Mes best of culturels 2019

Après le bilan 2019 je me lance dans le bilan culturel que je vous avais promis. Bien attablée dans un café/bateau sur les bords du quai des pêcheurs à Strasbourg, je me lance enfin dans le résumé de cette grande épopée culturelle que fut 2019.

Pour éviter de me retrouver de nouveau en 2020 à devoir parler de toute une année de lecture/visites/écoutes en un seul article je me suis acheté un petit carnet où je suis censée noter mes chroniques culturelles au fil de l’année. Gageons que je m’y tiendrai au moins un peu.

Pour ne pas trop me perdre j’ai décidé de diviser cet article en plusieurs parties en ne vous livrant chaque fois que mes TOP de l’année concernant les expositions, les livres jeunesse, les livres féministes, les BD, les autres livres (oui il y a beaucoup de livres), les films. Je m’excuse d’avance pour l’absence de photos de cet article, je n’ai absolument pas pensé à prendre en photo la plupart des ouvrages dont je vais vous parler. Espérons que ce ne sera pas trop indigeste.

 

Best of expos 2019

Outre les premiers dimanches du mois qui m’ont permis de découvrir un certain nombre de musées parisiens dont je vous ai déjà parlé dans le précédent article, j’ai essayé d’aller voir le plus grand nombre d’expositions possibles, en particulier des expos qui au départ ne m’attiraient pas particulièrement. J’ai pu ainsi découvrir des artistes, des courants artistiques ou seulement pousser un peu la réflexion sur ce qu’est l’art et sur les politiques culturelles. Sans plus attendre, voici mes préférés :

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  1. Felix Fénéon au musée de l’Orangerie – OUVERT jusqu’au 27 janvier 2020

Vous ne connaissez pas Felix Fénéon ? Moi non plus, et pourtant maintenant que j’ai vu son portrait je serais capable de vous le retrouver sur n’importe quel tableau de Matisse, Seurat ou Toulouse-Lautrec, autant de peintres avec qui il a travaillé, parce que Felix Fénéon fait partie de ces figures de l’ombre qui ont eu une place essentielle dans le développement artistique de la Belle-époque. Deux expositions ont été consacrées à ce critique d’art anarchiste qui compte parmi les premiers collectionneurs des arts premiers. La première expo au musée du Quai Branly manquait un peu d’intérêt, comme toujours les œuvres sont montrées sans vraiment d’explication mais cette expo a au moins eu le mérite de nous faire découvrir la personnalité et l’histoire de Felix Fénéon. La seconde expo, qui se tient actuellement au musée de l’orangerie, m’a, au contraire, ravi les pupilles ! On y présente des pièces se rapportant à son inscription sur les registres des anarchistes, ou à sa qualité de rédacteur en chef d’un journal d’art, des tableaux qui le représentent, d’autres qui lui ont été offerts, des artistes qu’il a aidé à se développer. Beaucoup de pointillistes, mais plus largement on s’aperçoit que Felix Fénéon a côtoyé tout le beau monde littéraire et artistique de cette époque. Et si vous décidez d’aller voir l’expo Toulouse-Lautrec par la suite vous pourrez chercher où est Felix sur les œuvres.

  1. Rouge au Grand-Palais

On peut dire que je ne connaissais absolument rien au constructivisme ou au suprématisme russe – étonnant non ? – mais après lu Svetlana Alexievitch, une autrice russe prix Nobel de Littérature, j’ai eu envie d’en découvrir un peu plus sur la « civilisation soviétique », et quoi de mieux que d’aller visiter l’expo Rouge sur l’art soviétique ?

L’exposition était très complète, beaucoup de dates, beaucoup d’explications, des supports de tout type. Il faut dire que le théâtre ou le cinéma furent aussi importants, voire plus, que la peinture dans le régime soviétique. Il est amusant de constater également que la même idée, c’est-à-dire que l’art doit être plus proche des gens et ne plus seulement être un art esthétique, touche un peu toute l’Europe au même moment : les Nabis et l’Art Nouveau à l’ouest de l’Europe, les futuristes en Italie et les constructivistes en Russie. Toute en noir, rouge et blanc, l’exposition aborde autant l’histoire soviétique que l’histoire de l’art et permet de faire connaître des œuvres qui ne sont jamais venues en France. Une exposition de grande valeur.

  1. Le modèle noir au Musée d’Orsay

Même si cette exposition peut être critiquée sur bien des points – la faible présence d’artistes noirs notamment – elle a le mérite de questionner au moins une dimension de l’histoire de l’art : le rapport des artistes au modèle noir.

La mise en parallèle de certaines œuvres, l’évolution de ce modèle noir au fil des siècles, la présentation de figures majeures, la présence de divers supports – peinture, sculpture, films – donnent à cette exposition une certaine variété qui la rend intéressante bien que largement perfectible.

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1ère abolition de l’esclavage en 1794
  1. Avis sur des expositions en cours :
  • Toulouse-Lautrec – Grand Palais jusqu’au 27 janvier 2020 : exposition très complète, elle ne m’a pas marquée parce que j’ai déjà visité le musée Toulouse-Lautrec d’Albi, mais pour ceux qui n’auraient pas prévu d’aller à Albi, autant aller à l’expo de Paris, il y a tout de même un certain nombre d’œuvres intéressantes.
  • Le Greco – Grande Palais  jusqu’au 10 février 2020: Je ne connaissais pas du tout Le Greco, je suis contente de l’avoir découvert et j’apprécie notamment ces portraits d’hommes d’église qui diffèrent des canons de l’époque. Je ne suis cependant pas une grande fan du style, et surtout l’exposition est presque tout le temps FULL.
  • Tolkien – BnF jusqu’au 16 février 2020 : ALLEZ-Y ! Elle est belle, elle est intéressante, on y voit des pièces inédites de Tolkien, mais aussi de belles pièces des fonds de la BnF, c’est vraiment une super expo pour tout fan de Tolkien, mais aussi pour toute personne qui s’intéresse à la fantasy ou à la linguistique.
  • L’âge d’or de la peinture anglaise – Musée du Luxembourg jusqu’au 16 février 2020 – Voici une expo que j’attendais impatiemment depuis ma découverte de Bath cet été. Comme toujours on est un peu déçu des expos du musée du Luxembourg, l’espace d’exposition est en effet très petit et les billets sont chers (sauf si vous avez une carte Sésame). Pour celle-ci il y a trop de portraits alors qu’on attendrait des paysages de Gainsborough ou Turner. On ne s’en met vraiment plein la vue que dans la dernière salle. Mais si vous aimez les portraits à la mode de Jane Austen…allez-y !
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Je n’en parle pas dans cet article parce que je l’ai fini la semaine dernière, mais je n’avais rien pour illustrer

Best of livres jeunesse

Cette année j’ai fait partie d’un comité de lecture jeunesse pour la revue « Lecture jeunesse ». J’ai donc eu l’occasion de me gaver de livres jeunesse d’un peu pour  tous les âges etde  tous les genres, même si je préfère les livres de Fantasy Ado. Voici une petite sélection de ce que j’ai pu dévorer, comme seuls des livres jeunesses se dévorent :

  • Six of Crows ; le trilogie Grisha ; King of Scars de Leigh Bardugo

JE vous ai déjà parlé dans cet article de ma découverte de la trilogie Grisha, je ne vais donc pas revenir dessus. Je ne dirais pas que les ouvrages de Leigh Bardugo sont un must read, contrairement à la saga de la Passe-Miroir, mais j’apprécie le monde que l’autrice à créé et qu’elle continue de développer avec son dernier opus. Je suis un peu déçue du cliffhanger de King of Scars parce que l’histoire semble se répéter un peu, pourtant j’avais apprécié le rythme un peu plus lent et le développement psychologique de personnages secondaires qui faisaient, à mon sens, grandir le livre. J’attends tout de même avec impatience la suite des aventures de Nikolai, Nina et des autres Grishas !

 

  • 24 épisodes pour lui plaire, Maurene Goo

Parfois on prend un livre dans les mains juste parce qu’on sait qu’il ne sera pas prise de tête et on finit par passer un excellent moment et le recommander à tout le monde. C’est ce qu’il s’est passé pour moi avec ce livre de teenage girl. Comme l’indique le titre il s’agit d’une histoire d’amour, ou plutôt une histoire de conquête amoureuse. L’héroine, jeune américaine d’origine coréenne qui excelle en tout, est incapable de se trouver un copain. Elle décide de faire comme pour toute discipline scolaire : se construire une méthodologie et s’y tenir, et pour cela quoi de mieux que de piocher dans les Drama Coréens ? Un roman léger, qui ne se prend pas au sérieux, et une formidable ouverture sur la culture coréenne à travers ses dramas. D’ailleurs Netflix vient d’ajouter plein de dramas pour 2020 : un signe.

 

  • L’éblouissante lumière de deux étoiles rouges – Davide Morosinotto

Un roman pour les plus jeunes, 12-13 ans, mais bons lecteurs car le livre pèse son poids. A la fois très beau, l’ouvrage multiplie les écritures sous la forme d’un dossier, très poétique, historique et plein d’aventures. C’est l’histoire d’un frère et d’une sœur vivant à Léningrad pendant la seconde Guerre mondiale et qui se voient séparés et éloignés de la ville pendant le fameux siège. Le roman est très juste et on y apprend plein de choses sur le siège de Leningrad. Excellente découverte !

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Lectures féministes et autres essais

Une rubrique qui revient de plus en plus, cette année j’ai pris goût à la lecture d’essais, ça change des romans et je me sens souvent plus intelligente après avoir lu les réflexions des gens…même si ce n’est qu’une impression. Sans plus attendre voici les découvertes de 2019 que vous avez sûrement vues sur plein d’autres comptes insta /blog.

  • Il fallait que je vous le dise – Aude Mermillot

Une BD qui fait du mal et du bien : on n’entend pas si souvent les récits d’avortement, ce droit a beau être reconnu en France c’est toujours assez tabou d’en parler, et cet ouvrage permet de mettre des mots sur cette expérience. La BD se compose de deux parties : dans la première l’autrice parle de son propre avortement et de son histoire, la deuxième partie est vue du point de vue d’un médecin, le bien connu Martin Wrinckler, qui expose comment sa vision de l’avortement et de la relation avec le patient en général, avec les femmes en particulier, a évolué. Ma conclusion : j’ai très envie de lire Martin Wrinckler maintenant.

  • Tant pis pour l’amour – Sophie Lambda

Encore une BD qu’on a vue un peu partout ces derniers temps, et pour cause : elle est d’utilité publique. Son échelle des relations devrait être distribuée auprès de tous les adolescents et adolescentes de France. Pour faire vite l’autrice raconte son histoire avec un pervers narcissique manipulateur et s’attache dans un deuxième temps à expliquer le fonctionnement  psychologique des victimes et des coupables en se basant sur sa propre expérience psy. Certains passages rendent vraiment très mal à l’aise, on a quelques nausées qui montent, mais ce témoignage permet là encore de parler d’ un sujet quelque peu tabou dans les relations.

  • On ne naît pas soumise on le devient – Manon Garcia

Ce n’est pas un essai facile, sans mes heures d’écoute des chemins de la philo je n’aurais sans doute pas autant savouré cet essai. Mais il donne la sensation de réfléchir plus en profondeur à cette question de la domination, et on se sent vraiment moins bête quand on referme cet ouvrage. Cet essai explique Beauvoir et le deuxième sexe en abordant le thème de la soumission, très peu étudié en philosophie. J’ai l’impression d’avoir enfin compris Beauvoir, et rien que pour ça, ça fait plaisir.

  • Les besoins artificiels – Razmig Keucheyan

Dernier essai de 2019 acheté après avoir écouté l’auteur sur France culture, et parce que l’ouvrage est paru dans la collection Zone que j’aime bien. L’auteur, un sociologue, réfléchit sur le concept de « besoin » aujourd’hui et sur son évolution, il s’intéresse enfin à la façon dont on pourrait agir sur ces besoins pour s’intégrer dans une politique écologique et sociale plus durable. Certains points sont plus développés que d’autres et donnent envie de se renseigner d’avantage : il évoque notamment la pollution lumineuse et ses conséquences sur la santé ; ou encore l’ allongement des garanties pour les objets ménagers ce qui obligerait à modifier le fonctionnement actuel des entreprises. Un sujet d’actualité qui, même s’il n’est pas étudié de façon exhaustive dans cet ouvrage, permet d’ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.

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Librairie de rêve au Pays-de-Galles

Autres livres

  • La guerre n’a pas un visage de femme – Svetlana Alexievitch

Je vous en parlais plus tôt, il s’agit du livre qui m’aura le plus marqué cette année, peut-être en partie parce qu’il ne s’agit pas d’un roman à proprement parler mais plutôt d’un récit à mi-chemin entre le reportage et la littérature. Ce livre et cette autrice mériteraient un article à eux-seuls, mais je m’étale déjà suffisamment ici. Dans cet ouvrage l’autrice donne la parole à des femmes soviétiques qui ont fait la 2nde guerre mondiale, et qui ont été largement oubliées dans la mémoire soviétique et russe par la suite. C’est prenant, pas toujours drôle et ça donne pourtant par moments un peu d’espoir en l’humanité. Si vous êtes un peu féministes, ou que vous aimez les histoires de femmes , je vous le recommande chaudement, c’est un livre qui marque.

  • Le journal d’une femme de Chambre – Octave Mirbeau

Dans la série classique il n’y a pas beaucoup d’œuvres qui m’ont subjuguée cette année, à part celle-ci. Je ne connaissais Octave Mirbeau que de nom, j’avais cru comprendre que c’était un peu un provocateur qui ne s’inscrivait dans aucun courant et se voulait subversif. En lisant ce roman j’ai compris pourquoi Mirbeau était en effet à mille lieues des autres romans de cette époque. Ecrit à la première personne ce journal retrace la vie d’une femme de chambre, sans péripéties particulières, elle y conte les aléas de la vie de domestique, les saletés qui se passent derrières les rideaux des bons bourgeois, et ses envies et rêves. On a parfois du mal à se sentir proche de cette femme qui est sur certains points totalement amorale. C’est fort et ça dénonce. Un roman classique et néanmoins original.

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BEST OF cinéma et séries

J’ai quelque peu délaissé le cinéma cette année et je me suis un peu rabattue sur Netflix pour regarder des séries hautement culturelles du type : Sabrina ! J’adore ce genre de séries donc loin de moi l’idée d’en dire du mal, mais je ne suis pas sûre que vous avez besoin d’en entendre parler vu que Netflix fait déjà suffisamment de pub dessus.

  • Mad Men – Matthew Weiner

En revanche, j’ai profité de l’après concours pour me lancer dans une série classique et souvent désignée comme l’une des meilleures séries du monde : Mad Men. Je comprends qu’on n’aime pas Mad Men, ce n’est pas du tout une série à binge watcher et on peut s’ennuyer de temps à autres. Pour moi c’est avant tout une série à savourer, prendre le temps de se délecter des tenues incroyables de Betty Draper, mettre sur  pause régulièrement pour aller se renseigner dans wikipédia sur de multiples événements de l’histoire américaine qui sont évoqués, apprécier la justesse sociologique et historique des scénaristes qui montrent l’évolution de la société américaine pendant deux décennies. Pour ceux qui ne le savent pas Mad Men c’est l’histoire de Don Draper et de sa secrétaire Peggy Olson qui travaillent au sein d’une agence de pub au moment où le marketing devient l’un des grands pouvoirs de notre temps. Dans Mad Men tous les personnages sont développés et intéressants, les personnages féminins y tiennent un rôle essentiel même quand il ne s’agit pas des héros. La série se hisse très vite au rang de mes séries préférées – derrière Buffy quand même.

  • The Office – Ricky Gervais

Un classique parmi les classiques : j’ai décidé de commencer The Office par la version britannique qui ne fait que deux saisons et… OH mon Dieu, je n’avais jamais vécu de tels moments de gêne ! Ce faux documentaire suit un manager, l’humoriste Ricky Gervais, et son équipe dans une entreprise de papiers. Tout est moche depuis le générique jusqu’aux locaux où ils travaillent. Mais tout paraît si vrai qu’on est souvent obligé d’arrêter la série tellement on a l’impression de vivre ces moments, et on aimerait ne pas les vivre. Vous avez sans doute vu Ricky Gervais lors des Golden Globe…ça vous donne une idée de son « humour » et de la façon dont il peut être cinglant et parfaitement visualiser et critiquer le monde actuel. Je suis totalement fan de cet acteur/humoriste aujourd’hui et j’ai un peu peur d’être déçue par la version américaine.

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  • What we do in the Shadows – Jemaine Clément et Taika Waititi

Encore un faux documentaire mais en film cette fois et … sur une histoire de vampire. C’est après l’expo vampire à la cinémathèque que j’ai eu envie de me regarder des films gothiques, mon copain m’a conseillé cette comédie et depuis je la conseille à tout le monde. C’est absurde et drôle, sans mettre mal à l’aise comme The Office. C’est l’histoire   d’une bande de loosers, des vampires, qui vivent en Nouvelle-Zélande et qui sont suivies pendant une période par un réalisateur de documentaires. On rit beaucoup et ça change des films gothiques habituels.

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  • Cléo de 5 à 7 – Agnès Varda

Avec la mort d’Agnes Varda je me suis forcée à regarder au moins un de ses films car le sujet risquait de tomber à mon oral, sur les conseils d’une collègue j’ai choisi « Cléo de 5 à 7 » et mon dieu ce que c’était bien ! L’actrice, le ton, les prises de vues, Paris…Tout est beau et bon dans ce film. Je compte bien découvrir d’autres Varda maintenant que j’ai vu ce chef d’œuvre.

  • Parasite – Bong Joon-Hoo

Si vous n’avez pas encore vu la palme d’or 2019 profitez qu’elle est encore en salle pour y aller. C’est rare aujourd’hui de sortir d’un film en se disant qu’il est vraiment bien réalisé mais c’est ce qui m’a marqué avec Parasite : pas de longueurs, une variation des genres qui tombe toujours juste, on rit, on a peur, on se pose des questions et on sent qu’il y a toujours une critique sociologique sur la société en général et la société coréenne en particulier.

 

J’arrive enfin au bout de cet immense article culture, vous constaterez qu’il manque un certain nombre de rubriques, je vais en effet très peu au théâtre, au concert, à l’opéra et je n’ai pas particulièrement de podcast à vous indiquer hormis les habituels La Poudre, Les savantes, les couilles sur la Table et peut-être un petit nouveau : Splash. Diffusé avec nouvelles écoutes c’est un podcast d’économie qui aborde des questions actuelles de façon très accessible avec plusieurs intervenants spécialistes du domaine. L’avantage ? Ça dure entre 18 et 30 minutes, juste assez pour bien aborder un sujet, pas assez long pour cesser de se concentrer.

Ma résolution 2020 : écrire des articles culture plus digestes et plus liés à l’actualité. (genre, vous parler d’expos que vous pouvez encore aller voir). J’attends maintenant avec impatience vos idées culturelles et vos best of de cette année pour me donner encore plus d’idées !

 

 

 

Chronique parisienne – Un automne à Paris

Déjà l’époque des calendriers de l’Avent et je n’ai même pas eu le temps de poster sur l’automne à Paris. Il s’agit pourtant de ma période préférée : quand la douceur des premiers jours d’octobre croise les couleurs chatoyantes des arbres qui perdent leurs feuilles. Malgré tout j’ai envie de faire un petit pêle-mêle de ce dernier mois avant de plonger dans la période Noël.

En vivant dans différents quartiers de Paris on se crée de nouveaux QG et en ce moment c’est au Sud du Vème arrondissement que j’ai élu domicile. Entre la bibliothèque spécialisée dans les métiers du Livre et le super cinéma La Clef qui passe toujours les films que j’ai oublié d’aller voir, je passe mon temps au café de la Grande Mosquée. Contre le froid des bâches ont été installées et des convecteurs électriques chauffent agréablement. Le thé n’est pas cher, les gâteaux sont bons et on se croirait presque en vacances. La neige est arrivée et c’est un temps idéal pour profiter du hammam entre copines. Bien sur ce n’est pas un hammam typique, on y trouve surtout des Parisiennes ou des touristes, rien de très dépaysant mais je le recommande chaudement !

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Depuis la bibliothèque Buffon une nouvelle vue de Paris s’offre à moi. La tour de Jussieu au loin, le jardin des plantes au premier plan.
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Fascinée par l’ambiance XIXe siècle qui se dégage de ce jardin et de ses bâtiments. Si on observe bien on voit des crânes de rorquals ou de tyrannosaures depuis les fenêtres.

Vous reprendrez bien un podcast?

J’ai passé l’essentiel de mon temps chez moi, parce qu’avec le temps gris c’est dur de sortir de son plaid, mais j’ai tout de même découvert quelques nouveautés culturelles ce mois-ci, à commencer par un certain nombre de podcasts – facile en période d’hibernation :

  • La fabrique de l’Histoire : Les jeunes filles – La fabrique de l’Histoire c’est cette émission historique sur France culture qui change de thème chaque semaine. Des  historiens ou des thésards se succèdent pour parler d’un sujet en lien avec leurs travaux de recherche. C’est souvent très précis et en tant qu’ancienne étudiante en histoire j’adore. Le thème des jeunes filles s’est avéré forcément un peu féministe mais surtout passionnant : les émissions concernaient les jeunes filles de la campagne au début du XXe, l’éducation sentimentale et sexuelle des jeunes filles au XIXe et les jeunes filles rebelles du XXe. Trois sujets assez variés et qui permettent d’en apprendre beaucoup !
  • La Poudre – émission de Christine Bard – Je n’écoute pas tous les épisodes de La Poudre, mais difficile d’éviter celui de Christine Bard à la fois féministe et professeur d’histoire spécialisée dans l’Histoire des femmes. J’adore quand ce sont des universitaires qui sont reçues par Lauren Bastide parce que les questions de l’animatrice parfois un peu naïve – comme nous toutes – se complètent bien avec les réponses très nuancées et réfléchies des interviewées. Cet épisode est absolument à écouter !
  • La compagnie des auteurs : J.K. Rowling – J’ai découvert cette émission de France culture il y a peu et j’ai envie d’écouter toutes les émissions maintenant. 4 épisodes sur J.K. Rowling et Harry Potter sous toutes ses facettes : la politique, la philosophie, la société. C’est l’occasion de s’interroger sur les littératures du merveilleux et de la fantasy et sur leur apport. Passionnant pour tout ceux issus de la génération Harry Potter.

 

 

 

 

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Avant l’averse de neige le jardin des plantes est désert.

 

 

 

Le cinéma d’automne en berne

Malgré le froid des derniers jours – dernières semaines – je me suis aussi forcée à sortir un peu : je suis retournée au cinéma, même si ça demande une motivation hors du commun, pour ENFIN voir Téhéran Tabou  qui était aussi peu drôle que je le pensais mais fichtrement intéressant. Moins dur j’ai vu La Villa de Robert Guediguian. Sans être wahou j’ai passé un bon moment dans les calanques, il faut aimer le travail de Guédiguian pour apprécier vraiment ce film qui est un peu lent peut-être, et très théâtral. Je le conseille cependant, et comme l’a précisé le réalisateur : il faut aller voir un film dans la première semaine, c’est là que le nombre d’entrées compte pour savoir si le film restera en salles.

 

 

 

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La saison des livres, pas celle des musées

Côté musée j’ai été assez molle : j’ai renoncé à l’expo Dior toujours blindée et je me suis reportée sur l’expo Pastels au Petit Palais. Il y avait la queue et beaucoup trop de monde. Le travail des pastels est impressionnant et on se demande toujours comment ces artistes ont pu faire de telles œuvres avec cette technique. Ca donne carrément envie de tenter à son tour. Je n’ai été vraiment subjuguée par aucune œuvre, à part les œuvres symbolistes (Odilon Redon en premier toujours), mais pour ceux qui s’essaient à diverses techniques de dessin, cette expo est très intéressante.

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Enfin arrive décembre. Avec la neige la magie de noël est bien présente, on commence à courir dans les magasins et à rédiger des listes pour soi et pour les autres. A s’étonner du thème bizarre des vitrines de noël  cette année – les pigeons ? Vraiment ? Ils n’ont que ça pour représenter Paris ? J’adore acheter des cadeaux, j’adore en recevoir donc cette période me va très bien même si fort mercantiliste, je sais. Mais Noël c’est  l’occasion d’ acheter tout plein de livres pour les autres, et donc de les lire avant de les offrir. Un petit passage au salon du livre jeunesse de Montreuil m’a permis de dépenser tout l’argent que je n’avais pas et de découvrir de nouveaux éditeurs.

 

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Moment créatif au Palais Royal envahi par les étudiants en Art.

 

 

 

Les péchés mignons…

Décembre c’est aussi le moment où je cède à une obsession un peu honteuse : les miss. Je me suis abonnée à miss univers sur instagram et ne cesse de regarder les stories d’Iris Mittenaere. Allez savoir pourquoi, quelque part ça me fait rêver. Même si on ne trouve pas moins féministe comme programme télé, Madame Miss France a dit que c’était la seule émission où les femmes étaient en majorité à une heure de grande écoute, il serait intéressant d’en faire quelque chose et d’en profiter. Affaire à suivre…

Rempli de petits riens ce mois de novembre a été finalement assez riche et je suis motivée pour voir plus d’expositions ce mois-ci, il faut dire que la saison va bientôt se terminer. Entre la famille, les sorties et un weekend en Bourgogne le mois de décembre risque d’être bien occupé !

 

Chronique parisienne #2 – Un pied en Orient

Un mois, ou presque, a passé depuis la dernière édition et j’ai été pas mal occupée ces derniers temps puisque je suis partie six jours à Vienne – je vous parle de la capitale viennoise dans un article consacré : un long week-end à Vienne – où j’ai pris une longueur d’avance avec l’hiver. J’ai passé le restant du mois à écrire et envoyer des lettres de motivation pas du tout motivées en buvant moult cappuccino dans des cafés parisiens ou en regardant la pluie tomber depuis ma grande baie vitrée qui donne sur un cimetière à l’anglaise. Ambiance gloomy parfaite pour un soir d’halloween.

Enfin j’ai découvert deux supers applis sur lesquelles j’ai dû passer des heures : pacer, un podomètre qui m’a rendue accroc à la marche, mon but étant chaque jour d’atteindre les dix mille pas attendus. J’ai remarqué que je ne les atteignais jamais à Paris, à moins de décider de ne pas du tout prendre le métro de la journée, alors que je pouvais facilement viser les seize mille pas à Vienne, autrement dit : vive le tourisme !

La seconde appli c’est « keep », une appli google toute bête qui permet de faire des listes partagées avec ses contacts : on peut y ajouter des couleurs et des photos, c’est joli et ça m’a bien occupée. Au top de mes listes : l’habituelle « Où partir en voyage ? », suivie de sa petite sœur « Où partir en week-end ? », et les plus utiles et moins inspirantes « Idées de livres, de films, … ». Enfin, celle qui va devenir de plus en plus d’actualité, la fameuse liste de Noël ! L’avantage de cette appli c’est que les collaborateurs peuvent ajouter des choses mais aussi cocher les cases lorsqu’une tâche est faite – donc pas mal pour les cadeaux de noël, pratique aussi pour les courses.

Pour finir ce mois-ci j’ai tout de même visité, vu et lu un peu et je vous raconte ça un peu plus en détail.

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J’ai lu : Les Intéressants, de Meg Wolitzer

Encore un roman américain qu’il est bien. Un roman social sans grand rebondissement, un roman qui raconte la vie d’une bande de jeunes new-yorkais artistes ou enfants d’artistes vue par le prisme de la jalousie de Julie, une jeune fille « lambda » qui s’est retrouvée dans un monde auquel elle ne cesse de se comparer. Difficile pour moi de ne pas s’assimiler à Julie, à sa manie de toujours regarder ce que sont les autres, à toujours se sentir hors du coup, trop différente, pas assez bien. D’autant plus à l’heure de facebook et d’instagram où il est devenu presque impossible de ne pas s’étouffer de jalousie devant la vie parfaite que chacun cherche à montrer sur le net. Au-delà de ce travers difficile à gérer, le roman évoque surtout la vie d’une génération : d’une enfance dans les années folk à l’arrivée de la société d’Internet en passant par l’époque tragique du Sida, on suit les différents personnages à chaque époque de leur vie avec ce qu’il y a de drames, de petits bonheur et de renoncements. A travers une histoire d’amitié, Les Intéressants c’est un récit de société, une société dont on entend encore assez peu parler, et comme me l’a mentionné ma mère : c’est dommage que seuls les Américains soient capables de se retourner ainsi sur leur propre société.

Alors si vous connaissez des auteurs britanniques, italiens, français ou que sais-je qui écrivent des romans dans la même veine : je suis preneuse !

Cinéma: l’Iran à l’honneur !

  • Sonita, de Rokhsareh Ghaem Maghami

Difficile de ne pas aimer Sonita, la rappeuse afghane de 15 ans dont la voix s’est levée pour dénoncer les pratiques moyenâgeuses et la condition féminine en Afghanistan. Difficile de ne pas aimer ce film porté par Sonita et par la réalisatrice qui devient à mi-parcours l’une de principales protagonistes du documentaire. Difficile de ne pas pleurer enfin en écoutant le rap engagé de Sonita après avoir suivi son parcours difficile et les incompréhensions dans ce Moyen-Orient encore ravagé par les guerres et par les censures religieuses.

Bien qu’un peu long vers la fin j’ai adoré ce film. Je le savais avant d’aller le voir, ce ne fut donc pas une surprise. La surprise c’était de constater à quel point Sonita crevait l’écran avec son sourire, son voile qui ne recouvre plus grand-chose, son répondant et sa foi en elle-même. Enfin l’élément particulier de ce film c’est la rôle de la réalisatrice, peu habituel, et qui pose de vraies questions sur le rôle des réalisateurs, tout comme celui des journalistes ou des documentaristes : sont-ils là pour montrer seulement la réalité ou ont-ils une légitimité à agir au sein de leur propre documentaire ? N’ayant pas la réponse, je vous laisse y réfléchir en allant voir Sonita !

  • Les enfants du ciel, de Majid Majidi

Encore un film iranien ! Car oui je n’en ai jamais assez. Celui-ci  date de 1997, bien que les vêtements et les voitures donnent l’impression d’être en plein dans les années 80 témoignant d’un léger retard de l’Iran sur le plan de la mode à cette époque. Children of heaven c’est l’histoire d’Ali, 8 ans et de sa jeune sœur Zahra, enfants pauvres de Téhéran, dont les parents gagnent à peine assez pour leur acheter des chaussures dignes de ce nom. Ali perd malencontreusement les chaussures de sa sœur qu’il avait amené chez le cordonnier, les deux enfants doivent alors partager leur unique paire de chaussure pour aller à l’école – le matin pour les filles, l’après-midi pour les garçons –; s’ensuit toute une série de « rebondissements » autour de ces chaussures et des moyens mis en œuvre par Ali pour trouver une seconde paire à sa sœur. Autour de cette trame, plutôt simple, se dessine un Téhéran qu’on connait peu, vu à travers l’œil des enfants : les rythmes de l’école, les devoirs, les amitiés, les parents qui cherchent du travail, l’immense Téhéran. Outre l’excellent jeu d’acteur des deux jeunes enfants j’ai adoré la réalisation du film et ce qu’il donnait à voir de l’Iran : un long métrage social efficace, drôle par moment, presque tragique à d’autres, on se replonge avec plaisir dans l’enfance à travers ces deux personnages qu’il est difficile de ne pas aimer.

 

  • Captain Fantastic, de Matt Ross

Comment ne pas aller voir un tel film, en particulier quand Viggo Mortensen en est la tête d’affiche ? Je reviens sur le synopsis : Ben, sa femme et ses nombreux enfants vivent une vie atypique dans les forêts du nord des USA. Capturant, cueillant et élevant eux-mêmes ce qu’ils mangent, les membres cette petite famille vivent en dehors de la société, éduqués consciencieusement par leur père qui leur enseigne autant la littérature que la musique ou encore l’importance de réfléchir à la société de consommation qu’il fuit. Lorsque la mère est atteinte d’une maladie, tous doivent renouer avec « le monde réel » et c’est un véritable choc les  obligeant à se poser des questions sur la conception de cette éducation face à la société.

Légèrement décevant à cause du manque de profondeur des personnages – il y en a peu voire pas – ce film à l’avantage de n’être pas du tout manichéen : il n’y a pas de bonne façon d’élever ses enfants, pas de mauvaise façon de vivre, il permet au contraire de mettre l’accent sur les extrémismes des deux camps, laissant au spectateur la possibilité de se faire son propre choix. Très drôle par moments, un peu tire-larmes à d’autres, ce film m’a surtout permis d’apprendre qui était Noam Chomsky – honte à moi, je ne connaissais pas – et de me rappeler combien Viggo Mortensen est beau sans sa barbe (attention spoiler !)  Un film qui ne restera pas dans mes annales mais qui permet de passer une bien bonne soirée.

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J’ai visité : le musée Gustave Moreau

Un de mes musées préférés à Paris, je pense que j’en parlerais encore plus longuement dans un article dédié aux musées parisiens. J’adore ce musée car, comme le musée de la vie romantique, c’est avant tout un atelier d’artiste. On entre dans l’intimité de l’artiste, la muséographie est restée telle qu’il l’a voulu – c’est-à-dire très fouillis – et on ressent toute l’atmosphère du XIXe siècle. En prime, l’escalier maintes fois pris en photo est vraiment superbe, et très instagrammable ! J’ajouterais que personnellement j’aime beaucoup le style orientaliste / symboliste de Gustave Moreau qui se rapproche parfois d’Odilon Redon, ça vaut le coup de se pencher – littéralement – sur certaines œuvres pour distinguer tous les traits de crayons et tous les personnages, détails de paysages que l’on ne peut pas voir au premier coup d’œil, technique singulière qui me semble propre à ce peintre.

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Chronique parisienne

Depuis quelque temps – quelques mois ? – je vois surgir sur les blogs des articles et des rubriques reprenant un peu toutes les inspirations ou les découvertes faites par lesdites blogueuses durant la semaine ou le mois. Je parle notamment du « Monday morning » de Mathilde ou du « heart, mind and soul » de Coline. Et moi j’adore ce genre d’article, je ressors de leur lecture avec moult nouvelles idées et surtout de nouvelles envies, et comme je passe mon temps à me dire en sortant du ciné ou d’un bon bouquin « j’en ferai un article » – mais bien sûr je ne trouve jamais le temps, ou l’envie- , j’ai pensé qu’une rubrique de ce genre pourrait être la bienvenue. N’ayant absolument aucune idée de nom je me contente de l’appeler « la nouvelle rubrique » mais en italien puisque c’est la langue que j’apprends en ce moment et que ça rend mieux à mes oreilles de française.

Depuis mon retour à Paris je tente de me ré-acclimater peu à peu à la capitale, ce n’est pas si facile après une année passée en Province: les montagnes et les forêts d’Alsace me manquent, le centre ville de Strasbourg où tout était proche aussi. Mais pour me rappeler que Paris est ma ville il y a un truc qui marche à tous les coups: recommencer à visiter, sortir, découvrir des choses. Je suis donc enfin allée prendre le thé avec des scones à l’Oisive thé – ce salon de thé/salon de tricot – qui se trouve pourtant à quelques stations de métro de chez moi, ce qui va me permettre d’y retourner très régulièrement!

J’ai aussi fait des achats et surtout beaucoup de lèche-vitrine: j’ai mis les pieds à l’appartement Sézane pour la première fois, je me suis rendue vendredi dernier à la boutique Les fleurs, lieu de perdition comme dirait mon amie Alice – elle a diablement raison, mais j’ai réussi à n’en sortir qu’avec un pot pour cactus. Enfin je suis tombée par hasard sur la boutique Jamini et j’ai salivé comme il se doit avant de prendre ma décision: je m’achèterai un coussin coûte que coûte pour meubler mon nouvel intérieur.

Pour ce qui est des découvertes culturelles j’ai eu le temps – chômage oblige – de lire, voir et visiter pas mal de trucs. Sans m’arrêter sur tout ce que j’ai pu faire – les rendez-vous de l’histoire de Blois le week-end dernier mériteront leur propre article, je vous le promets – je ne peux pas m’empêcher de vous parler un peu plus longuement de ce que j’ai adoré et que je vous recommande chaudement. C’est parti!

J’ai lu…

Peyton Place , de Grace Metallious

L’histoire d’une petite ville de la Nouvelle-Angleterre dans les années 50, on y suit trois principales protagonistes : Alison la jeune fille rêveuse et un peu solitaire, Constance sa mère qui doit vivre avec le difficile statut de mère-célibataire, la belle et intelligente Selena issue des quartiers pauvres en lutte contre son milieu. Peyton Place a été l’un des gros scandales littéraires des années 50 aux Etats-Unis, accusé d’être un roman pornographique et subversif: on aurait bien du mal aujourd’hui à comprendre comment on a pu trouver cet ouvrage ne serait-ce qu’érotique. Le roman met en scène la société des petites villes des Etats-Unis avec tous leurs non-dits, leurs secrets et leurs rancœurs. L’écriture de Grace Metallious est très agréable à lire et on rentre très rapidement dans l’histoire tour à tour écœurés puis touchés par les personnages, notamment par les personnages secondaires qui forgent toute l’ambiance de cette ville modeste d’Amérique.

C’est un grand classique américain et c’est très édifiant sur la société américaine. N’hésitez pas à lire la postface qui explique le scandale à la parution du roman.

L’amie prodigieuse, de Elena Ferrante

Malgré la place privilégiée que ce roman a occupé tout l’été sur les devantures des librairies, ce qui me fait généralement fuir, j’ai cédé à la tentation Elena Ferrante, en partie parce que j’allais à Naples et que je voulais me mettre dans le bain.

J’ai dévoré ce livre, et j’en ai fait de même avec le suivant « Le nouveau nom ». L’amie prodigieuse c’est une tétralogie qui suit la vie de Lena, la narratrice, et son amie Lila dans un quartier pauvre de Naples dans les années 50 – et oui encore. Cette grande amitié, perçue par les yeux de Lena, forge la trame de tout le roman mêlant jalousies, fascination, soutien, et beaucoup d’autres aspects d’une amitié aussi passionnée que complexe. Je me suis parfaitement reconnue dans le rôle de Lena, jeune fille médiocre qui se voit comme vivant sans cesse dans l’ombre de sa prodigieuse amie Lila, et prodigieuse elle l’est effectivement, c’est ce qui la rend si agaçante et attachante à la fois. En parallèle de cette histoire d’amitié se dresse un tableau de Naples et de l’Italie du Sud du milieu du siècle passé, où la Camorra et l’origine sociale conditionnent fortement l’existence de ces jeunes gens.

Je ne l’ai pas lu en italien, j’aimerais, mais la traduction est très bonne, on arrive à comprendre notamment toute l’importance que révèle le fait de parler en italien ou en dialecte à une époque où la langue distingue, plus clairement encore qu’aujourd’hui, le niveau social et culturel d’un individu. Pour conclure : je n’ai arrêté de lire que quand j’ai fini de tourner la dernière page !


J’ai visité…

Le musée de la vie romantique

Petite sortie dans Paris, le but initiale était d’aller prendre un thé au Musée de la Vie Romantique, finalement comme il était trop tôt pour le thé, on s’est contenté de visiter ce joli musée improbable. Une belle maison de campagne en plein Paris, des souvenirs de la famille de George Sand, des salons XIXe reconstitués ET un super salon de thé en jardin ou sous verrière. Un musée simple comme je les aime.  Et en prime j’y ai croisé Daniel Guerrero, l’ancien rugbyman!

La nuit Blanche à Paris

Je n’étais jamais allée à la Nuit Blanche et… je n’ai pas été vraiment convaincue. J’avoue que je ne suis pas une fan de l’art contemporain, il faut toujours expliquer ce que l’auteur a voulu dire ou montrer, et s’il y a parfois de bonnes idées j’accroche peu. Mais alors quand le sujet est aussi connu que « Les amours de polyphiles », célèbre poème du XVe siècle – je ne rigole pas c’était le thème choisi pour la nuit blanche de Paris – je lâche carrément, et je me demande bien à quel moment l’organisateur a pu penser que ça convenait à un événement visant la démocratisation de la culture. Malgré des œuvres plutôt peu intéressantes, voire ratées, j’ai bien aimé l’idée de se promener de nuit dans Paris et de suivre un parcours pour y voir des œuvres ou des installations.

Idée pour ceux qui voudraient y assister l’an prochain : prendre les bateaux mouches, gratuits ce soir-là, qui remontent la Seine. C’est là où se situent la plupart des installations, c’est donc un bon moyen de faire une croisière gratuite en voyant le plus d’œuvres possibles.


J’ai vu…

Je viens de commencer la deuxième saison de Gomorra, la fameuse série italienne issue du roman de Saviano sur la Camorra, et dont Saviano est d’ailleurs le scénariste. C’est toujours aussi bien, toujours aussi poignant. La réalisation est vraiment excellente, la musique super et j’aime beaucoup voir une série qui n’est pas en anglais, c’est rare et ça permet de découvrir une autre langue – le napolitain. Pour ce qui est du scénario et des personnages, ils sont toujours très bien travaillés, profonds, et même si on a du mal à apprécier véritablement les « héros » on s’y attache. L’ambiance très dure, et la réalité qui se cache derrière cette semi-fiction provoque généralement une petite nausée à la fin de chaque épisode – mais on veut savoir la suite !

Toujours à propos de Gomorra, je viens de lire un article des Inrocks sur le quartier de Scampi qui nuance un peu mon engouement pour la série: effectivement je me suis demandée comment les réalisateurs avaient pu tourner dans ce quartier difficile de Scampi, réputé comme l’un de plus dangereux d’Europe, et quels sont les impacts de la série sur ces quartiers défavorisés. Pas de réponse mais l’article est très intéressant alors hop un petit lien ici: Scampia et Gomorra

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Cultivez-vous le dimanche, regardez Personne Ne Bouge

 

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Dimanche 17h, quand la nuit sera sur le point de tomber, qu’il fera froid, quand vous sentirez la déprime monter face à cet événement insurmontable qu’est le lundi matin et la reprise du boulot, je vous conseille de vous poser devant la télé, avec une tasse de thé, et pourquoi pas quelques viennoiseries, et d’allumer ARTE : c’est le moment de Personne Ne Bouge, PNB pour les intimes.

Personne Ne Bouge est une émission culturelle hebdomadaire d’Arte de 30 minutes qui s’organise autour d’un thème, un fil rouge autour duquel se déclinent huit rubriques relatives à différents modes de culture. Créée en 2012 et présentée par les voix off de Philippe Collin et Xavier Mauduit, la formule de l’émission s’est modifiée ces dernières années, des rubriques disparaissent, d’autre apparaissent, mais le principe demeure le même : à travers divers supports culturels –filmes, clips, livres, mode, …- l’émission passe en revue un thème assez large qui peut être à peu près tout et n’importe quoi. Si fréquemment l’émission s’attache à parler d’un pays – l’Argentine, l’Autriche,… – d’une grande figure – Napoléon, David Bowie, – d’une période historique, ou de grands réalisateurs ou acteurs, elle peut aussi s’intéresser à des sujets plus concrets –les motos, les célibataires, etc – ou  plus abstraits voire philosophiques comme « le désir » – encore disponible sur Arte +7.

 

J’ai découvert PNB il y a plus d’un an, lors d’une émission sur « les jeunes filles en fleurs », le sujet m’a bien entendu parlé, le reportage portait sur Sofia Coppola et son œuvre, en particulier « Lost in Translation », mon film préféré, je n’ai pas zappé, et depuis je n’en ai raté presqu’aucun.

Si PNB s’intéresse à tous les modes culturels, il me semble que c’est à propos du cinéma qu’on peut en apprendre le plus, n’y connaissant personnellement absolument rien, je découvre, j’apprends, je m’inspire. Des spécialistes analysent films, scènes et réalisateurs sans jamais spoiler et poussant toujours plus loin la réflexion. Ma fréquentation plus régulière des salles de cinéma, notamment pour visionner de vieux films, en est la conséquence première. L’émission permet de se refaire une culture générale et conduit à chercher à approfondir les débuts de connaissance qu’elle apporte.

 

Très abordable et placée sur une tranche horaire où on n’a pas grand-chose à faire l’émission devrait plaire à tous. Le ton décalé, humoristique et bien souvent anachronique des  journalistes qui ponctuent l’émission de petites saynètes amenant la rubrique suivante et qui rythment l’émission font de ce magazine culturel accessible à tous un formidable moyen de vulgarisation. Il ne s’agit pas ici d’une culture élitiste, on y traite de toutes les formes culturelles, de tous les types de film ou de musique, je regrette d’ailleurs un peu pour ma part la disparition de la rubrique littéraire qui consistait à expliquer en quelques phrases l’histoire, l’analyse et la postérité de célèbres romans. Mais il en faut pour tous les goûts et surtout pour tous les arts, la formule se modifiera peut-être à nouveau en septembre prochain.

J’espère que ce rendez-vous culturel hebdomadaire pourra réveiller vos dimanches après-midi comme c’est le cas pour moi, en permettant notamment de ne pas culpabiliser sur le cocooning poussé l’extrême. «Je ne fais pas rien, je me cultive: je regarde Personne Ne Bouge. »

Personne Ne Bouge – à 17h chaque dimanche sur Arte.

 

Western au Kurdistan

Etat d’esprit maussade, à traîner son corps et son esprit sous la grisaille de Paris quand l’idée subite m’est venue : pourquoi ne pas aller au cinéma voir « My sweet Pepper Land » ? Plusieurs semaines que je me disais qu’il fallait que j’y aille, mais le beau temps n’aidant pas, j’avais relégué cette activité dans un coin éloigné de ma tête. De la pluie de Paris à lui pluie du Kurdistan il n’y a qu’un pas, et deux heures de plaisir passées au cinéma.

Synopsis: 

Le film suit l’histoire de deux personnages venus s’installer dans le village de Qamarian situé dans la province désormais autonome du Kurdistan irakien. Govend est une jeune institutrice de vingt-huit ans qui retrouve le poste qu’elle avait quitté au village. Baran est un ancien résistant kurde qui reprend du service dans la police afin d’échapper à sa mère souhaitant le marier. Tous deux libres d’esprit se retrouvent dans ce coin reculé de l’Irak où fonctionne encore un système féodal officieux. Le « seigneur » de la montagne, Aziz Aga, voit d’un mauvais œil l’arrivée de ce nouveau policier décidé à faire respecter la loi du pays, ainsi que la présence d’une institutrice célibataire.

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Tous les éléments sont réunis pour faire un bon western :

Le shérif au chapeau de cowboy, circule à cheval, et doit faire face à un refus de son autorité étatique par une autorité ancestrale. Il s’oppose seul avec un faible adjoint à un clan d’hommes supposés hors-la-loi, et qui ont la main-mise sur la population locale. Tels les shérifs américains envoyés dans l’Ouest pour y imposer le gouvernement de Washington et éviter la profusion des bandes armées, Baran, mais aussi Govend, font ici figures de civilisateur. L’un apporte la loi, l’autre la connaissance, mais ils apportent surtout une liberté de pensée et un changement de mentalité de l’Irak d’après Saddam, que l’on suppose venir de la ville. Les premières images du film, où la mère de Baran tente de lui faire rencontrer des femmes à marier, montre que, contrairement aux idées reçues, les femmes en Irak ne sont pas toutes voilées, hormis la mère elle-même, toutes les femmes apparaissant dans le film sont vêtues à l’occidentale. Pourtant, si les mœurs semblent plus libres au début du film : le père de Govend accepte sans trop de difficulté de laisser partir sa fille seule pour enseigner au Kurdistan, à la fin, la mentalité encore engoncée dans la morale islamique revient avec toute sa force : Govend est accusée, par les villageois, et par ses frères eux-mêmes de n’avoir aucun honneur puisque jugée trop proche du shérif. « Vous êtes pires que les soldats de Saddam » leur crie-t-elle alors. La vérité est là, proche du shérif, ce n’est pas de la loi dont la femme irakienne est prisonnière, mais de la mentalité des hommes. La distinction entre les deux protagonistes et le reste des personnages s’effectue rapidement : la bande originale alterne musique traditionnelle avec des plans sur le village et les montagnes, et musique occidentale, musique française pour Govend, américaine pour Baran, lorsque la caméra filme ces derniers dans leur intimité.

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La question kurde

En fond une autre histoire se dresse : celle de la guerre kurde pour l’indépendance. Deux clans s’opposent : les combattantes kurdes du PKK, et le seigneur Aziz Aga et ses hommes qui refusent de voir ces femmes sur leurs terres. Sa haine n’est jamais expliquée : de même que le shérif demande à Govend si ce qui déplaît à Aga est le fait d’avoir une institutrice ou d’avoir une femme seule, on ne sait pas si ce qui le dérange est d’avoir des résistants kurdes de Turquie, ou le fait que ce soient des femmes. La difficulté que rencontrent les deux héros à aider ces combattantes témoignent de la complexité de la question kurde dans cette région : si le Kurdistan irakien est autonome, les kurdes turcs et iraniens combattent toujours pour leur indépendance, mais leur lutte armée n’est pas forcément dans l’intérêt de leurs frères ethniques. Le sujet est grave et pourtant conserve un ton presque comique tout au long du film. Des scènes absurdes et de l’humour noir qui tranchent avec la réalité et la gravité des thèmes abordés : peine de mort, contrebande de médicaments, manque d’éducation, etc.

 

Un film émouvant et esthétique

Golshifteh Farahani et Korkmaz Arslan donnent au film toute sa puissance. Farahani, l’actrice iranienne bannie d’Iran pour sa carrière occidentale et qui a déjà tourné avec Hiner Saleem dans « Si tu meurs je te tue »,  est encore plus belle dans ces vêtements des montagnes. Femme seule et indépendante en proie aux obstacles de la morale et qui trouve son seul soutien dance cet homme ayant fuit la ville pour éviter les mêmes contraintes que lui imposaient les traditions. Malgré les bruits et les jugements des villageois, ou peut-être grâce à eux, les deux personnages se trouvent et se comprennent. Le visage grave et mélancolique, Faharani donne une grande force au personnage et transmet  toute la tristesse et la résignation que connaissent les femmes au Moyen-Orient. Korkmaz Arslan lui donne la réplique, captivant le spectateur de son regard jaune et perçant en shérif calme, silencieux et sûr de lui.

Enfin, le film fait découvrir la province du Kurdistan irakien, région coincée entre les montagnes, à la fois sèche et pluvieuse. Le film est sombre, la pluie et l’orage menacent à chaque scène, jusqu’à se déverser lors du dénouement, sans pour autant dissiper la brume et les nuages qui recouvrent la mentalité des hommes en Irak. Ce paysage est incroyablement mis en valeur par la musique mélancolique elle aussi de Farahani qui compose et joue elle-même de cet étrange instrument : le hang, seule au milieu de la montagne, son écho se répétant jusqu’aux oreilles du shérif, portant en elle l’espoir de cette nouvelle génération d’irakien post-saddam.

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Pour en savoir plus:

– dossiers et articles du monde diplomatique sur la question kurde, ou sur les élections en Irak.

– Entretien de Golshifteh Faharani pour Télérama