Et si on lisait…des BD?

Je profite du festival d’ Angoulême pour vous présenter un article que j’avais envie de faire depuis longtemps : pour changer un peu de mes lectures romanesques voici un aperçu de mes dernières découvertes BD. Je ne suis pas une grande lectrice de BD, hormis Les fameuses Culottées de Pénélope il n’y en a d’ailleurs aucune dans mon nouveau chez moi. MAIS à Noël dans ma famille on offre des BD et pendant quelques jours tout le monde s’assoit autour du feu et dévore ces BD. On aurait même bien besoin d’un carnet pour noter qui est en train de lire quoi afin de gérer au mieux le partage de lecture. Bref en décembre je lis de vrais chefs d’oeuvres, d’autres BD seulement sympa mais dans tous les cas je redécouvre ce plaisir de la BD ! Au programme aujourd’hui: du roman graphique, un retour dans le passé et une traversée de Paris.

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1. Les Royaumes du Nord, de Stéphane Melchior et Clément Oubrerie

Synopsis : Elevée au milieu des érudits du Jordan College d’Oxford, Lyra rêve de suivre son oncle dans ses aventures scientifiques. Mais alors que son ami Roger disparaît soudainement Lyra part à sa recherche et c’est une toute autre aventure qui l’attend dans le Grand Nord…

Mon avis: Tiré du roman du même nom, 1er tome de la trilogie « A la Croisée des Mondes » de Philipp Pulmann, cette BD est sortie quelques temps après le film – si mauvais que Philipp Pulman en avait retiré les droits au producteur et avait décidé de ne plus jamais laisser quelqu’un massacrer son roman. Mais c’était sans compter S. Melchior et C. Oubrerie qui ont du présenter un ouvrage parfaitement achevé à Philipp Pullman avant de savoir s’ils en auraient ou non les droits. Le résultat est une BD qui nous plonge en quelques planches dans le monde onirique crée par Pullman pour y suivre les aventures de Lyra, de l’ours Iorek, de lord Asriel et autre Madame Coulter.

Je la conseille à : ceux qui ont déjà lu le roman y retrouveront les mêmes sensations, ceux qui ne l’ont pas lu découvriront une histoire – peut être un peu plus difficile à suivre – mais surtout intelligente, inventive, poétique et romanesque qui donnera forcément envie de lire le roman !

En bonus: chronique BD de Pénélope Bagieu chez Mademoizelle sur “Les royaumes du Nord”. Indice: elle a aimé.

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2. Ninn, de Jean-Michel Darlot et Johan Pilet chez Kennes édition

Synopsis : Fille adoptive de cheminots Ninn est passionnée par le métro parisien, son royaume qu’elle arpente nuit et jour quitte à sécher quelques cours…Mais peu à peu des événements étranges surviennent, et Ninn s’aperçoit que le métro cache un monde plus vaste que ses 14 lignes et ses quelques stations fantômes : Quelle est donc cette mystérieuse ligne noire ? Et si ses recherches lui en apprenaient plus sur son propre passé ?

Mon avis: Je ne peux plus prendre le métro parisien sans penser à cette BD, et j’imagine à mon tour le monde merveilleux qui pourrait se cacher sous ces galeries de rails. En d’autres termes : J’ai adoré cette BD ! Le dessin n’est pas forcément attrayant au premier abord, le sujet, bien qu’original, n’est pas passionnant – je passe ma vie dans le métro, pourquoi voudrais-je lire une BD dessus ? – mais très vite l’histoire se révèle bien plus merveilleuse qu’elle n’y paraît. Et ça parle à notre imaginaire. Le métro devient alors un lieu où toute les histoires sont possibles : comme un vieux château, un lac de forêt ou une falaise battue par les vents.

Je la conseille à: tous. Jeune public comme moins jeune, cette BD devrait toucher l’imagination de tous ceux qui aiment les romans d’aventure. Et bien évidemment ce n’est pas que pour les Parisiens!

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3. Le château des étoiles, Alex Alice chez édition des deux sèvres

Synopsis : 1868, la scientifique Claire Dulac disparaît à bord de son ballon gonflé à l’Ether. Alors qu’ils essaient de passer à autre chose son fils et son mari sont victimes d’une tentative d’enlèvement des Prussiens, pour y échapper une seule solution : accepter la mystérieuse invitation du roi Ludwig de Bavière et se rendre dans son château au sommet de la Montagne. L’Ether serait-il la clé de la conquête des étoiles ?

Mon avis: Voilà une uchronie scientifique et historique qui touche les plus rêveurs (moi par exemple). Monde merveilleux et onirique – décidément j’aime ça – qui jongle entre le roman historique, Jules Verne et la science fiction. Le nouveau petit d’Alex Alice est une superbe découverte qui nous emmène d’une Bavière de contes de fées à l’espace fantasmé du XIXe siècle. Outre l’histoire originale, les dessins sont magnifiques, j’ai notamment beaucoup apprécié les couleurs pastels très utilisées.

Je la conseille: A tous. La BD plait, apparemment, beaucoup aux scientifiques – dans ma famille en tout cas – et pour les non scientifiques un conseil : laissez tomber si vous ne comprenez pas tout aux explications de physique et de chimie, ce n’est pas le plus important, laissez vous happer par l’atmosphère singulière, poétique et mélancolique de cette BD !

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4. Siegried, d’Alex Alice chez Dargaud

Synopsis : ni plus ni moins que l’histoire de Siegfried le héros de la légende germanique des Nibelungen. De l’enfance de Siegfried à la réalisation de sa destinée – tuer le dragon qui couve le trésor des Nibelungen – cette adaptation libre de la légende nous emmène à travers le royaume légendaire d’Odin et des Walkyries.

Mon avis: Si certaines planches sont magnifiques j’ai moins aimé le graphisme que dans « Le château des étoiles », mais c’est un vrai plaisir de se plonger dans la légende de Siegfried, d’aimer et de détester les Nibelungen, de contempler un héros face à son destin. L’ouvrage est sorti en un gros volume, ce qui permet de tout lire d’une traite, un peu comme un gros roman. Et qui refuserait de passer une après-midi d’hiver en pleine légende germanique ?

Je le conseille : Aux fans de Vikings, de Tolkien et de Wagner, évidemment !

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5. Les Culottées, de Pénélope Bagieu chez Gallimard

Est-il encore besoin de présenter les Culottées de Pénélope Bagieu dont le 2nd tome est sorti cette semaine? Pour ceux qui ne connaitraient pas, il s’agit d’un recueil d’histoires de femmes, féministes ou non, paru originellement dans Le Monde et devenu BD. Des histoires qui inspirent et montrent qu’à toutes les époques des femmes se sont levées contre leur condition féminine et ont osé réaliser leurs rêves, vivre leurs passions. Il ne tient qu’à nous d’en faire de même…

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Chronique parisienne #2 – Un pied en Orient

Un mois, ou presque, a passé depuis la dernière édition et j’ai été pas mal occupée ces derniers temps puisque je suis partie six jours à Vienne – je vous parle de la capitale viennoise dans un article consacré : un long week-end à Vienne – où j’ai pris une longueur d’avance avec l’hiver. J’ai passé le restant du mois à écrire et envoyer des lettres de motivation pas du tout motivées en buvant moult cappuccino dans des cafés parisiens ou en regardant la pluie tomber depuis ma grande baie vitrée qui donne sur un cimetière à l’anglaise. Ambiance gloomy parfaite pour un soir d’halloween.

Enfin j’ai découvert deux supers applis sur lesquelles j’ai dû passer des heures : pacer, un podomètre qui m’a rendue accroc à la marche, mon but étant chaque jour d’atteindre les dix mille pas attendus. J’ai remarqué que je ne les atteignais jamais à Paris, à moins de décider de ne pas du tout prendre le métro de la journée, alors que je pouvais facilement viser les seize mille pas à Vienne, autrement dit : vive le tourisme !

La seconde appli c’est « keep », une appli google toute bête qui permet de faire des listes partagées avec ses contacts : on peut y ajouter des couleurs et des photos, c’est joli et ça m’a bien occupée. Au top de mes listes : l’habituelle « Où partir en voyage ? », suivie de sa petite sœur « Où partir en week-end ? », et les plus utiles et moins inspirantes « Idées de livres, de films, … ». Enfin, celle qui va devenir de plus en plus d’actualité, la fameuse liste de Noël ! L’avantage de cette appli c’est que les collaborateurs peuvent ajouter des choses mais aussi cocher les cases lorsqu’une tâche est faite – donc pas mal pour les cadeaux de noël, pratique aussi pour les courses.

Pour finir ce mois-ci j’ai tout de même visité, vu et lu un peu et je vous raconte ça un peu plus en détail.

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J’ai lu : Les Intéressants, de Meg Wolitzer

Encore un roman américain qu’il est bien. Un roman social sans grand rebondissement, un roman qui raconte la vie d’une bande de jeunes new-yorkais artistes ou enfants d’artistes vue par le prisme de la jalousie de Julie, une jeune fille « lambda » qui s’est retrouvée dans un monde auquel elle ne cesse de se comparer. Difficile pour moi de ne pas s’assimiler à Julie, à sa manie de toujours regarder ce que sont les autres, à toujours se sentir hors du coup, trop différente, pas assez bien. D’autant plus à l’heure de facebook et d’instagram où il est devenu presque impossible de ne pas s’étouffer de jalousie devant la vie parfaite que chacun cherche à montrer sur le net. Au-delà de ce travers difficile à gérer, le roman évoque surtout la vie d’une génération : d’une enfance dans les années folk à l’arrivée de la société d’Internet en passant par l’époque tragique du Sida, on suit les différents personnages à chaque époque de leur vie avec ce qu’il y a de drames, de petits bonheur et de renoncements. A travers une histoire d’amitié, Les Intéressants c’est un récit de société, une société dont on entend encore assez peu parler, et comme me l’a mentionné ma mère : c’est dommage que seuls les Américains soient capables de se retourner ainsi sur leur propre société.

Alors si vous connaissez des auteurs britanniques, italiens, français ou que sais-je qui écrivent des romans dans la même veine : je suis preneuse !

Cinéma: l’Iran à l’honneur !

  • Sonita, de Rokhsareh Ghaem Maghami

Difficile de ne pas aimer Sonita, la rappeuse afghane de 15 ans dont la voix s’est levée pour dénoncer les pratiques moyenâgeuses et la condition féminine en Afghanistan. Difficile de ne pas aimer ce film porté par Sonita et par la réalisatrice qui devient à mi-parcours l’une de principales protagonistes du documentaire. Difficile de ne pas pleurer enfin en écoutant le rap engagé de Sonita après avoir suivi son parcours difficile et les incompréhensions dans ce Moyen-Orient encore ravagé par les guerres et par les censures religieuses.

Bien qu’un peu long vers la fin j’ai adoré ce film. Je le savais avant d’aller le voir, ce ne fut donc pas une surprise. La surprise c’était de constater à quel point Sonita crevait l’écran avec son sourire, son voile qui ne recouvre plus grand-chose, son répondant et sa foi en elle-même. Enfin l’élément particulier de ce film c’est la rôle de la réalisatrice, peu habituel, et qui pose de vraies questions sur le rôle des réalisateurs, tout comme celui des journalistes ou des documentaristes : sont-ils là pour montrer seulement la réalité ou ont-ils une légitimité à agir au sein de leur propre documentaire ? N’ayant pas la réponse, je vous laisse y réfléchir en allant voir Sonita !

  • Les enfants du ciel, de Majid Majidi

Encore un film iranien ! Car oui je n’en ai jamais assez. Celui-ci  date de 1997, bien que les vêtements et les voitures donnent l’impression d’être en plein dans les années 80 témoignant d’un léger retard de l’Iran sur le plan de la mode à cette époque. Children of heaven c’est l’histoire d’Ali, 8 ans et de sa jeune sœur Zahra, enfants pauvres de Téhéran, dont les parents gagnent à peine assez pour leur acheter des chaussures dignes de ce nom. Ali perd malencontreusement les chaussures de sa sœur qu’il avait amené chez le cordonnier, les deux enfants doivent alors partager leur unique paire de chaussure pour aller à l’école – le matin pour les filles, l’après-midi pour les garçons –; s’ensuit toute une série de « rebondissements » autour de ces chaussures et des moyens mis en œuvre par Ali pour trouver une seconde paire à sa sœur. Autour de cette trame, plutôt simple, se dessine un Téhéran qu’on connait peu, vu à travers l’œil des enfants : les rythmes de l’école, les devoirs, les amitiés, les parents qui cherchent du travail, l’immense Téhéran. Outre l’excellent jeu d’acteur des deux jeunes enfants j’ai adoré la réalisation du film et ce qu’il donnait à voir de l’Iran : un long métrage social efficace, drôle par moment, presque tragique à d’autres, on se replonge avec plaisir dans l’enfance à travers ces deux personnages qu’il est difficile de ne pas aimer.

 

  • Captain Fantastic, de Matt Ross

Comment ne pas aller voir un tel film, en particulier quand Viggo Mortensen en est la tête d’affiche ? Je reviens sur le synopsis : Ben, sa femme et ses nombreux enfants vivent une vie atypique dans les forêts du nord des USA. Capturant, cueillant et élevant eux-mêmes ce qu’ils mangent, les membres cette petite famille vivent en dehors de la société, éduqués consciencieusement par leur père qui leur enseigne autant la littérature que la musique ou encore l’importance de réfléchir à la société de consommation qu’il fuit. Lorsque la mère est atteinte d’une maladie, tous doivent renouer avec « le monde réel » et c’est un véritable choc les  obligeant à se poser des questions sur la conception de cette éducation face à la société.

Légèrement décevant à cause du manque de profondeur des personnages – il y en a peu voire pas – ce film à l’avantage de n’être pas du tout manichéen : il n’y a pas de bonne façon d’élever ses enfants, pas de mauvaise façon de vivre, il permet au contraire de mettre l’accent sur les extrémismes des deux camps, laissant au spectateur la possibilité de se faire son propre choix. Très drôle par moments, un peu tire-larmes à d’autres, ce film m’a surtout permis d’apprendre qui était Noam Chomsky – honte à moi, je ne connaissais pas – et de me rappeler combien Viggo Mortensen est beau sans sa barbe (attention spoiler !)  Un film qui ne restera pas dans mes annales mais qui permet de passer une bien bonne soirée.

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J’ai visité : le musée Gustave Moreau

Un de mes musées préférés à Paris, je pense que j’en parlerais encore plus longuement dans un article dédié aux musées parisiens. J’adore ce musée car, comme le musée de la vie romantique, c’est avant tout un atelier d’artiste. On entre dans l’intimité de l’artiste, la muséographie est restée telle qu’il l’a voulu – c’est-à-dire très fouillis – et on ressent toute l’atmosphère du XIXe siècle. En prime, l’escalier maintes fois pris en photo est vraiment superbe, et très instagrammable ! J’ajouterais que personnellement j’aime beaucoup le style orientaliste / symboliste de Gustave Moreau qui se rapproche parfois d’Odilon Redon, ça vaut le coup de se pencher – littéralement – sur certaines œuvres pour distinguer tous les traits de crayons et tous les personnages, détails de paysages que l’on ne peut pas voir au premier coup d’œil, technique singulière qui me semble propre à ce peintre.

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Les Rendez-vous de l’Histoire de Blois

Le week-end du 8 octobre je me suis rendue à un événement dont j’avais entendu parler depuis plusieurs années mais auquel je n’avais encore jamais assisté : les rendez-vous de l’Histoire de Blois. L’Histoire avec un grand H, mon premier amour qui me passionne toujours autant peu importe l’époque ou le lieu, pour qui j’ai trépigné d’impatience pendant plus d’une semaine trop pressée de passer mon week-end à écouter des conférences en veux-tu en voilà. A moins que vous ne soyez vous-même historien, ou prof d’histoire, ou archiviste, ou dans l’édition d’histoire ou encore, et surtout, retraité – car c’est la population majoritaire à ce genre de rendez-vous- vous ne savez pas trop ce que c’est les RDV de Blois. Je vous explique tout ça de suite !

Crées en 1998 par Jack Lang – second ministre de la culture à vie après Malraux – qui était aussi le maire de Blois, les RDV de l’Histoire c’est un festival d’Histoire qui s’étend du jeudi au dimanche : quatre jours de conférences, d’ateliers, de tables rondes sur l’Histoire. Chaque année un thème est choisi, on le découvre le dimanche soir à la fin des RDV, quand tous les parisiens s’entassent dans l’intercité en direction d’Austerlitz ; et les conférences doivent tourner autour de ce thème. Cette année le thème était très large mais surtout très actuel, « Partir », ce qui a permis à de nombreux non-historiens de participer également à ce sujet brûlant : j’ai assisté par exemple à une conférence d’Amnesty Internationale qui m’a  un peu déçue car il y manquait, à mon goût, la rigueur scientifique des autres conférences que j’ai pu voir. Outre les conférences purement historiques un programme d’économie a été mis en place s’intéressant bien évidemment à l’actualité, un peu en marge du thème principal de l’événement. De manière générale chacun essaie de se raccrocher au thème de près ou de loin pour traiter son propre sujet : le titre de la conférence « Partir c’est manger » m’a notamment peu convaincue.

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En parallèle de ces conférences se tient un salon du livre d’histoire où se trouvent toutes les éditions historiques de Gallimard à Vendémiaire en passant par le coin BD ! Et c’est toujours une bonne idée d’aller faire signer une BD par l’auteur, avec un joli croquis en dédicace, pour l’offrir à Noël, cette année en particulier puisque Riyad Sattouf était le Président du salon du livre.  C’était très dur pour moi, et pour mes copines, de ne pas acheter tous les livres qu’on voyait, on a forcément cédé pour un ou deux, mais les fanas de librairies et bibliothèques comprendront.

Enfin les RDV proposent en coopération avec les cinémas de Blois une sélection de films, souvent documentaires, touchant au thème, une bonne alternative quand on en a un peu marre de rester assis à écouter de vieux universitaires parler.

  • Comment ça se déroule ?

C’est ici que tout se complique : les RDV ont lieu dans différents lieux de Blois – le château, la préfecture, le salon du livre, la bibliothèque, l’université, l’iut, la maison de la magie. Certaines conférences nécessitent un ticket – gratuit bien sûr – mais qu’il faut prendre 2h à l’avance, et là encore faire attention car les petites vieilles ont tendance à se jeter voracement dessus n’en laissant plus aucun pour les jeunes chercheurs. La plupart des conférences sont libres d’accès MAIS là encore il vaut mieux venir bien en avance pour ne pas risquer de voir la salle pleine alors que c’est justement cette conférence-là que vous vouliez absolument voir. Qu’on se le dise, malgré l’offre immense qui est proposée, on ne peut pas écouter plus de trois, maximum quatre, conférences par jour, et  mieux vaut bien prévoir son programme à l’avance, tout en sachant qu’il risque fortement d’être perturbé : donc avoir un plan B évite les déconvenues. Autre problème : les lieux ne sont pas toujours  proches les uns des autres, comptez un bon gros quart d’heure, et une centaine de marches, pour vous rendre de l’université au château, et bien entendu quand celle que vous avez planifiée affiche complet, l’autre qui vous intéresse est à l’autre bout de la ville.

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  • Que voir ? Mon planning de la session 2016

Venons-en maintenant au vif du sujet : qu’est-ce que j’ai pu voir et apprendre durant ce week-end bien chargé culturellement ? J’ai été plutôt déçue de ma première journée qui a néanmoins été sauvée par la dernière conférence :

Le droit des migrants, par Amnesty Internationale : très intéressant sur le parcours des migrants, sur les origines de la crise des migrants, sur le fait que les migrants sub-sahariens qui arrivent aujourd’hui en Europe sont en fait migrants depuis bien plus longtemps; issus d’Ethiopie ou d’ailleurs, ils se sont d’abord exilés au Soudan, puis en Libye avant d’être contraints, ne pouvant revenir sans danger, à partir vers l’avant en Europe. L’exposé manquait cependant d’un peu d’objectivité et d’explication sur ce qui se passe concrètement quand un migrant arrive en France et demande asile.

De la Gaule à la Francie, BnF : intéressant en soi mais recoupant complétement mon cours de prépa, je n’ai rien appris de plus.

Israéliens, Palestiniens : entre diasporas et états, Vincent Lemire et Jihane Sfeir : Je suis tombée en amour devant ces deux conférenciers l’un spécialiste de Jérusalem, l’autre de la Palestine. Ils s’exprimaient tour à tour selon un ordre chronologique sur la fondation de l’Etat d’Israel, sur les complications qui sont apparues, etc. Un exposé à la fois sociologique, économique, diplomatique, un condensé passionnant avec des profs qui savent y faire devant un public.

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Le second jour a été plus prolifique, mieux préparé aussi, selon moi il faudrait imposer des tickets à chaque conférence, ça éviterait de grandes déceptions, mais ça coûterait beaucoup trop cher en papier…

La figure du Barbare, B. Dumézil : j’avais entendu Dumézil sur France inter, à la Marche de l’Histoire, il venait de sortir son dictionnaire du barbare en coopération avec nombre d’historiens et de sociologues. La conférence était géniale, transversale puisque touchant à la figure du barbare tout au long de l’histoire, de l’ethnogenèse – le fait de fabriquer des peuples – des Romains à la vision des fondamentalistes islamiques d’aujourd’hui. C’était très très dur de ne pas se jeter sur le bouquin en sortant.

Histoire des émotions, Alain Corbin, George Vigarello: Alain Corbin était LA STAR de cette édition, celui que toutes les femmes s’arrachent. Un vieux monsieur la tête dans les nuages qui ne comprend pas bien comment fonctionne un micro mais j’avoue que moi aussi j’étais toute émoustillée à l’idée de le voir. Monde parallèle des historiens quand tu nous tiens ! L’exposé partait un peu dans tous les sens, mais difficile de faire tenir un sujet aussi massif en une heure; à défaut d’être entrés dans le détail les auteurs ont donné un bon aperçu de leur travail, et avec un don pour les anecdotes, ont réussi à accrocher leur public.

Punir et partir, ou le bannissement et l’exil : ici encore une conférence transversale allant de l’Antiquité au dernier départ des bagnards pour les îles en 1939, une conférence typique Paris 1, on s’en rend peu compte mais on appartient toujours à une école historique, mais ô combien passionnante. Animée par un magistrat qui donnait à entendre un avis plus juridique, Claude Gauvard –ponte de l’histoire médiévale – a volé la vedette à tous, même si le professeur d’Antique un « jeune » historien très bon orateur, a pris nos cœurs à toutes en nous expliquant la procédure d’ostracisme. Je n’irai pas plus loin, si vous en avez envie je peux faire des articles, ou des fiches presque, beaucoup plus détaillés avec les notes que j’ai prises.

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J’ai choisi de faire un parcours très historique, en m’intéressant à plusieurs périodes et plusieurs aires mais toujours sur des thématiques en rapport avec ma formation, cependant j’ai longuement hésité à suivre des conférences plus en rapport avec mon blog. Le thème de cette année s’y prêtait en effet très bien : j’aurai pu axer ces deux journées sur le thème « voyage et récits de voyages », nombreuses étaient les conférences et les tables rondes sur le sujet.

Pour conclure, les RDV de Blois sont malheureusement victimes de leur succès, je ne m’attendais pas à voir autant de monde, l’organisation n’est pas toujours au top, c’est finalement assez fatiguant mais tellement intéressant. Tout le monde peut y trouver son bonheur tant les sujets de conférences sont variés et ne concernent pas uniquement les historiens, enfin même si j’ai trouvé que parfois beaucoup de connaissances devaient être préalablement acquises, pour la plupart des conférences les historiens prennent grand plaisir à vulgariser et rendre accessible à tous ce savoir, sans pour autant le réduire.

Le thème de l’année prochaine sera  les explorations et les découvertes, et je ne sais pas pour vous mais je compte bien m’y rendre à nouveau ! (Surtout que je n’ai même pas eu le temps de visiter le château)

 

voici les titres des ouvrages parus ou à paraître des auteurs que j’ai vus :

  • Jérusalem. Histoire d’une ville monde, Dir. V. Lemire, champs histoire, Flammarion, 2016
  • Histoire des émotions, A. Corbin, G. Vigarello, J-J. Courtine, éd. Seuil, 2016
  • Les Barbares, Dir. B. Dumézil, PUF, 2016

 

 

Chronique parisienne

Depuis quelque temps – quelques mois ? – je vois surgir sur les blogs des articles et des rubriques reprenant un peu toutes les inspirations ou les découvertes faites par lesdites blogueuses durant la semaine ou le mois. Je parle notamment du « Monday morning » de Mathilde ou du « heart, mind and soul » de Coline. Et moi j’adore ce genre d’article, je ressors de leur lecture avec moult nouvelles idées et surtout de nouvelles envies, et comme je passe mon temps à me dire en sortant du ciné ou d’un bon bouquin « j’en ferai un article » – mais bien sûr je ne trouve jamais le temps, ou l’envie- , j’ai pensé qu’une rubrique de ce genre pourrait être la bienvenue. N’ayant absolument aucune idée de nom je me contente de l’appeler « la nouvelle rubrique » mais en italien puisque c’est la langue que j’apprends en ce moment et que ça rend mieux à mes oreilles de française.

Depuis mon retour à Paris je tente de me ré-acclimater peu à peu à la capitale, ce n’est pas si facile après une année passée en Province: les montagnes et les forêts d’Alsace me manquent, le centre ville de Strasbourg où tout était proche aussi. Mais pour me rappeler que Paris est ma ville il y a un truc qui marche à tous les coups: recommencer à visiter, sortir, découvrir des choses. Je suis donc enfin allée prendre le thé avec des scones à l’Oisive thé – ce salon de thé/salon de tricot – qui se trouve pourtant à quelques stations de métro de chez moi, ce qui va me permettre d’y retourner très régulièrement!

J’ai aussi fait des achats et surtout beaucoup de lèche-vitrine: j’ai mis les pieds à l’appartement Sézane pour la première fois, je me suis rendue vendredi dernier à la boutique Les fleurs, lieu de perdition comme dirait mon amie Alice – elle a diablement raison, mais j’ai réussi à n’en sortir qu’avec un pot pour cactus. Enfin je suis tombée par hasard sur la boutique Jamini et j’ai salivé comme il se doit avant de prendre ma décision: je m’achèterai un coussin coûte que coûte pour meubler mon nouvel intérieur.

Pour ce qui est des découvertes culturelles j’ai eu le temps – chômage oblige – de lire, voir et visiter pas mal de trucs. Sans m’arrêter sur tout ce que j’ai pu faire – les rendez-vous de l’histoire de Blois le week-end dernier mériteront leur propre article, je vous le promets – je ne peux pas m’empêcher de vous parler un peu plus longuement de ce que j’ai adoré et que je vous recommande chaudement. C’est parti!

J’ai lu…

Peyton Place , de Grace Metallious

L’histoire d’une petite ville de la Nouvelle-Angleterre dans les années 50, on y suit trois principales protagonistes : Alison la jeune fille rêveuse et un peu solitaire, Constance sa mère qui doit vivre avec le difficile statut de mère-célibataire, la belle et intelligente Selena issue des quartiers pauvres en lutte contre son milieu. Peyton Place a été l’un des gros scandales littéraires des années 50 aux Etats-Unis, accusé d’être un roman pornographique et subversif: on aurait bien du mal aujourd’hui à comprendre comment on a pu trouver cet ouvrage ne serait-ce qu’érotique. Le roman met en scène la société des petites villes des Etats-Unis avec tous leurs non-dits, leurs secrets et leurs rancœurs. L’écriture de Grace Metallious est très agréable à lire et on rentre très rapidement dans l’histoire tour à tour écœurés puis touchés par les personnages, notamment par les personnages secondaires qui forgent toute l’ambiance de cette ville modeste d’Amérique.

C’est un grand classique américain et c’est très édifiant sur la société américaine. N’hésitez pas à lire la postface qui explique le scandale à la parution du roman.

L’amie prodigieuse, de Elena Ferrante

Malgré la place privilégiée que ce roman a occupé tout l’été sur les devantures des librairies, ce qui me fait généralement fuir, j’ai cédé à la tentation Elena Ferrante, en partie parce que j’allais à Naples et que je voulais me mettre dans le bain.

J’ai dévoré ce livre, et j’en ai fait de même avec le suivant « Le nouveau nom ». L’amie prodigieuse c’est une tétralogie qui suit la vie de Lena, la narratrice, et son amie Lila dans un quartier pauvre de Naples dans les années 50 – et oui encore. Cette grande amitié, perçue par les yeux de Lena, forge la trame de tout le roman mêlant jalousies, fascination, soutien, et beaucoup d’autres aspects d’une amitié aussi passionnée que complexe. Je me suis parfaitement reconnue dans le rôle de Lena, jeune fille médiocre qui se voit comme vivant sans cesse dans l’ombre de sa prodigieuse amie Lila, et prodigieuse elle l’est effectivement, c’est ce qui la rend si agaçante et attachante à la fois. En parallèle de cette histoire d’amitié se dresse un tableau de Naples et de l’Italie du Sud du milieu du siècle passé, où la Camorra et l’origine sociale conditionnent fortement l’existence de ces jeunes gens.

Je ne l’ai pas lu en italien, j’aimerais, mais la traduction est très bonne, on arrive à comprendre notamment toute l’importance que révèle le fait de parler en italien ou en dialecte à une époque où la langue distingue, plus clairement encore qu’aujourd’hui, le niveau social et culturel d’un individu. Pour conclure : je n’ai arrêté de lire que quand j’ai fini de tourner la dernière page !


J’ai visité…

Le musée de la vie romantique

Petite sortie dans Paris, le but initiale était d’aller prendre un thé au Musée de la Vie Romantique, finalement comme il était trop tôt pour le thé, on s’est contenté de visiter ce joli musée improbable. Une belle maison de campagne en plein Paris, des souvenirs de la famille de George Sand, des salons XIXe reconstitués ET un super salon de thé en jardin ou sous verrière. Un musée simple comme je les aime.  Et en prime j’y ai croisé Daniel Guerrero, l’ancien rugbyman!

La nuit Blanche à Paris

Je n’étais jamais allée à la Nuit Blanche et… je n’ai pas été vraiment convaincue. J’avoue que je ne suis pas une fan de l’art contemporain, il faut toujours expliquer ce que l’auteur a voulu dire ou montrer, et s’il y a parfois de bonnes idées j’accroche peu. Mais alors quand le sujet est aussi connu que « Les amours de polyphiles », célèbre poème du XVe siècle – je ne rigole pas c’était le thème choisi pour la nuit blanche de Paris – je lâche carrément, et je me demande bien à quel moment l’organisateur a pu penser que ça convenait à un événement visant la démocratisation de la culture. Malgré des œuvres plutôt peu intéressantes, voire ratées, j’ai bien aimé l’idée de se promener de nuit dans Paris et de suivre un parcours pour y voir des œuvres ou des installations.

Idée pour ceux qui voudraient y assister l’an prochain : prendre les bateaux mouches, gratuits ce soir-là, qui remontent la Seine. C’est là où se situent la plupart des installations, c’est donc un bon moyen de faire une croisière gratuite en voyant le plus d’œuvres possibles.


J’ai vu…

Je viens de commencer la deuxième saison de Gomorra, la fameuse série italienne issue du roman de Saviano sur la Camorra, et dont Saviano est d’ailleurs le scénariste. C’est toujours aussi bien, toujours aussi poignant. La réalisation est vraiment excellente, la musique super et j’aime beaucoup voir une série qui n’est pas en anglais, c’est rare et ça permet de découvrir une autre langue – le napolitain. Pour ce qui est du scénario et des personnages, ils sont toujours très bien travaillés, profonds, et même si on a du mal à apprécier véritablement les « héros » on s’y attache. L’ambiance très dure, et la réalité qui se cache derrière cette semi-fiction provoque généralement une petite nausée à la fin de chaque épisode – mais on veut savoir la suite !

Toujours à propos de Gomorra, je viens de lire un article des Inrocks sur le quartier de Scampi qui nuance un peu mon engouement pour la série: effectivement je me suis demandée comment les réalisateurs avaient pu tourner dans ce quartier difficile de Scampi, réputé comme l’un de plus dangereux d’Europe, et quels sont les impacts de la série sur ces quartiers défavorisés. Pas de réponse mais l’article est très intéressant alors hop un petit lien ici: Scampia et Gomorra

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Mes classiques de l’année

A l’occasion de la rentrée littéraire, et aussi parce que je serais toujours plus ou moins calée sur l’année scolaire, j’en profite pour vous faire ma sortie littéraire en vous présentant les principaux classiques que j’ai pu lire cette année. Bien que j’adore lire les dernières parutions, les livres dont tout le monde parle ou encore les bouquins de plages qu’on ne se permet de lire que l’été, je tiens chaque année à m’imposer quelques « classiques ». S’ils sont souvent un peu plus difficiles d’accès au départ, ils justifient généralement le mal qu’on peut se donner à les lire que ce soit pour leur récit par lequel on se laisse happer, ou pour leur écriture qui parvient à nous séduire. Certains sont plus décevants ou ne parviennent pas à m’intéresser, mais pour être en droit de les critiquer il vaut tout de même mieux les avoir lus, quitte à sauter quelques passages. Je vous propose donc ici les classiques que j’ai découverts cette année, en espérant que ça vous donnera des idées.

 

  • Les Misérables, Victor Hugo

Ca faisait plusieurs années que je n’avais pas lu du Victor Hugo : j’avais adoré Quatre-Vingt-Treize, mais Notre-Dame-de-Paris m’avait semblé bien long. Deux possibilités : soit j’ai commencé par le meilleur, soit j’ai de plus en plus de mal à apprécier Hugo au fur et à mesure que je vieillis, le fait est que Les Misérables ne m’a plu qu’à moitié.

Synopsis: L’histoire vous la connaissez tous : Jean Valjean, Fantine et sa fille Cosette sont les trois héros de cette fresque historique se déroulant sur une vingtaine d’années, de la fameuse bataille de Waterloo aux émeutes populaires annonçant 1848.

Mon avis : On s’attache bien évidemment aux personnages, surtout aux personnages secondaires d’ailleurs, on veut savoir la suite de l’histoire MAIS pour lire Hugo il faut être prêt à perdre beaucoup beaucoup de temps en descriptions qui fourmillent de comparaisons et d’analogies historiques et culturelles. Je n’hésite pas à dire qu’il y en a trop.

J’ai eu vraiment du mal à achever la longue description de Waterloo, MAIS il faut la lire, il faut au moins en lire la fin car il s’y passe un des éléments clé du livre. Je ne trouve pas très gênant de passer sur la description du couvent ou encore sur les discussions philosophiques qui durent plusieurs chapitres et qui, bien qu’elles contiennent certains passages superbes où toute l’éloquence d’Hugo se dévoile – notamment sur la situation des prisons et prisonniers -, se perdent en détails peu utiles pour l’histoire. En revanche j’ai beaucoup apprécié la dernière partie décrivant la fameuse émeute où l’on retrouve Gavroche et où toutes les intrigues s’achèvent.

Lisez-le quand vous aurez le temps, ou que vous serez dans une dynamique Victor Hugo.

 

  • L’île mystérieuse, Jules Verne

C’est Victoria de Mango and Salt qui m’a donné envie de lire L’île mystérieuse, je n’avais jamais lu de Jules Verne et je ne savais pas par quoi commencer alors je me suis lancée après avoir lu sa critique.

Encore une fois mon avis est très partagé : j’ai suffisamment apprécié pour avoir envie de lire les autres ouvrages de cette « trilogie » Les enfants du Capitaine Grant et Vingt mille lieues sous les mers, mais le côté livre pour enfant m’a un peu déçue.

Synopsis : Etats-Unis fin de la guerre de Sécession, 5 hommes et un chien se retrouvent embarqués à bord d’une montgolfière qui s’échoue non loin d’une île déserte et qui pourtant fournit plusieurs années durant tout ce qu’il faut à nos aventuriers pour survivre d’où  son nom d’île Mystérieuse.

Mon avis : On suit la découverte et l’appropriation de l’île par ces colons imprévus et hormis quelques passages où des événements incompréhensibles font monter le suspens autour de l’étrangeté de l’île, Jules Verne s’attache surtout à décrire les étapes de cette colonisation de la terre. De la rédaction d’une carte géographique à l’organisation domestique et agricole de la colonie toutes les étapes de cette nouvelle vie sont détaillées avec précision au point qu’elles ressemblent par moment à un catalogue. Aucune notion sociale ou humaine dans cette histoire : tous les personnages sont très lisses, leur caractère défini dès les premières pages n’évolue pas et permet seulement de justifier des qualités de chacun et donc  la division du travail qui s’ensuivra.

MAIS il faut lire Jules Verne avec l’idée qu’on a ici affaire à un passionné de géologie et de découvertes scientifiques en tout genre, ce qui transparaît à chaque page du livre et qui le rend intéressant. On y constate l’attrait que pouvaient avoir à l’époque ces nouvelles sciences et ces innovations techniques. En outre l’écriture est très facile et malgré quelques longueurs le roman se lit plutôt vite.

Ce n’est surement pas le meilleur de Jules Verne, d’après ce que j’ai compris Les enfants du Capitaine Grant vaudraient plus le coup, c’est donc sur ma nouvelle liste de l’année.

 

  • Les raisins de la Colère, Steinbeck

Je commence cette critique par deux petits mots simples : LISEZ STEINBECK !

Comme vous pouvez le constater j’ai adoré Les raisins de la Colère. Attention je ne dis pas que c’est facile à lire mais ça vaut le coup, vraiment. Et ça vaut le coup de s’arrêter de temps en temps pour réfléchir et surtout comprendre ce qu’on vient de lire parce que Steinbeck c’est une critique sociale, une critique de l’économie, une critique du monde tel qu’on l’a construit, ça a beau avoir été rédigé lors de la Grande Dépression c’est tout à fait d’actualité.

Synopsis : Années 20, une famille de fermiers de l’Oklahoma se voit contrainte de quitter ses terres qui sont désormais travaillées par des machines accomplissant le travail agricole bien plus vite que des mains humaines. Comme des milliers d’autres miséreux ils partent le long de la route 66 en direction de l’Ouest, de la Californie où, parait-il, il y a du travail.

Mon avis :C’est un carnet de voyage très particulier que nous livre ici Steinbeck, une façon différente de voir cette célèbre route 66 qui avant de devenir la route des road trip était la route de l’espoir. Pourtant, vous vous en doutez, l’espoir il y en a peu, et surtout l’accueil des californiens n’est pas celui qu’on imaginait : entre racisme et exploitation des populations les plus miséreuses on découvre ici la société américaine, et notre société entière, dans ce qu’elle a de plus effrayant.

Steinbeck c’est une ambiance lourde mais pas une écriture difficile :les chapitres romancés sont entrecoupés de chapitres écrits à la troisième personne, souvent assez abstraits et qui ne sont autre que des réflexions et des condamnations de la société libérale, où le mal est cité dès les premières pages : « la banque ». Ça vous rappelle quelque chose ?

La force de Steinbeck c’est surtout d’avoir une écriture sublime dans ses dialogues, ses personnages usent de langages définissant clairement leur niveau social : phrases courtes, vocabulaire simple voire familier. En faisant parler ses héros, ou plutôt ses anti-héros, une atmosphère particulière se crée et donne toute la profondeur aux personnages et au livre tout entier.

 Conclusion: Lisez-le, vraiment! C’est prenant, ça met mal à l’aise et ça force à se poser des questions. Si vous avez peur je vous conseille de commencer Steinbeck par Des souris et des hommes, un ouvrage bien plus court mais qui permet d’apprécier d’autant plus le style particulier de son auteur.

 

  • L’amour au temps du choléra, Gabriel Garcia Marquez

Pour finir sur une note plus absurde et joyeuse je vous conseille L’amour au temps du choléra même si, je l’avoue, le style décalé de Gabriel Garcia Marquez n’est pas le plus facile à lire, il faut se laisser prendre dans son jeu.

Synopsis : Dans une ville des Caraïbes le jeune héros, Fiorentino Ariza est fou amoureux de la belle Fermina Daza qu’il courtise mais qui lui préférera finalement le médecin Juvenal Urbino. Durant des années Fiorentino entretient sa flamme dans l’attente que Fermina soit un jour sienne.

Mon avis : Étonnante mais très jouissive l’écriture de Garbiel Garcia Marquez est très étrange : vous trouverez ici peu de dialogues, peu de rebondissements, et pourtant il s’en passe des choses. C’est l’histoire de toute une vie, d’un homme qui aime plus ou moins en silence. C’est surtout une histoire sur le temps qui passe et sur la maturité en amour comme ailleurs, et sur la nécessité de rester jeune quoi qu’il arrive.

La première difficulté tenait pour moi au faible nombre de chapitres, c’est basique mais je préfère des livres avec des chapitres courts, j’aime tourner la page et dévorer un nouveau chapitre alors qu’il faudrait mieux que j’aille me coucher, impossible ici. La deuxième c’est le style très indirect de l’auteur qui n’aide pas forcément à entrer dans l’histoire. Mais comme pour beaucoup de classiques ce qui compte ce n’est pas forcément l’histoire en elle-même mais ce que l’écrivain a voulu dire, et la façon dont il utilise les mots et le langage pour raconter des situations, transmettre des sensations, des idées.

Chez Gabriel Garcia Marquez tout semble être raconté d’un point de vue très extérieur ou du moins par un narrateur qui a du recul sur ce qu’il raconte, et qui ressent une certaine nostalgie mi-bienveillante, mi-moqueuse.L’Amour au temps du choléra se déguste lentement mais sûrement. Quelques longueurs selon moi mais on en sort apaisé, souriant, plein de reconnaissance envers la vie et l’amour.

C’est la fin de ma première édition des “livres que j’ai lus”. J’espère que ça vous a plu et que je ne me suis pas trop étendue sur le sujet, j’ai encore beaucoup de mal à faire des critiques de livres sans en raconter trop et sans trop analyser. J’espère surtout que ça vous donnera des idées de lecture. Et si vous avez des idées pour moi je suis preneuse aussi!

Aux frontières de l’Europe avec Paolo Rumiz

Après avoir lu de nombreuses critiques littéraires sur les blogs ces derniers temps – Mango and salt, Eleanor and Tea, Mathilde – j’ai eu envie moi aussi de vous parler des derniers ouvrages que j’avais pu lire et qui m’avaient plu ou pas. Mais plutôt qu’un sujet sur« mes dernières lectures » j’ai pensé que cet ouvrage de Paolo Rumiz valait un article à lui seul, parce qu’il est tout à fait en rapport avec la ligne éditoriale du blog et surtout parce que j’ai vraiment adoré cet auteur !

J’ai découvert ce livre dans le métro parisien, attirée d’abord par les ongles rouges de la jeune fille en face de moi qui contrastaient tout à fait avec l’ouvrage qu’elle tenait dans ses mains, la couverture a ensuite retenu mon attention, puis le titre « Aux frontières de l’Europe ». J’ai photographié cet instant pour me souvenir du titre et du nom de l’auteur, de crainte de les oublier . Quelques jours plus tard Victoria de Mango and Salt le propose dans son club lecture mensuel. C’est un signe, je cours l’emprunter à la bibliothèque, même si ce n’est pas le livre élu pour le club lecture du mois, et, après avoir fini de lire Sylvain Tesson,  je me plonge enfin dans ce nouveau récit de voyage de l’Italien Paolo Rumiz, pour partir aux confins de l’Europe.

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Lassé de cette Europe qui impose son centre géographique entre Bruxelles et l’Italie, Paolo Rumiz décide de partir avec sa compagne sur la frontière orientale de l’Europe, celle qui sépare ces pays presque asiatiques et sous l’influence de la Grande Russie  de l’Union Européenne, cette frontière imposée qui n’est délimitée par aucune montagne, aucun fleuve, seulement par la décision de l’Homme. Partant de la mer de Barents entre la Finlande et la Russie, Rumiz  et sa compagne photographe  descendent jusqu’à la mer Noire, à la rencontre de cette frontière.

Borée, Carélie, Courlande, Carpates en passant par l’enclave intrigante de Kaliningrad, Paolo Rumiz traverse des contrées mystérieuses aux noms évocateurs et nous fait découvrir autant de paysages inconnus que de peuples laissés pour compte. En cherchant à connaître cette frontière il nous montre qu’elle n’est pas toujours là où l’on croit. Qu’est-ce qui différencie un Finlandais d’un Russe ? Un Ukrainien d’un homme de Crimée ? Un peu avant les événements qui vont secouer l’Europe de l’Est, Paolo Rumiz nous permet de mieux connaître et de comprendre ces peuples dont on parle si peu, se faisant par moment, sans le savoir, le prophète de temps sombres qui s’annoncent.

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La force du récit de Rumiz c’est sa simplicité et son authenticité. Il retransmet les rencontres à la manière d’un journaliste en interview et nous fait vivre pleinement les aventures humaines qui enrichissent son voyage. Comment ne pas avoir envie de prendre le premier train pour la Russie à la lecture des leçons de vie données par une vieille habitante du lac Onega ?  Entrecoupant ses récits d’informations historiques et géographiques , Rumiz nous livre ici une petite encyclopédie de régions méconnues et où, pour tout dire, nous n’aurions même pas eu l’idée de mettre les pieds. Il conte leur histoire et décrypte leurs coutumes et leurs rites, principalement orthodoxes, l’immense Eglise russe étendant son influence du nord au sud.

Ses réflexions de voyage et sur le voyage devraient parler à tout voyageur – qu’il soit backpacker ou non. Un exemple qui m’a beaucoup amusée : chaque fois qu’il quitte un paysage particulier ou une communauté d’hommes, Rumiz semble déçu de ce qu’il découvre ensuite, comme si le meilleur était forcément passé, qu’au fur et à mesure qu’il se rapproche de cette Union Européenne- en passant notamment par la Pologne et la Roumanie – l’exotisme était moindre, le voyage  plus aussi chantant et coloré. Puis au rythme des nouvelles rencontres il apprend à aimer tout autant que les autres cette nouvelle destination.

Enfin cet ouvrage pose la question : où est vraiment le centre de l’Europe ? Est-ce Bruxelles et ses institutions ? Ou est-ce, comme le suggère Paolo Rumiz, cette Europe de l’Est où se sont croisés et mélangés des siècles durant des dizaines de peuples européens : Polonais, Russes, Allemands, Roumains, Italiens, dont les folklores si proches résonnent  toujours aujourd’hui là où selon Rumiz se trouve l’âme de l’Europe.

 

Sylvain Tesson, la Sibérie et Strasbourg

Je reviens, un peu tardivement avec un article littéraire/personnel : ce mois-ci c’était la première fois que je participais au club de lecture de Mango and Salt, il faut dire que le sujet m’intéressait beaucoup puisque qu’il s’agissait de récits de voyage, donc plutôt le genre de bouquins que je lis en ce moment. Mon choix initial n’était pas du tout Dans les forêts de Sibérie, mais je me disais bien qu’il faudrait que je le lise un jour alors c’était l’occasion. Le synopsis le voici : Sylvain Tesson décide, après de multiples voyages, de tester une nouvelle expérience la vie d’ermite. Il part avec ce qu’il faut pour vivre – des livres et de la vodka – se reposer loin de la société dans une cabane sur le lac Baïkal avec des voisins à 3 jours de marche.   Comme prévu j’ai adoré même si j’ai été dans un premier temps un peu déconcertée. Après avoir lu Nicolas Bouvier et Alexandra David-Neel je ne m’attendais à un récit très travaillé et non à un véritable journal de bord qui semble à peine repris par l’éditeur.

Sylvain Tesson livre durant six mois ses pensées, sans forcément de logique, sans  but précis, il nous raconte le monde qu’il voit, les réflexions qui lui viennent, et qui pourraient bien souvent être les nôtres. Beaucoup de passages ont fait écho à mes propres pensées : des choses triviales d’abord comme le choix des livres à emporter en voyage, même s’il est vrai qu’un long voyage est le meilleur moyen pour se forcer à lire un livre qu’on n’ose pas commencer, je sais aussi, comme il le dit très bien, qu’il est illusoire de penser se cultiver tout le temps, on a besoin de lectures dites « coupables » qui n’impliquent pas une once de réflexion, erreur que j’ai faite à plusieurs reprises. Puis ses observations de la nature, du soleil qui se lève, se couche, de sa lumière, de la neige, des chants des oiseaux, les réflexions du temps qui passe ou qui ne passe plus, du travail de l’homme, des sociétés aliénées, je me suis aperçue que tout ça me parlait car j’avais plus ou moins le sentiment d’avoir moi-même vécu en ermite dans ma petite ville de Strasbourg pendant ces sept derniers mois.

De la Sibérie à Strasbourg certes il y a un monde me direz-vous; Mais en comparant avec la vie que je menais à Paris, et que Sylvain Tesson décrit parfaitement – ce besoin de faire des choses tout le temps, de voir des gens, de bouger, de sortir sans être jamais rassasié -, ma vie en Alsace semble relativement vide. Ici toutes ces sorties et ces rendez-vous me sont impossibles puisqu’à part deux personnes je n’ai su  avec qui sortir. Est-ce pour autant une vie fade ? Que Nenni ! Sans être une ermite j’ai appris ici à vivre seule, seule dans la société. Et j’ai eu aussi du temps pour penser – un peu trop même -, pour réfléchir, pour me cultiver. J’ai pris une carte de bibliothèque, une carte de cinéma et j’ai vu et lu en quelques mois plus que ces trois dernières années. Mais plus que tout j’ai pris le temps, ou plutôt j’ai pris conscience du temps qui pouvait passer ou non. Et de ces week-end seule qui m’effrayaient en début d’année sont devenus des week-end qui passaient à une allure folle tandis que je prenais le temps et surtout le plaisir de m’ennuyer.

Dans les Forêts de Sibérie est une ode à la beauté, à la simplicité de la vie et permet, à travers l’expérience de Sylvain Tesson, de prendre du recul face à la vie que notre société occidentale nous conduit à mener. La vodka remplace le café et les taciturnes Sibériens nous paraissent peu à peu bien sympathiques sous la plume de Tesson, une atmosphère froide et pourtant chaleureuse se dégage de toute cette leçon de vie. On y apprend, ou ré-apprend l’importance des petits gestes qui structurent notre quotidien, la discipline que l’on s’impose à soi-même et qui nous rend vivant. Loin de l’image des ermites chrétiens qui fuient les hommes par mépris et restent sur leur colonne à réfléchir à la vie, Sylvain Tesson est un ermite qui ne souhaite que retrouver l’essentiel. En se confrontant aux réalités physiques de la vie : se nourrir, couper son bois, faire des kilomètres pour trouver à qui parler, il nourrit sa réflexion et sa compréhension du monde. Il perçoit combien l’homme s’adapte vite et  désapprend vite la société, l’ermite retrouve ses marques et se suffit presque à lui-même, si bien que la moindre visite d’autrui devient un véritable chamboulement dans le quotidien. De même que Tesson se plaint de recevoir, j’ai mal vécu mes courts séjours à Paris : l’agitation, les gens à voir alors que je suis habituée à voir une, voire deux personnes par semaine. Même si elle manque, cette vie sociale demande une réadaptation.

J’avais initialement prévu de reprendre ce récit pour annoter toutes les phrases qui m’avaient plu et dont je voulais absolument me souvenir. Mon emprunt de bibliothèque arrivant à échéance je n’ai malheureusement pas pu mais je suis résolue à acheter cet ouvrage pour pouvoir le conseiller et le prêter à tout le monde. Des glaces du lac Baïkal et de ce petit carnet de bord d’un ermite se dégagent un calme et un apaisement bien utile pour qui se sent fatigué de ce monde où tout va si vite.

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