire un verre au hasard en rentrant du travail.

  1. Est-ce qu’après toutes ces années certaines choses typiquement françaises te manquent encore?

D’un point de vue culturel, certaines choses me manquent, comme l’accès aux livres en français en bibliothèque (j’ai testé la liseuse, je ne suis pas très fan). Le cinéma en V.O. avec des sous-titres en français me manque aussi.

 

  1. Quelles sont les meilleurs habitudes que tu as prises ici et dont tu ne voudrais pas te passer?

Des habitudes alimentaires certainement, j’adore aller manger dehors en Italie. Et ma façon de cuisiner a été transformée radicalement par la découverte de la cuisine italienne, il n’y a pas moyen de revenir sur ça.

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Rome – L’île Tibérine

 

  1. Quelles découvertes as-tu faites aux alentours? Quels sont les prochains voyages prévus?

Récemment, j’ai visité Bassano del Grappa et j’ai découvert un village absolument adorable. Je crois que la Vénétie est pleine de surprises et j’ai l’intention d’approfondir le sujet dans les mois à venir. J’ai aussi prévu d’aller explorer la région des grands lacs au printemps.

 

  1. La question à mille dollars: comment peut-on visiter Venise sans être un gros touriste et participer aux problèmes soulevés par cette industrie?

Ahaha dure question. Cependant, je crois que partout, quand on voyage, on doit se poser la question des effets de nos choix sur les lieux que l’on visite. Ce qui veut dire : s’informer, lire, se questionner ! Avant, j’aimais bien l’idée de faire un voyage sans rien connaître d’un lieu, d’aller à la découverte sans à priori.  Je crois maintenant qu’il faut au contraire chercher à comprendre ce qu’on visite en voyage, et que pour des villes complexes comme Venise, cela passe par comprendre les dynamiques d’une ville qui est unique. Et donc par rapport à cette lecture de la ville, se positionner différemment : déjà, ne pas avoir une attitude de consommateur, comme c’est souvent le cas. Ne pas croire que Venise est un zoo et ses habitants des spécimens en voie d’extinction.

Pour prendre des exemples concrets, si je devais visiter Venise, je ne louerais pas sur Airbnb, j’irais visiter autre chose que la place Saint Marc, j’éviterais de photographier les gens dans leur vie quotidienne, je prendrais mon temps, je renoncerais à l’idée de tout voir et à celle de tout photographier… c’est assez banal en fait, je ne sais pas si j’arrive à m’exprimer clairement.

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Un marché en Sicile

 

 

  1. Quelles sont les idées  politiques ou économiques pour sauver Venise du désastre? Et ton avis là -dessus?

Décidément tu aimes les questions rigolotes 😀 Je ne suis pas trop la politique ici, mais j’ai la sensation que le mouvement général tend plutôt à vendre toujours plus. Quand de nouvelles boutiques ouvrent, ce sont souvent des pizzerias ou des magasins de bonbons chimiques. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait un véritable plan pour préserver le tissu des quartiers.

Cette année, la municipalité a lancé une campagne pour l’année du tourisme durable qui m’a franchement fait rire. On y demande, par des affiches et sur les réseaux sociaux, de ne pas s’asseoir sur les ponts, de ne pas faire de vélo, de ne pas se baigner dans les canaux… en bref, d’avoir un comportement civil et normal. Que cela soit la réponse de la Sérénissime à la thématique bien plus profonde du tourisme durable m’a semblé effarant. En gros, un hashtag, #EnjoyRespectVenice devrait régler les problèmes de la ville ? Il y a probablement d’autres volets à l’initiative mais ils ne sont pas visibles. Les Vénitiens sont pessimistes et c’est peut être une des choses qui me gonfle le plus dans la vie ici : ce poids et ce fatalisme face aux problèmes de la ville.

  1. Régale-nous: quelle est ta spécialité culinaire favorite en Italie?

Mammamia ! Une seule ? Je ne vais pas vraiment être originale, mais si je devais choisir, la pasta alle vongole, les pâtes aux palourdes, a une place spéciale dans mon cœur. Sans parmesan bien sûr !

 

  1. Quelles sont les régions que tu conseillerais de visiter absolument en Italie pour avoir un avant-goût de toute la richesse de ce pays?

Pour moi, n’importe quelle région d’Italie vaut le coup. Ce pays est fascinant, et je ne crois pas qu’il faille nécessairement voir les classiques comme la Toscane plus que les régions méconnues comme la Calabre. Tout est une questions d’envies et de goûts, personnellement je suis une fille du Sud et la Sicile ou la Campania me font tout de suite vibrer, c’est clair. Mais l’année dernière j’ai parcouru l’Ombrie, par exemple, et j’ai halluciné face à la beauté parfaite des paysages qui semblent avoir été peints à la main par un artiste de la Renaissance.

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Naples – Le Castel del’Ovo
  1. Se déplacer en Italie: à velo, en bateau, en train? Ton moyen de transport favori pour voyager ici?

J’adore le train. La lenteur des trains régionaux italiens, qui s’arrêtent dans chaque ville et traversent des paysages bien souvent intéressants, est un régal pour moi.

Mais le traghetto a aussi son charme, surtout parce qu’il permet d’arriver jusqu’aux îles dont le nom en lui-même est déjà un dépaysement et un voyage, comme Ischia, le Tremiti, Ponza ou Pantelleria…

Pour certains voyages, cependant, la voiture me semble indispensable pour arriver jusqu’à certains sites qui ne sont pas desservis, à moins de faire du stop (mais l’Italie est un pays ou le stop marche très mal).

  1. Comment t’y prends tu pour réaliser un guide de voyage?

Olala, j’ai écrit un article entier sur la question ! Déjà, je n’ai jamais créé de guide, seulement mis à jour des éditions déjà établies. Mon travail est donc d’abord de documentation, de recherche, puis d’organisation. Je programme l’enquête, les lieux à visiter, pointe les choses à vérifier, à partir d’une version du guide précédent fournie par l’éditeur. Ensuite vient l’enquête sur le terrain et le relevé des informations. Toutes les techniques sont bonnes : photos, notes, dessins, et accumuler brochures, dépliants, etc. De retour d’enquête on passe à l’élaboration, la mise en forme et la rédaction. Puis viendront les questions de l’éditeur, les modifications, demande de précision, révisions, pour arriver à un résultat le plus pertinent possible.

  1. Dernière question : D’autres villes Italiennes où tu te verrais t’installer?

Bologne, Gênes, Palerme, Naples, Lecce ou Syracuse… certaines villes m’attireraient bien pour quelques mois, d’autres un peu plus longtemps, mais la condition est pour moi toujours la même : pas trop loin de la mer…

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