Chronique parisienne – Un été à Paris

Paris l’été, Paris en août. Paris quand elle se vide, sous la pluie, le froid et cette impression d’un automne arrivé trop tôt. C’est ce qu’on voit et ce qu’on lit sur les réseaux sociaux ces dernières semaines, et, en effet, on ne peut pas dire que Paris ait réservé ses plus beaux jours à ceux qui ont décidé d’y rester en Août. Période pourtant suffisamment difficile quand on voit tous les autres partir en vacances.

Mais, ce ne serait pas rendre justice que de limiter Paris à ces quelques jours de mauvais temps. Parce que Paris a la gentillesse de ne faire tomber la pluie que la semaine, laissant un grand soleil illuminer nos week-ends et nous donner tout le loisirs de nous croire nous aussi en vacances. Voici donc une petite chronique d’un Paris estival un peu plus vide mais bien vivant.

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Le cactus pour montrer qu’on parle de la Californie

Vive la Piscine et les Palmiers : l’expo David Hockney à découvrir de toute urgence.

Cette chronique parisienne n°4 ou 5 – je ne me souviens pas, je l’ai si peu tenue – est l’occasion de vous parler de ma grosse découverte de ce mois d’août : l’artiste David Hockney. Je remercie mes copines portées sur l’art moderne et contemporain qui m’emmènent voir des expo dont je n’avais même pas entendu parler. Ou plutôt j’avais soigneusement détourné la tête de l’immense affiche en passant devant Beaubourg où une retrospective est organisée.

David Hockney est un artiste britannique (toujours en vie) un peu touche à tout. Né en Angleterre la majeure partie de ses œuvres concerne la Californie où il vit et travaille, et ses principales oeuvres sont des tableaux, mais des tableaux réalisés avec l’aide de la photo, des nouvelles technologies ou d’autres techniques plus modernes. Je ne connaissais rien à son œuvre et j’ai adoré.

L’exposition est très bien faite, si vous omettez le tout premier panneau qui utilise des termes un peu trop complexes à mon goût et de nature à perdre le visiteur profane. L’œuvre d’Hockney est si vaste et si variée qu’il est impossible de s’ennuyer : chaque pièce met en avant des périodes différentes de son travail et qui n’ont parfois rien à voir. On ressent une véritable critique, une sorte d’ironie pour ses contemporains, et en même temps une grande recherche intellectuelle. Un travail sur la matière, sur les supports, sur les sujets qui peut faire peur mais on comprend tout très bien et c’est rudement intéressant.

L’homosexualité, la société californienne, les couleurs de Los Angeles et à certains moments les campagnes anglaises, tous ces sujets sont évoqués à travers la photo, les films et la peinture. Mais LE sujet pour lequel David Hockney est célèbre ce sont les piscines. Il a cherché, longtemps, comment rendre les reflets du soleil dans la piscine. Une étude très intéressante où on voit se croiser divers courants artistiques.

J’ai pris beaucoup de plaisir à arpenter cette expo, j’espère vous avoir donner envie de vous y rendre à votre tour ! Je regarderai plus sérieusement les expo à Pompidou désormais.

Exposition David Hockney – Centre Pompidou : jusqu’au 23 octobre 2017

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Des terrasses ensoleillées : les vacances à Paris

L’été c’est LA saison des terrasses et des lieux éphémères qui essaiment un peu partout dans Paris. Le plus célèbre est Ground Control, ce lieu culturel éphémère qui ne se pose jamais au même endroit. Une amie m’a expliqué que la mode des lieux éphèmères était en fait un courant d’urbanisme qui avait pour vocation de redonner du rythme à la ville, d’en faire une entité sans cesse en mouvement en réutilisant des lieux en friches mais promis à un autre destin. Les grands voisins par exemple : on sait depuis longtemps que le lieu sera réutilisé en 2018 mais la mairie a laissé des associations en prendre possession pour une durée déterminée afin de ne pas laisser de terrain abandonné et de permettre du mouvement.

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J’ai découvert une autre terrasse forte agréable aux dernières lueurs de l’après-midi : le Palazzo de la porte dorée. J’adore le palais de la porte dorée pour son archaïsme imposant. Un retour immédiat dans un Empire colonial français persuadé d’apporter la civilisation aux peuples indigènes. Une idée bien visible dans l’iconographie particulière de ce palais : depuis les palmiers aux tableaux orientalistes de la salle principale en passant par l’architecture du palais. Tout sent les années 30. J’aime encore plus que ce palais abrite aujourd’hui le musée national de l’immigration.

C’est à l’occasion de l’exposition Ciao Italia qu’une terrasse éphémère a vu le jour devant le Palais, renommé pour l’occasion le Palazzo. Des coussins sur l’escalier monumental, un DJ, des chaises longues, du sable et bien entendu un bar à Spritz. L’endroit n’est pas trop couru. De quoi se faire un agréable afterwork.

Toute une programmation est prévue jusqu’au 15 octobre, tout se trouve ici : Palazzo

Des animations et conférences sont aussi prévues autour du thème de l’Italie. J’adore l’idée des « conférences pompettes » sur les vins italiens par exemple.

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Que faire l’été à Paris ? Sortir de Paris pardi !

Le meilleur moyen de profiter de la chaleur à Paris est encore de sortir de Paris. Ou d’aller se baigner dans le bassin de la Villette mais il parait que ce n’est plus très sûr.

Une sortie que je voulais faire depuis longtemps parce qu’elle permet de respirer et de retrouver la nature : une balade à Fontainebleau. A un peu plus d’une demi-heure de Paris se trouve une effet une immense forêt avec moult chemins de randonnées – balisés en bleu, jaune (familiale) ou rouge et blanc pour les GR – des blocs pour grimper, et encore surement beaucoup d’autres activités. Quand il fait 30 degrés, c’est la sortie idéale.

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Une mer de fougère dans cet ancien repère de peintres

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Nous avons rejoint beaucoup d’autres touristes dans le village de Barbizon où vous pouvez également faire une sortie culturelle, mais finalement on a préféré piqueniquer au milieu des bois, changer d’itinéraire en plein milieu et se perdre sur une crête avant de finalement retrouver le chemin (merci les gens que l’on croise et le GPS). Très rapidement on n’entend d’autre bruit que ses pas et le souffle du vent, on a de superbes vues sur toute la forêt de Fontainebleau, on croise d’étranges rochers sculptés par la mer et on s’évade vraiment.

Pour les vrais, le circuit des 25 bosses est la rando avec le plus de dénivelés en île de France, nous en avons emprunté un bout par chance c’était le coté avec les beaux points de vues. Il s’agit d’une randonnée longue et assez difficile mais très belle.

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La forêt de Fontainebleau qui s’étend à perte de vue.
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Une tortue croisée au détour d’un chemin

 

Chronique parisienne 4 – Une semaine féministe

  • Expo du moment – “Présumées coupables” aux Archives Nationales

Pour finir cette semaine toute féministe je suis allée samedi dernier au CARAN, le centre des Archives Nationales au cœur du Marais, pour y voir l’exposition « Présumée coupables ». Malgré le monde – qui eut pensé qu’une expo sur ce thème serait bondée ? – je suis sortie plutôt satisfaite de cette visite.

Pièces d’archives à l’appui, l’expo retrace cinq  types de condamnation en justice pour les femmes depuis le Moyen-âge jusqu’à la Libération : les sorcières, les empoisonneuses, les pétroleuses, les collaboratrices et les infanticides. Cinq crimes majeurs qui conduisent des femmes en procès,  crimes pour lesquelles elles sont souvent condamnées, mais pas toujours ! L’exposition détaille non seulement le déroulement des procès mais également les processus qui conduisent ces femmes à se retrouver en Justice : délation, profils particuliers (âge, vie marginale, etc), situations difficiles qui poussent au meurtre ou à l’abandon de son enfant, …

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Le CARAN – Centre de Recherche des Archives Nationales
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Cour de l’Hôtel de Soubise

Le gros plus : les archives sont dans les vitrines, passionnantes pour qui est paléographe mais peu évocatrices pour les profanes MAIS des écrans proposent la transcription des textes en vieux français et également la traduction en français d’aujourd’hui. On peut ainsi lire les procès verbaux de dizaines et de dizaines de femmes qui décrivent leurs danses sataniques, le calvaire de l’inceste, ou encore les raisons de leur « collaboration horizontale ».

Même si on s’y connait sur certains sujets – par exemple le Moyen-Âge – on apprend forcément quelque chose sur les autres périodes : pour ma part je ne connaissais rien aux pétroleuses, et je n’avais jamais eu l’occasion d’en savoir plus sur les femmes tondues de la libération que ce que nous offrent à voir les films de l’époque (qui sont très durs à regarder je trouve).

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Enfin : avoir accès à des documents d’archives est pour moi quelque chose de toujours émouvant, qu’il s’agisse de procès du XIIIe siècle ou de lettres de Louise Michel. Permettre que cette mémoire commune soit diffusée à tous même sur de courtes périodes, seulement lors d’expositions, est primordial ! Il est donc important d’encourager les Archives Nationales qui organisent régulièrement des expositions, souvent quelque peu politiques, et toujours passionnantes !

L’exposition a lieu à l’Hotel de Soubise, rue des Francs-Bourgeois (métro Rambuteau) jusqu’au 27 mars 2017 – 6€ l’entrée plein tarif

Pour en savoir plus: site des archives nationales

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  • Un magazine: CAUSETTE

Il y a deux mois alors que j’attendais patiemment le RER pour rentrer chez les parents en trainant dans le Relais du coin j’ai décidé d’acheter Causette, ce magazine féministe que je n’avais jamais ouvert. J’avais dans les poches tout pile le prix, les textes avaient l’air de valoir le coup, adjugé-vendu ! J’ai eu raison. Malgré le prix prohibitif – mais c’est le cas de tous les magazines il me semble – j’ai dévoré le numéro de janvier, j’ai fait exprès de le laisser chez mes parents, chez mon copain pour le faire lire au plus de monde possible. Causette adopte un ton très ironique, impossible à apprécier si vous n’êtes pas trop second degré : des chapeaux politiquement incorrects comme « Aimer les enfants c’est ne pas en faire ? » pour n’en citer qu’un, avec une ligne éditoriale avant tout féministe mais qui parle aussi beaucoup de politique, des reportages inédits sur d’autres parties du monde. Bref un ensemble qui me plait : je trouve toujours un article à lire selon mon moral. Petit bémol : je pense ne pas être tout à fait d’accord avec leurs critiques culturelles, pas assez critiques justement, à l’inverse du reste du magazine.

 Pour celles – ou ceux –  qui trouveraient cela trop cher, pensez à regarder dans votre médiathèque, la mienne l’achète chaque mois, et un abonnement à la médiathèque est toujours moins cher.

  •  Podcast: “Le dictionnaire du féminisme” sur France Inter

Je me suis longtemps dit qu’il faudrait que je profite des tâches répétitives au boulot pour écouter des postcasts, c’est chose faite cette semaine après avoir vu passer sur twitter une annonce pour un épisode de « La marche de l’histoire » de Jean Lebrun –France Inter – sur le féminisme, ou plus exactement sur le Dictionnaire du féminisme, paru il y a peu aux Presses Universitaires de France sous la direction de Christine Bard.

Christine Bard n’est pas une inconnue, c’était la prof de Jéromine, l’archivoyageuse, pendant sa licence d’histoire, et c’est surtout celle qui a fondé en 2000 le centre d’archives du féminisme. Pourquoi un centre d’archives ? Parce que dès le départ les féministes, et  les associations féministes ont produit de nombreux documents, collectés et réunis en 3 lieux : la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine et la Bibliothèque Marguerite Durand à Paris, et la BU d’Angers où le fonds d’archives est accompagné d’un fonds documentaire unique de 10000 ouvrages sur le thème du genre et du féminisme.

 Pour en savoir plus je vous conseille, bien entendu, d’écouter le podcast !

Chronique parisienne: perdue dans les (vieux) livres

Mardi 13 décembreC’est l’heure de la 3ème chronique parisienne (puisque cette rubrique a été rebaptisée ainsi, puisque j’y parle essentiellement de ce que j’ai pu faire et voir à Paris).

Comme quoi on peut toujours découvrir le 5e arrondissement autrement. Ici depuis le restaurant administratif de l’ancienne école polytechnique. (On ne se mouche pas du coude…)
L’église Saint Étienne du Mont, toujours aussi belle (selon moi)

Depuis un mois j’ai repris le travail, un travail qui ne va pas durer longtemps mais qui me permet de découvrir un nouveau milieu j’ai nommé : les bibliothèques. Je ne suis pas vraiment novice des bibliothèques, comme tout étudiant qui se respecte j’en ai fréquenté moult durant mes études, j’ai même eu le droit d’avoir ma carte « chercheurs » de la Bibliothèque Nationale. Celle qui donne accès à un tout nouveau monde où on a droit à deux heures de pause, une place réservée, et un café pour y rencontrer ses pairs. Mais aujourd’hui je suis de l’autre côté.


Si vous me suivez sur snapchat vous avez pu voir que je me perdais assez régulièrement dans les immenses magasins de la Bibli, entre les comptes rendus de l’ONU, les manuels de droit et les vieux dictionnaires juridiques du XVIIe. J’aime assez l’idée de vous montrer une fois par semaine les off de la vie de bibliothécaire et redécouvrir avec vous le 5e arrondissement de Paris. Je ne l’aurai pas quitté longtemps mais ça suffit pour que je « waho » à chaque fois que je passe devant le Panthéon ou que je « ooh trop mignon » quand je longe l’église Saint-Etienne-du-Mont.

Rendre instagrammables des ouvrages de droit…tout un défi!

Et puisqu’on parle de livres j’en ai plusieurs de retard dont je voulais vous parler.

  • Nos contrées sauvages, Cate Kennedy

L’histoire : Sandy élève seule sa fille dans une petite ville de l’Australie quand la père de celle-ci, un photographe-aventurier, refait son apparition et décide d’emmener sa progéniture en trek en Tasmanie pour faire connaissance pendant que Sandy fait une retraite dans un camp bouddhiste. Evidemment tout ne se passe pas comme prévu…

Je n’ai pas tout de suite accroché avec ce roman : l’écriture est excellente, ça se lit très vite MAIS les personnages sont assez peu agréables, chacun à leur manière, et ce qui m’a finalement le plus dérangée c’est de me reconnaitre dans chacun d’eux, essentiellement pour leurs mauvais côtés. Plein de cynisme, à la fois cinglant et avec une certaine tendresse ce roman est un récit de société sur une génération qui peine à vieillir et vit dans le paraître. Le livre s’intéresse aussi beaucoup à la question du tourisme de masse qui est sans cesse présente durant le trek : que font les touristes à la nature ? Le paradoxe du touriste qui aimerait être seul au monde et détruit ainsi peu à peu les espaces sauvages met forcément un peu mal à l’aise mais permet aussi de se poser des questions.

Un très bon livre, très intelligent.wp-1482312846865.jpeg

  • Le voile de Téhéran, Parinoush Saniee

L’histoire : Iran, régime du Shah – Malgré son rêve de poursuivre ses études Massoumeh se retrouve mariée à 16 ans à un homme qu’elle ne connait pas. Tout au long des révolutions et des changements de régime que connait le pays elle essaie de prendre sa vie en main et se battre.

Avis mitigé. J’ai beaucoup aimé sur le moment, pas pour l’écriture que j’ai trouvé trop simple, pas pour les personnages que j’ai trouvé peu étoffés, mais pour les événements que le livre raconte. Je me passionne pour   l’Iran depuis que j’ai vu Persepolis, or ce roman décrit tous les mouvements qu’à connu l’Iran durant 50 ans. J’ai ouvert des livres d’histoire en même temps  pour approfondir ce que je lisais et c’est en ça que cette lecture m’a beaucoup apportée. Si les personnages, surtout les personnages principaux, ne sont pas habités par des paradoxes qui pourraient me les rendre attachants – hormis peut-être la mère de Massoumeh qui est finalement la plus intéressante car ne rentrant pas dans une case – la complexité de la situation du pays est très bien rendue et permet de mettre des images derrières des mots de « révolution islamique ».

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  • Nord et Sud, Elizabeth Gaskell

Mon petit dernier, trouvé encore une fois dans le club de lecture de Mango and salt. Un roman victorien comme on les aime, avec une écriture proche de Jane Austen bien qu’un peu plus bigote, et une certaine originalité : mettre au cœur du livre le sujet des cités industrielles du nord de l’Angleterre !

L’Histoire : Pour des raisons familiales Margaret, fille d’un  pasteur du sud de l’Angleterre, se voit contrainte de déménager dans le nord, non loin de Newcastle , dans une ville ouvrière. Changement de vie total : point de champs et de balades en plein air mais des bains de foule sous la poussière des usines et grèves !

Voici un bon livre à lire avec une tasse de thé et un plaid sur les genoux. Il est toujours agréable de lire des romans de cette période, celui-ci est particulier car c’est un sujet que je n’avais encore jamais vu traité, et à vrai dire, je ne savais pas que les syndicats existaient déjà en 1860 ! La chronique de la vie citadine au milieu des usines et des grèves est passionnante, bien que peu crédible par moments, et Elisabeth Gaskell fait bien attention de confronter régulièrement la vision du patron et celle de l’ouvrier , présentant son héroïne, et le lecteur avec elle, comme une observatrice qui doit se faire son propre avis sur un sujet qu’elle ne maîtrise pas du tout.

Je le recommande donc chaleureusement à tous les adeptes de ce genre de littérature.

Il parait qu’il existe une série de la BBC du même nom: North &South...je vais regarder ça le plus vite possible.

Chronique parisienne #2 – Un pied en Orient

Un mois, ou presque, a passé depuis la dernière édition et j’ai été pas mal occupée ces derniers temps puisque je suis partie six jours à Vienne – je vous parle de la capitale viennoise dans un article consacré : un long week-end à Vienne – où j’ai pris une longueur d’avance avec l’hiver. J’ai passé le restant du mois à écrire et envoyer des lettres de motivation pas du tout motivées en buvant moult cappuccino dans des cafés parisiens ou en regardant la pluie tomber depuis ma grande baie vitrée qui donne sur un cimetière à l’anglaise. Ambiance gloomy parfaite pour un soir d’halloween.

Enfin j’ai découvert deux supers applis sur lesquelles j’ai dû passer des heures : pacer, un podomètre qui m’a rendue accroc à la marche, mon but étant chaque jour d’atteindre les dix mille pas attendus. J’ai remarqué que je ne les atteignais jamais à Paris, à moins de décider de ne pas du tout prendre le métro de la journée, alors que je pouvais facilement viser les seize mille pas à Vienne, autrement dit : vive le tourisme !

La seconde appli c’est « keep », une appli google toute bête qui permet de faire des listes partagées avec ses contacts : on peut y ajouter des couleurs et des photos, c’est joli et ça m’a bien occupée. Au top de mes listes : l’habituelle « Où partir en voyage ? », suivie de sa petite sœur « Où partir en week-end ? », et les plus utiles et moins inspirantes « Idées de livres, de films, … ». Enfin, celle qui va devenir de plus en plus d’actualité, la fameuse liste de Noël ! L’avantage de cette appli c’est que les collaborateurs peuvent ajouter des choses mais aussi cocher les cases lorsqu’une tâche est faite – donc pas mal pour les cadeaux de noël, pratique aussi pour les courses.

Pour finir ce mois-ci j’ai tout de même visité, vu et lu un peu et je vous raconte ça un peu plus en détail.

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J’ai lu : Les Intéressants, de Meg Wolitzer

Encore un roman américain qu’il est bien. Un roman social sans grand rebondissement, un roman qui raconte la vie d’une bande de jeunes new-yorkais artistes ou enfants d’artistes vue par le prisme de la jalousie de Julie, une jeune fille « lambda » qui s’est retrouvée dans un monde auquel elle ne cesse de se comparer. Difficile pour moi de ne pas s’assimiler à Julie, à sa manie de toujours regarder ce que sont les autres, à toujours se sentir hors du coup, trop différente, pas assez bien. D’autant plus à l’heure de facebook et d’instagram où il est devenu presque impossible de ne pas s’étouffer de jalousie devant la vie parfaite que chacun cherche à montrer sur le net. Au-delà de ce travers difficile à gérer, le roman évoque surtout la vie d’une génération : d’une enfance dans les années folk à l’arrivée de la société d’Internet en passant par l’époque tragique du Sida, on suit les différents personnages à chaque époque de leur vie avec ce qu’il y a de drames, de petits bonheur et de renoncements. A travers une histoire d’amitié, Les Intéressants c’est un récit de société, une société dont on entend encore assez peu parler, et comme me l’a mentionné ma mère : c’est dommage que seuls les Américains soient capables de se retourner ainsi sur leur propre société.

Alors si vous connaissez des auteurs britanniques, italiens, français ou que sais-je qui écrivent des romans dans la même veine : je suis preneuse !

Cinéma: l’Iran à l’honneur !

  • Sonita, de Rokhsareh Ghaem Maghami

Difficile de ne pas aimer Sonita, la rappeuse afghane de 15 ans dont la voix s’est levée pour dénoncer les pratiques moyenâgeuses et la condition féminine en Afghanistan. Difficile de ne pas aimer ce film porté par Sonita et par la réalisatrice qui devient à mi-parcours l’une de principales protagonistes du documentaire. Difficile de ne pas pleurer enfin en écoutant le rap engagé de Sonita après avoir suivi son parcours difficile et les incompréhensions dans ce Moyen-Orient encore ravagé par les guerres et par les censures religieuses.

Bien qu’un peu long vers la fin j’ai adoré ce film. Je le savais avant d’aller le voir, ce ne fut donc pas une surprise. La surprise c’était de constater à quel point Sonita crevait l’écran avec son sourire, son voile qui ne recouvre plus grand-chose, son répondant et sa foi en elle-même. Enfin l’élément particulier de ce film c’est la rôle de la réalisatrice, peu habituel, et qui pose de vraies questions sur le rôle des réalisateurs, tout comme celui des journalistes ou des documentaristes : sont-ils là pour montrer seulement la réalité ou ont-ils une légitimité à agir au sein de leur propre documentaire ? N’ayant pas la réponse, je vous laisse y réfléchir en allant voir Sonita !

  • Les enfants du ciel, de Majid Majidi

Encore un film iranien ! Car oui je n’en ai jamais assez. Celui-ci  date de 1997, bien que les vêtements et les voitures donnent l’impression d’être en plein dans les années 80 témoignant d’un léger retard de l’Iran sur le plan de la mode à cette époque. Children of heaven c’est l’histoire d’Ali, 8 ans et de sa jeune sœur Zahra, enfants pauvres de Téhéran, dont les parents gagnent à peine assez pour leur acheter des chaussures dignes de ce nom. Ali perd malencontreusement les chaussures de sa sœur qu’il avait amené chez le cordonnier, les deux enfants doivent alors partager leur unique paire de chaussure pour aller à l’école – le matin pour les filles, l’après-midi pour les garçons –; s’ensuit toute une série de « rebondissements » autour de ces chaussures et des moyens mis en œuvre par Ali pour trouver une seconde paire à sa sœur. Autour de cette trame, plutôt simple, se dessine un Téhéran qu’on connait peu, vu à travers l’œil des enfants : les rythmes de l’école, les devoirs, les amitiés, les parents qui cherchent du travail, l’immense Téhéran. Outre l’excellent jeu d’acteur des deux jeunes enfants j’ai adoré la réalisation du film et ce qu’il donnait à voir de l’Iran : un long métrage social efficace, drôle par moment, presque tragique à d’autres, on se replonge avec plaisir dans l’enfance à travers ces deux personnages qu’il est difficile de ne pas aimer.

 

  • Captain Fantastic, de Matt Ross

Comment ne pas aller voir un tel film, en particulier quand Viggo Mortensen en est la tête d’affiche ? Je reviens sur le synopsis : Ben, sa femme et ses nombreux enfants vivent une vie atypique dans les forêts du nord des USA. Capturant, cueillant et élevant eux-mêmes ce qu’ils mangent, les membres cette petite famille vivent en dehors de la société, éduqués consciencieusement par leur père qui leur enseigne autant la littérature que la musique ou encore l’importance de réfléchir à la société de consommation qu’il fuit. Lorsque la mère est atteinte d’une maladie, tous doivent renouer avec « le monde réel » et c’est un véritable choc les  obligeant à se poser des questions sur la conception de cette éducation face à la société.

Légèrement décevant à cause du manque de profondeur des personnages – il y en a peu voire pas – ce film à l’avantage de n’être pas du tout manichéen : il n’y a pas de bonne façon d’élever ses enfants, pas de mauvaise façon de vivre, il permet au contraire de mettre l’accent sur les extrémismes des deux camps, laissant au spectateur la possibilité de se faire son propre choix. Très drôle par moments, un peu tire-larmes à d’autres, ce film m’a surtout permis d’apprendre qui était Noam Chomsky – honte à moi, je ne connaissais pas – et de me rappeler combien Viggo Mortensen est beau sans sa barbe (attention spoiler !)  Un film qui ne restera pas dans mes annales mais qui permet de passer une bien bonne soirée.

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J’ai visité : le musée Gustave Moreau

Un de mes musées préférés à Paris, je pense que j’en parlerais encore plus longuement dans un article dédié aux musées parisiens. J’adore ce musée car, comme le musée de la vie romantique, c’est avant tout un atelier d’artiste. On entre dans l’intimité de l’artiste, la muséographie est restée telle qu’il l’a voulu – c’est-à-dire très fouillis – et on ressent toute l’atmosphère du XIXe siècle. En prime, l’escalier maintes fois pris en photo est vraiment superbe, et très instagrammable ! J’ajouterais que personnellement j’aime beaucoup le style orientaliste / symboliste de Gustave Moreau qui se rapproche parfois d’Odilon Redon, ça vaut le coup de se pencher – littéralement – sur certaines œuvres pour distinguer tous les traits de crayons et tous les personnages, détails de paysages que l’on ne peut pas voir au premier coup d’œil, technique singulière qui me semble propre à ce peintre.

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Chronique parisienne

Depuis quelque temps – quelques mois ? – je vois surgir sur les blogs des articles et des rubriques reprenant un peu toutes les inspirations ou les découvertes faites par lesdites blogueuses durant la semaine ou le mois. Je parle notamment du « Monday morning » de Mathilde ou du « heart, mind and soul » de Coline. Et moi j’adore ce genre d’article, je ressors de leur lecture avec moult nouvelles idées et surtout de nouvelles envies, et comme je passe mon temps à me dire en sortant du ciné ou d’un bon bouquin « j’en ferai un article » – mais bien sûr je ne trouve jamais le temps, ou l’envie- , j’ai pensé qu’une rubrique de ce genre pourrait être la bienvenue. N’ayant absolument aucune idée de nom je me contente de l’appeler « la nouvelle rubrique » mais en italien puisque c’est la langue que j’apprends en ce moment et que ça rend mieux à mes oreilles de française.

Depuis mon retour à Paris je tente de me ré-acclimater peu à peu à la capitale, ce n’est pas si facile après une année passée en Province: les montagnes et les forêts d’Alsace me manquent, le centre ville de Strasbourg où tout était proche aussi. Mais pour me rappeler que Paris est ma ville il y a un truc qui marche à tous les coups: recommencer à visiter, sortir, découvrir des choses. Je suis donc enfin allée prendre le thé avec des scones à l’Oisive thé – ce salon de thé/salon de tricot – qui se trouve pourtant à quelques stations de métro de chez moi, ce qui va me permettre d’y retourner très régulièrement!

J’ai aussi fait des achats et surtout beaucoup de lèche-vitrine: j’ai mis les pieds à l’appartement Sézane pour la première fois, je me suis rendue vendredi dernier à la boutique Les fleurs, lieu de perdition comme dirait mon amie Alice – elle a diablement raison, mais j’ai réussi à n’en sortir qu’avec un pot pour cactus. Enfin je suis tombée par hasard sur la boutique Jamini et j’ai salivé comme il se doit avant de prendre ma décision: je m’achèterai un coussin coûte que coûte pour meubler mon nouvel intérieur.

Pour ce qui est des découvertes culturelles j’ai eu le temps – chômage oblige – de lire, voir et visiter pas mal de trucs. Sans m’arrêter sur tout ce que j’ai pu faire – les rendez-vous de l’histoire de Blois le week-end dernier mériteront leur propre article, je vous le promets – je ne peux pas m’empêcher de vous parler un peu plus longuement de ce que j’ai adoré et que je vous recommande chaudement. C’est parti!

J’ai lu…

Peyton Place , de Grace Metallious

L’histoire d’une petite ville de la Nouvelle-Angleterre dans les années 50, on y suit trois principales protagonistes : Alison la jeune fille rêveuse et un peu solitaire, Constance sa mère qui doit vivre avec le difficile statut de mère-célibataire, la belle et intelligente Selena issue des quartiers pauvres en lutte contre son milieu. Peyton Place a été l’un des gros scandales littéraires des années 50 aux Etats-Unis, accusé d’être un roman pornographique et subversif: on aurait bien du mal aujourd’hui à comprendre comment on a pu trouver cet ouvrage ne serait-ce qu’érotique. Le roman met en scène la société des petites villes des Etats-Unis avec tous leurs non-dits, leurs secrets et leurs rancœurs. L’écriture de Grace Metallious est très agréable à lire et on rentre très rapidement dans l’histoire tour à tour écœurés puis touchés par les personnages, notamment par les personnages secondaires qui forgent toute l’ambiance de cette ville modeste d’Amérique.

C’est un grand classique américain et c’est très édifiant sur la société américaine. N’hésitez pas à lire la postface qui explique le scandale à la parution du roman.

L’amie prodigieuse, de Elena Ferrante

Malgré la place privilégiée que ce roman a occupé tout l’été sur les devantures des librairies, ce qui me fait généralement fuir, j’ai cédé à la tentation Elena Ferrante, en partie parce que j’allais à Naples et que je voulais me mettre dans le bain.

J’ai dévoré ce livre, et j’en ai fait de même avec le suivant « Le nouveau nom ». L’amie prodigieuse c’est une tétralogie qui suit la vie de Lena, la narratrice, et son amie Lila dans un quartier pauvre de Naples dans les années 50 – et oui encore. Cette grande amitié, perçue par les yeux de Lena, forge la trame de tout le roman mêlant jalousies, fascination, soutien, et beaucoup d’autres aspects d’une amitié aussi passionnée que complexe. Je me suis parfaitement reconnue dans le rôle de Lena, jeune fille médiocre qui se voit comme vivant sans cesse dans l’ombre de sa prodigieuse amie Lila, et prodigieuse elle l’est effectivement, c’est ce qui la rend si agaçante et attachante à la fois. En parallèle de cette histoire d’amitié se dresse un tableau de Naples et de l’Italie du Sud du milieu du siècle passé, où la Camorra et l’origine sociale conditionnent fortement l’existence de ces jeunes gens.

Je ne l’ai pas lu en italien, j’aimerais, mais la traduction est très bonne, on arrive à comprendre notamment toute l’importance que révèle le fait de parler en italien ou en dialecte à une époque où la langue distingue, plus clairement encore qu’aujourd’hui, le niveau social et culturel d’un individu. Pour conclure : je n’ai arrêté de lire que quand j’ai fini de tourner la dernière page !


J’ai visité…

Le musée de la vie romantique

Petite sortie dans Paris, le but initiale était d’aller prendre un thé au Musée de la Vie Romantique, finalement comme il était trop tôt pour le thé, on s’est contenté de visiter ce joli musée improbable. Une belle maison de campagne en plein Paris, des souvenirs de la famille de George Sand, des salons XIXe reconstitués ET un super salon de thé en jardin ou sous verrière. Un musée simple comme je les aime.  Et en prime j’y ai croisé Daniel Guerrero, l’ancien rugbyman!

La nuit Blanche à Paris

Je n’étais jamais allée à la Nuit Blanche et… je n’ai pas été vraiment convaincue. J’avoue que je ne suis pas une fan de l’art contemporain, il faut toujours expliquer ce que l’auteur a voulu dire ou montrer, et s’il y a parfois de bonnes idées j’accroche peu. Mais alors quand le sujet est aussi connu que « Les amours de polyphiles », célèbre poème du XVe siècle – je ne rigole pas c’était le thème choisi pour la nuit blanche de Paris – je lâche carrément, et je me demande bien à quel moment l’organisateur a pu penser que ça convenait à un événement visant la démocratisation de la culture. Malgré des œuvres plutôt peu intéressantes, voire ratées, j’ai bien aimé l’idée de se promener de nuit dans Paris et de suivre un parcours pour y voir des œuvres ou des installations.

Idée pour ceux qui voudraient y assister l’an prochain : prendre les bateaux mouches, gratuits ce soir-là, qui remontent la Seine. C’est là où se situent la plupart des installations, c’est donc un bon moyen de faire une croisière gratuite en voyant le plus d’œuvres possibles.


J’ai vu…

Je viens de commencer la deuxième saison de Gomorra, la fameuse série italienne issue du roman de Saviano sur la Camorra, et dont Saviano est d’ailleurs le scénariste. C’est toujours aussi bien, toujours aussi poignant. La réalisation est vraiment excellente, la musique super et j’aime beaucoup voir une série qui n’est pas en anglais, c’est rare et ça permet de découvrir une autre langue – le napolitain. Pour ce qui est du scénario et des personnages, ils sont toujours très bien travaillés, profonds, et même si on a du mal à apprécier véritablement les « héros » on s’y attache. L’ambiance très dure, et la réalité qui se cache derrière cette semi-fiction provoque généralement une petite nausée à la fin de chaque épisode – mais on veut savoir la suite !

Toujours à propos de Gomorra, je viens de lire un article des Inrocks sur le quartier de Scampi qui nuance un peu mon engouement pour la série: effectivement je me suis demandée comment les réalisateurs avaient pu tourner dans ce quartier difficile de Scampi, réputé comme l’un de plus dangereux d’Europe, et quels sont les impacts de la série sur ces quartiers défavorisés. Pas de réponse mais l’article est très intéressant alors hop un petit lien ici: Scampia et Gomorra

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