Naples, ça passe ou ça casse.

Seconde étape de ces vacances à rebours : l’Italie. Avant de m’envoler pour Marseille en août dernier j’ai passé quelques jours dans une autre ville « mal famée » de la Méditerranée : l’inquiétante et  sauvage Naples. On dit beaucoup de choses sur Naples, et surtout on dit tout et son contraire : on dit qu’il faut voir Naples avant de mourir, on dit qu’il faut faire très très attention à ses affaires et si possible tout laisser à l’hôtel, on dit que la ville est sale et dangereuse, on dit qu’elle est encore plus rayonnante que Rome, on la dit chaleureuse et funèbre. On m’a surtout dit que Naples, ça passe ou ça casse. Et devinez quoi : pour moi Naples ça s’est très bien passé ! Et j’oserais même dire que j’ai peut-être préféré la vieille Neapolis à sa rivale romaine.

A l’heure où je vous écris, j’écoute du bon rap napolitain découvert dans la série Gomorra – bien sympa soit dit en passant – qui donne à mon italien tout récent un bon accent du sud que je devrai corriger au plus vite. En regardant Gomorra je devine bien que la Naples que j’ai vu n’est pas la Naples de ses habitants : j’ai peu quitté le quartier historique et je n’ai donc pas du tout ressenti l’insécurité ou la présence de la mafia. Malgré tout j’ai eu un peu du mal à apprécier la ville les premières heures, notamment à cause de la tonne de recommandations de sécurité que j’avais reçue en y allant. Pour faire simple : je regardais tout le monde d’un œil suspicieux, n’osant pratiquement pas sortir mon appareil photo de peur d’un vol à l’arraché. Je ne dis pas qu’il n’y a aucun risque, mais une fois qu’on oublie un peu cette peur, Naples devient bien plus agréable car le quartier central n’est pas plus dangereux que celui de n’importe quelle grande ville européenne.

Qu’ai-je bien pu faire durant ces trois petites journées napolitaines ? Que puis-je vous conseiller ? Et pourquoi j’ai aimé Naples ? Pour commencer : je n’ai pas fait grand-chose. Comme pour Marseille j’ai profité de Naples  calmement sans courir partout, parce que je me dis bien que rien ne sert de courir, il faut y revenir bien plus d’une fois, et j’ose espérer que j’en aurai l’occasion. Mon premier conseil est donc : si vous allez à Naples en été, faites-vous à la vie à l’Italienne et ne sortez pas entre midi et 17h. Il fait trop chaud, et c’est très agréable de faire une sieste climatisée en pleine journée. Bien entendu ça diminue la journée mais ça donne bien meilleure humeur. Une fois ce principe acquis, deuxième conseil : trouvez un logement dans le centre historique. Notre chambre se situait rue Nilo, à proximité d’à peu près tout.

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  • Naples: le centre historique

Je n’avais pas envie de piétiner dans un musée, pas envie de visiter les  dix mille églises de la ville, j’avais surtout envie de me promener dans les rues, de voir le linge flotter aux fenêtres, de zigzaguer entre les scooters qui transportent dans le plus joyeux bordel trois passagers, sans casque, bien évidemment, ET de m’empiffrer de pizza – attention ça se dit piTSa ici – matin, midi et soir, ce que j’ai fait. Le centre qui s’étend de la Via Toledo à la Via Duomo est tout à fait propice à ce type de balade. Pour me donner tout de même un but entre deux parts de pizzas j’ai  visité plusieurs monuments : le cloître de Santa Chiara, l’église du Nouveau Jésus  -l’ancien ne suffisait plus apparemment-, et le Naples souterrain.

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La plupart des églises de Naples sont payantes, j’ai donc préféré n’en faire qu’une, et celle que je voulais absolument voir c’était Santa Chiara et son superbe cloître en majoliques. Pour qui est allé au Portugal ça n’a rien d’exceptionnel, mais je n’avais encore jamais vu un aussi joli cloître de mosaïques peintes. L’église du Nouveau Jésus m’a beaucoup moins plu: du très sobre italien avec des dimensions impressionnantes, du marbre et des dorures, et bien évidemment un GROS portrait de Padre Pio, comme dans toutes les églises du Sud, et tous les portefeuilles des Napolitains.

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Enfin Naples souterraine est un très bon plan si vous voulez tout de même sortir en pleine journée : la vieille ville de Naples construite par les Grecs se trouve à quelques 40 mètres sous le niveau de la Naples actuelle. Un guide – français si vous le souhaitez – vous emmène découvrir les citernes édifiées sous les Grecs, les Romains puis les Espagnols avec moult anecdotes sur l’histoire de la ville. C’est frais, il ne faut pas être trop claustrophobe, bien que les passages les plus étroits soient facultatifs, c’est très intéressant, et j’ai eu beau être un peu réticente au départ, trouvant la visite trop touristique – toujours cette volonté de ne pas être touriste quand on l’est – j’ai beaucoup apprécié cette visite que je recommande chaudement.

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  • Autres quartiers de Naples: quartier Espagnol et Lungomare

Le soir, quand la fraicheur revient un peu, et que la lumière se fait belle, j’ai imposé à mon Italien la visite de deux autres quartiers de Naples, qui ont fait fonctionner les gambettes. Indispensable mais à éviter trop tard dans la soirée – ce que disent les guides-  : le quartier espagnol. Construit lors de l’arrivée des espagnols, Naples appartenant alors à la Castille, pour y héberger les soldats fraîchement arrivés, c’est un des plus vieux quartiers de Naples.

Les rues sont minuscules, le soleil ne peut pas y passer, et c’est un véritable dédale de rues en damier. Ici j’ai évité de sortir mon appareil photo : d’une part parce qu’on sent que le quartier est moins sûr, d’autre part parce qu’on peut saisir la vie privée des Napolitains à chaque coin de rue et que je ne me sentais pas de voler ces petits instants du quotidien. Le soir les dames sortent les chaises, voire les chaises longues dans les rues, les vieilles dames font descendre de leur balcon un seau pour que les commerçants les remplissent de ce qu’elles ont acheté – une sorte de poulie qui évite de descendre -, les gamins de dix ans roulent sur leur scooter pour aller dealer sur la place.

J’y ai senti un peu le cœur, l’âme de la Naples que l’on nous décrit, sans qu’elle soit aussi sale que dans Gomorra. Le quartier espagnol est dans le centre, spécialité des villes du sud, le centre demeure le quartier des pauvres, le quartier presque insalubre. Juste à côté s’étend la via Toledo, rue piétonne pleine de grandes enseignes, qui rappelle qu’on n’a pas grand-chose à craindre ici. Cette petite visite m’a donné la sensation d’entrer un peu dans le vif du roman d’Elena Ferrante, “l’amie prodigieuse”, censé se dérouler dans les quartiers pauvres de Naples. Bref, j’ai adoré.

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En redescendant la via Toledo,  nous arrivons sur Castel Nuovo – Naples possède trois châteaux, je n’en ai visité aucun, ce sera pour une prochaine fois. A droite du Castel vous arrivez sur le Lungomare, le front de mer, là d’où on voit le mieux le Vésuve qui se couche sous cette lumière rose. Nous ne nous sommes pas aventurés vers le quartier de Chiaia, le quartier huppé, car mes pieds n’en pouvaient plus et que la nuit tombait.Nous nous sommes contentés de nous poser quelques minutes sur une petites crique où étaient amarrées quelques barques et où certains plongeaient. Et là, on était bien, on était à Naples, sous l’ombre menaçante du Vésuve et on s’est dit qu’on pourrait y rester très longtemps.

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  • Procida: la belle découverte

Je tenais absolument à me rendre sur une des îles du golfe de Naples : Capri, Ischia ou Procida. Capri est bien sur la plus connue, Ischia est celle qui doit abriter le plus de maisons de footballeurs italiens et…Procida est la plus petite mais aussi la plus près, et la moins chère. J’avais choisi Procida parce que justement elle était petite et qu’on pourrait en faire à peu près le tour et en profiter en quelques heures. On a pris nos billets la veille, au port principal, et on est partis à 10h, pour une heure de trajet et quand on est arrivés, quel bonheur!

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Le petit port, les maisons de toutes les couleurs et tout en haut un petit bourg médiéval avec un vieux castel qui nous offre une vue superbe sur le plus beau village de l’île : la photo carte postale. Autre intérêt, Procida est un peu délaissée des touristes puisque moins connue, elle ressemble encore à un village de pêcheurs, qui vit du tourisme, mais d’un tourisme plus local – souvent c’est le lieu de villégiature de week-end des Napolitains – ou alors de Français et de Québécois, parce qu’on est partout. La pizza est plus chère qu’à Naples mais toujours très correcte et on peut se baigner un peu à l’écart du port, dans une eau transparente, à deux brassées de bateaux. Çà m’a rappelé les îles grecques à deux pas de Naples. Un gros crush, vous l’aurez compris.  Pour le coup les photos seront un meilleur témoignage et vous convaincront sûrement mieux qu’il faut visiter Procida.

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Pour finir ce long article sur ma nouvelle ville préférée d’Italie je tiens à préciser que les pizzas dont j’ai déjà parlées n’y sont pas pour rien : une simple margherita, la seule, la vraie pizza, avec une mozzarella di buffala vous apprendra que vous n’avez jamais mangé de pizza de votre vie. Elles sont excellentes, et ne coûtent rien du tout. Ça fait très mal quand on revient en France ensuite, j’ai  du mal à remanger des pizza d’ici depuis cette découverte culinaire hors du commun.

P.S : je vous poste des photos de notre logement qui valait le coup. Via Nilo, 40€ par nuit/ personne mais avec un appart vide et une terrasse avec vue sur le Vésuve, le tout dans un vieil hôtel napolitain avec des plafonds à 4 mètres de haut, et des arcades pour les escaliers, bien caché derrière une porte cochère dans les petites rues sombres du Naples historique.

 

 

 

Dans les montagnes de Veliko Tarnovo

Nous sommes parties dans la matinée pour rejoindre en bus le centre du pays; Nous nous rendons dans une ville au milieu de petites montagnes, une ville au nom qui fait rêver comme une formule magique : Veliko Tarnovo. C’est en sens inverse le chemin que j’ai fait pour venir à Varna, je suis bien heureuse de n’avoir pas vu l’état de la route alors : il y a des trous partout,  et des engins qui, d’après moi, ne devraient pas se trouver sur ce type de route. Les montagnes défilent au loin, difficile de les rater, la Bulgarie abrite cinq chaînes de montagnes, nous nous dirigeons vers celle des Balkans, la plus célèbre. Arrivées en début d’après-midi à Veliko, il nous faut trouver l’auberge, mais sous cette chaleur estivale sans souffle de vent, je ne me sens pas de prendre une décision quant au chemin à emprunter. Je suis Margot sans discuter, on se trompe un peu mais on finit par parvenir à une petite allée au fond de laquelle se trouve notre destination, notre ashram pour les deux prochains jours.

4ème jour: départ en bus pour Veliko Tarnovo, ville dans les montagnes. Chaleur étouffante. Je découvre avec joie cette petite ville, pourtant l'une des grandes villes du pays, au soleil de fin d'après-midi.

4ème jour: bus pour Veliko Tarnovo et découverte de la ville sous la lumière du soir. Il fait bon vivre dans ces montagnes.

Si j’utilise le terme d’ashram c’est que cette petite escapade de deux jours était un moment de réflexion, de méditation, et de complicité pour nous deux je crois.  Un jardin, de grandes chambres, une terrasse avec balancelle où bouquiner en sirotant une bonne camomille, et une salle à manger où le repas était servi chaque soir : soupe chaude, pain, limonade. Simple, mais a-t-on besoin de plus ? Un petit air de refuge de montagne dans ce havre de paix au milieu de la verdure. On n’entend rien, ou du moins le croit-on, car au moment de se coucher, comment trouver le sommeil sous le chant d’un oiseau inconnu qui pousse son solo au milieu d’une symphonie pour grillons, grenouilles et autres animaux de Veliko Tarnovo.

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  • Veliko Tarnovo : la vieille ville

Il fait bon sortir à partir de 18h, et sous la chaleur de la journée j’ai peine à croire qu’en hiver il est parfois impossible de se rendre dans cette ville pour cause de neige et de gel. Nous parcourons alors en flânant le vieux quartier de Veliko Tarnovo, passant devant la citadelle nous remontons lentement vers le village en hauteur. Veliko, ce lieu majestueux construit face à la colline du Tsarevets, ancienne capitale du second Empire Bulgare – entre le XIIe et le XIVe siècle – tous ces noms bulgares me parlent et me donnent de plus en plus envie de me plonger dans leur histoire si méconnue.

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La particularité de Veliko c’est son incroyable richesse de Street Art qu’on ne s’attend pas à trouver dans une région reculée. Dans chaque rue on croise de superbes fresques et ce mélange de moderne et d’ancien est surprenant et ravissant à la fois. Tout est très calme dans la vieille ville, nous longeons des maisons de bois, la végétation reprend ses droits par endroits, devant les maisons des Lada sont encore garées, je n’en ai jamais vu autant qu’ici, au point de me demander s’il est intéressant de visiter la Bulgarie si ce n’est pas en Lada. A certains endroits les points de vue sur les montagnes environnantes et sur la forteresse du Tsarevets encore ensoleillée sont à couper le souffle. La vie est sereine, les montagnes sont belles, les maisons sont vieilles. Au loin la nouvelle ville se chauffe le dos au soleil. Les villes bulgares ont la faculté d’être belles malgré leurs HLM, ces pyramides d’immeubles forment un charmant tableau dont les couleurs changent selon les heures de la journée et nous les contemplons attablées à une terrasse, un café frappé à la main. Je ne cesse de me répéter que j’aime Veliko Tarnovo.

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5ème jour: A la découverte du village-musée d'Etar, dans le centre de la Bulgarie. On  découvre la vie bulgare du début du XXe siècle.

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  • Le village musée d’Etar

Je m’en veux un peu de revoir avec mon amie des lieux qu’elle a déjà vus, nous partons donc le lendemain pour le village musée d’Etar, un village censé représenter la vie bulgare au XIXe et début du XXe siècle. Les villages musées se sont essentiellement développés dans les régions les plus orientales de l’Europe, pour mettre en valeur un patrimoine immatériel, architectural et agricole  qui a tendance à disparaître avec les grands projets d’industrialisation et d’urbanisme. Même si nous en trouvons aussi de plus en plus en Europe de l’ouest – en Alsace par exemple.

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Et nous voici à nouveau confrontées aux transports bulgares. Margot parle quelques mots, je ne comprends rien et malgré ma pratique assidue du cyrillique – je me force à lire chaque enseigne que je croise – nous nous trouvons bloquées à Gabrovo après un trajet en bus en compagnie de jeunes Roms  où je peux éprouver pour la première fois la réelle tension qui existe entre les Bulgares et cette communauté. Enfin un taxi nous prend en stop, il ne parle pas anglais mais espagnol, il raconte son histoire à Margot pendant que je relâche le stress, prête à profiter de notre prochaine halte.

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Evidemment le village est touristique mais il est charmant, dans chaque maison un métier d’antan est représenté et manipulé : le tissage, la forge, etc. Cette idée des villages-musées est vraiment excellente, il est tellement plus facile de se faire une idée avec des reconstructions. Après avoir bien mitraillé les maisons avec nos appareils photos nous reprenons le chemin pour Veliko  qui serpente entre les montagnes. Le chemin semble plus court qu’à l’aller et en arrivant à Veliko nous savons tout de suite retrouver notre chemin. Je commence déjà à être nostalgique de cette ville à laquelle je me suis si vite habituée. Demain nous serons à Sophia.