Ciao 2017

J’avais moyennement envie de faire mon bilan 2017. Il ne s’est pas passé grand-chose cette année et la nouvelle de la mort de Julie Sarperi du merveilleux blog les carnets de traverse m’a beaucoup choquée. Julie doit être la première blogueuse que j’ai suivie, elle m’a fait rêver et m’a donné envie d’ouvrir un blog pour parler voyage. J’aimais sa poésie, j’aimais son idée des stickers voyageurs et j’en avais commandé quelques-uns. Aujourd’hui j’ai toujours ce mot écrit de sa main dans ma boîte à souvenirs, heureuse de cette gentille attention et de faire partie d’une petite communauté de blogueurs voyageurs. Mourir si jeune après avoir eu un enfant force à se poser des questions et à réfléchir un peu à l’essentiel.

Pendant quelques jours je n’avais plus trop envie de bloguer et de voyager mais seulement de rester chez moi avec famille et amis. Les hommages qui ont été faits sur les différents blogs m’ont redonné envie  et en lisant les nombreux bilans je me suis dit que c’était tout de même bien et que j’aimais résumer mon année en photos. Alors allons-y.

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Invention importante de 2017 – Le cappuccino préparé par l’amoureux tous les dimanches

2017 une année assez stressante mais moins angoissante

Malgré tout le stress que la recherche d’emploi peut produire, surtout le fait de ne jamais savoir si son contrat va être renouvelé, cette année fut moins propice aux doutes : j’ai trouvé un emploi en Bibliothèque Universitaire dans le quartier latin jusqu’en avril et je savais que je souhaitais postuler derrière en bibliothèque municipale, où j’ai vite trouvé un petit contrat. Je ne suis jamais sûre d’avoir du travail, d’ailleurs j’en cherche actuellement, mais je sais vers où orienter mes recherches.

 

 

J’ai véritablement découvert cette année le travail de bibliothécaire et je peux dire que ça m’a plu. Peut-être que je ne ferais pas ça toute ma vie mais je me suis sentie agréablement dans mon élément et en même temps un monde tout nouveau s’est ouvert à moi. Ce fut un bon équilibre entre travail, loisirs et découvertes.

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Une journée de catalogage en Bibliothèque

La littérature oui, beaucoup !

En travaillant en bibliothèque on croise forcément beaucoup de passionnés qui nous transmettent des envies de lire certains livres, de voir certains films. J’avais l’impression d’ajouter chaque semaine une dizaine de livres sur ma pile à lire et c’est une chose qui me manque depuis que je ne travaille plus. Je ne me souviens pas avoir autant lu que cette année et j’ai lu un peu de tout : des récits de vie, des fictions, des essais et beaucoup beaucoup de livres jeunesse. Certains livres ne m’ont laissé aucun souvenir, mais beaucoup m’ont complétement accrochée. Premier de cordée, de Frison-Roche ; L’ombre du vent, de Carlos Luis Zafon, Désorientale de Negar Djavadi, sont probablement mes trois préférés avec un amour particulier pour le 1er.

 

 

Je vous ai déjà parlé ici de mon amour pour la littérature jeunesse. J’ai osé me remettre à lire des livres qui ne sont à priori pas de mon âge, parce que c’était mon métier et parce que rien ne permet  de partir dans un univers fantastique comme les romans jeunesses.

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Inktober challenge

Cette année je me suis donc laissée du temps pour les activités créatrices : je vous ai parlé de l’inktober ici et j’espère continuer à dessiner en 2018. J’ai notamment acheté un kit complet d’aquarelle et j’espère bien réussir à créer de vrais carnets de voyage lors de mes prochaines excursions (l’une d’elles se prépare en ce moment même avec la seule et l’unique Jéromine de l’archivoyageuse). Mon prochain grand défi créatif sera sans doute le NaNoWriMo qui me fait de l’œil depuis des années, je me prépare psychologiquement, mais j’espère avoir le courage de me lancer dedans.

 

 

 

 

 

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Février – 1er weekend de l’année à Bourges!

Voyages encore et toujours

Comparée à d’autres années la catégorie voyage a été plutôt soft : pas de grand voyage au loin mais beaucoup de week-ends par ci par là. C’est une façon de faire qui me convient assez : partir un week-end permet de découvrir la France sans avoir à poser des jours. A part un road trip de 10 jours en Grèce, le premier avec mon amoureux, je ne suis jamais partie longtemps, ça m’a manqué bien sûr mais je n’ai pas été si frustrée que ça.

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Mars – Passage par la capitale normande: Rouen! Malgré la pluie j’ai adoré.

 

J’ai la chance d’avoir des copines aussi bizarres que moi et qui proposent des weekends improbables – Bourges et Dijon ne font a priori pas rêver – et j’ai découvert que mon copain aimait beaucoup partir en voiture avec toute la liberté que ça procure. Nous avons donc pu visiter Rouen et les abbayes du bord de Seine dont je vous parlais ici, et les fameux châteaux de la Loire pour le dernier superbe weekend de l’été indien.

 

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Avril –  organisé (pour moi) au dernier moment , weekend à Bologne et visite de la ville de Ferrare

J’ai quitté la France trois fois : j’ai commencé l’année 2017 à Edimbourg en grimpant Artur Seat, c’était une excellente ascension pour bien débuter l’année ! Je suis partie un long week-end avec Jéromine pour visiter la belle Bologne. Le choix était stratégique : à mi-chemin entre nos deux pays, mais c’était surtout une superbe découverte. J’avais oublié à quel point il est facile de se déplacer en Italie, à quel point j’aimais l’Italie, et comme c’était agréable de se donner du temps pour faire les choses. On a surtout bavassé, refait le monde, et testé mon nouveau filtre polarisant : vous pouvez lire tout ça ici.

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Mai – ENFIN je visite les serres d’Auteuil !

 

Ce fut ensuite la Grèce sous la chaleur et le beau temps, j’y ai dédié plusieurs articles avec mes coups de cœurs : Delphes, Mycènes et la péninsule du Pélion. Ces vacances m’ont donné envie de revenir très vite dans ce pays : Thessalonique me fait de l’œil, je ne connais rien de sa côte est,  et les ruines macédoniennes du nord semblent passionnantes. Je conseille ce pays à tous : pas si loin, pas si cher et magnifique !

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Juin – la Grèce aussi belle que prévue: ses îles, ses ruines, ses plages et ses villes!

 

 2018 je me fixe de continuer les weekends en France pour visiter les villes mais aussi certaines régions : je lorgne depuis quelques temps sur le bassin minier, j’aimerais aussi beaucoup retourner en Bourgogne au printemps. Si le portefeuille me le permet je serais bien tentée par un long weekend à l’étranger : je n’ai jamais vu Lisbonne, Stockholm et Dublin.

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Juillet – je retrouve l’Alsace pour y faire quelques randos. Ici le village de Kaysersberg vu du château.

 

Malgré un court séjour en Alsace je dirais que ce qui m’a le plus manqué en 2017 ce sont les montagnes et les randonnées. Ma bonne résolution c’est de me prévoir au moins un weekend de rando dans l’année : les calanques du sud ou le tour des aiguilles rouges, mon cœur balance encore.

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Août et septembre à Paris – c’est tellement agréable de se promener l’été dans cette ville!

 

 

Retourner en Italie. Ca a été ma grosse frustration de cette année : je n’ai pas pu retourner dans le village de mon copain. Ca m’avait tellement plu la première année que je ne pensais qu’à ça, j’avais envie de revivre les fêtes de village, le café au bar, la foule qui sort à 22h, et la farniente sans culpabilité. Malheureusement contrats en CDD obligent je n’ai pas toujours le choix de mes vacances et j’espère que cette année je pourrais m’y rendre !

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Octobre – Les châteaux de la Loire sous l’été indien.

 

Un petit bouleversement en 2018 ?

J’espère finalement continuer 2018 comme 2017 : approfondir ma connaissance du travail de bibliothécaire en trouvant un travail, profiter des moments à Paris, organiser des sorties, des weekends et des vacances. J’ai pris la résolution d’être plus manuelle : je voudrais conduire plus et surtout je me mets officiellement à la cuisine ! Une vie somme toute très simple, sans drama et avec beaucoup de routine.

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Décembre – On s’échappe un dernier weekend pour visiter Dijon et Beaune! Grosse envie de retourner en Bourgogne aux beaux jours.

 

Oui mais une routine qui va être un peu bousculée dès mars par l’arrivée de mon neveu. Je ne peux même pas dire combien j’ai hâte de voir sa tête et de l’aimer ! Mais avant ça un gros voyage m’attend, le genre qui valait bien le coup de rester de nombreux mois à Paris et qui fera forcément de 2018 une année pleine de promesses !

Blogs

J’avais envie de finir en vous parlant un peu des découvertes blogging que j’ai faites, je ne vais pas vous cacher qu’il y en a peu. Si je n’hésite pas à suivre les gens sur instagram, je ne suis en fait que très peu de blogs: Mathilde (le blog de Mathilde à Boston), Victoria Juliette (jenesaispaschoisir) et Lucie (l’occhio di Lucie) sont les principales. Cependant j’ai découvert récemment le blog de Mi-fugue, mi-raison et j’attends avec impatience chacun de leurs nouveaux articles. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas autant accroché à un blog. Ça valait le coup d’en parler!

Enfin en ce qui concerne les stats du blog elles sont plutôt en baisse mais il est difficile de juger car le blog a changé de nom, d’adresse et a été invisible pendant près d’un mois. Si je m’en remets à wordpress vous avez été 3128 à venir ici depuis avril/mai dernier et vous avez effectué 4959 visites (en comparaison vous étiez 3104 pour près de 6000 visites en 2016).  Les articles les plus lus ont légèrement changé: même si l’article sur les randos dans le parc du Durmitor reste le number one de loin, vous avez aussi consulté mon article sur Naples et sur le XIIIe street art.

Pour achever ce (trop) long article je vous souhaite à tous une très bonne année 2018, pleine de voyages, de découvertes, de lectures, et comme on dit en Alsace… SURTOUT LA SANTE!

Expatriation en … Alsace

Strasbourg – jour 35

Un peu plus d’un mois que je suis à Strasbourg. Le temps de faire un point. En théorie il ne s’agit pas vraiment d’une expatriation puisque je ne quitte pas ma « patrie », la France, mais s’installer dans une autre région, et encore plus dans une région avec une très très forte identité comme l’Alsace reste dépaysant.

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Il y a ici beaucoup de choses nouvelles. Pour commencer le temps : j’étais déjà venue plusieurs fois à Strasbourg, en été et en hiver, je pensais bien connaître la ville, être prête à endurer le froid de l’hiver et la chaleur de l’été. J’avais juste oublié les autres saisons. J’ai pu me délecter d’un début d’automne magnifique, les arbres très colorés, le soleil qui réchauffe, la lumière dorée, et je découvre depuis peu la fin d’automne un peu gloomy : du brouillard matin, midi, soir.

Après m’être dit que c’était « passager, ça va c’est normal le brouillard fin octobre. » J’ai compris que non, le fog à Strasbourg c’est presque tout le mois de novembre, la ville entière est dans un nuage et il en va de même pour les villages du Bas-Rhin. La faute au Rhin ? Aucune idée, mais le fait est qu’en sortant d’Alsace le brouillard s’évapore et qu’il y a enfin ce grand ciel bleu qui « rayonne sur toute la France » comme nous dit madame Météo. Preuve que Strasbourg c’est pas vraiment la France.

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Autre découvert: l’identité strasbourgeoise. Je m’attendais au rejet habituel des parisiens, à la forte identité de région, mais j’ai découvert qu’à Strasbourg on était certes alsacien, mais aussi européen. La ville ne cherche pas à rivaliser avec Paris : Paris est capitale de la France, Strasbourg se veut capitale de l’Europe. Sa véritable rivale c’est Bruxelles. Et d’ailleurs on ne parle pas de la mairie de Strasbourg mais de l’Eurométropole. Ce n’est pas pour rien si certains souhaitent appeler la nouvelle région « Eurorégion » , mais personnellement je préfère le nom d’Austrasie…

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Strasbourg est une grande ville avec banlieue mais… les villages sont à deux pas. Issue de ma banlieue parisienne pour moi un village c’est ce trou paumé au fin fond de l’Essonne ou des Yvelines avec 6000 pauvres habitants. Attention, ici il s’agit d’une ville, et elle est à moins de 10 minutes de Strasbourg, les gens y vivent, certains y travaillent. Et oui, dès qu’on sort de l’agglomération on est dans les vignes, puis dans les Vosges. La nature est à côté et avec elle les randos, les châteaux, et le grand air. Et peut être même un peu de ski cet hiver.

WP_20151104_003Un mois donc et j’en découvre encore beaucoup. Je ne m’habitue pas encore à écouter les vieux passer de l’alsacien au français comme s’il s’agissait d’une même langue, ou à entendre cet accent encore plus abrupt que l’allemand dans les bouches des jeunes – il paraît qu’on l’attrape vite, prévenez-moi si jamais. Je ne m’habitue pas non plus à partager mon espace avec des vélos, partout, tout le temps, même si j’en ai un aussi et que j’ai hâte de m’en servir pour embêter les piétons. Je suis toujours heureuse et étonnée de traverser les vieilles rues aux noms pittoresques – la rue-au-vieux-cochon-de-lait – avec des maisons à colombage et je ne me lasserai jamais de contempler la cathédrale.

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Ici les gens commandent vraiment des Bretzels chez le boulanger – super et pas cher pour caler une petite faim. Je suis toujours incapable de prononcer certains mots comme « Spaetzle ». Je n’ai pas encore bien compris ce que c’était que les « Stammtischs ». Je n’ai encore jamais lu les DNA, Dernières Nouvelles d’Alsace, mais ça ne saurait tarder. Je trouve ça incroyable d’être en Allemagne en quelques minutes de vélo et d’aller y faire ses courses comme si tout était normal. Je me moque encore d’eux parce qu’ils ne savent pas dire correctement « Krutenau »  et « Broglie » et pourtant j’ai pris l’habitude de faire la même chose.

Mais surtout, surtout : je ne m’habitue pas au fait que mes cheveux se soient mis à boucler sous ce climat.

Balade à Belleville

Vendredi dernier, mue par un soudain dynamisme, un surplus de vitamine C qui filtrait par les fenêtres de ma chambre, j’ai décidé de me rendre à Belleville pour y faire une petite balade photo parisienne.

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« Belleville » au départ ce n’est pour moi qu’un lieu imaginaire, celui qu’on retrouve dans les histoires de Benjamin Malaussène, ce quartier encore populaire du vieux Paris, un genre de Montmartre les touristes en moins.  La première fois que je me suis vraiment rendue à Belleville c’était il y a six ans, en revenant du bal de l’Ecole des Chartes j’avais pris un verre aux Folies, sans savoir encore que c’était un des bars incontournables de Paris, puis je n’y suis plus retournée avant que ma sœur chérie n’emménage dans le quartier, métro Jourdain. Grande squatteuse de par mon statut de banlieusarde qui cherche toujours un coin où dormir à Paris je me suis mise à errer de plus en plus souvent dans le coin, suffisamment pour qu’à la fin de l’été dernier je cesse de me perdre dans le parc des Buttes-Chaumont. Le charme de la Rive-Droite commençait à opérer sur moi. Et depuis quelques mois je ne cesse d’y retourner, j’arpente de long en large la grande rue de Belleville – bon d’accord je la descends plus que je ne la monte – et j’apprends à aimer le côté fouillis, populaire, pas rangé, bien loin des rues Haussmanniennes et des grands édifices de mon quartier latin habituel.

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J’ai commencé la balade par le parc de Belleville à découvrir par la rue Piat: depuis le belvédère la vue sur Paris est superbe et vaut bien celle du Sacré-Cœur, surtout qu’on y est souvent seul. Tout en cascades le parc descend vers le bas-Belleville en alignant des fontaines et des pelouses, je languis de pouvoir en profiter quand les beaux jours seront revenus. J’ai emprunté ensuite les petites rues menant vers le Ménilmontant avant de rejoindre les rues adjacentes à la rue de Belleville dont la plus célèbre : la rue Denoyez, dans laquelle on trouve toujours un artiste en train de tagger.

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Au travers des rues, outre des cafés tantôt populo, tantôt bobo-branchés, on trouve pas mal de bonnes librairies. J’en ai noté deux : la première, Le monte en l’air, se trouve juste après la ligne de chemin de fer abandonnée de la petite ceinture, à côté de la rue du Ménilmontant (voir photo), on y trouve des livres jusqu’au plafond et sur plusieurs salles, des romans, des BD, des livres d’arts, un peu de tout, et pour ajouter à mon ravissement, tournait en fond sonore un album live d’Agnès Obel. WHAT ELSE ? La seconde librairie se trouve à l’intersection de la rue de Belleville et de la rue Jouye-Rouve, pas énormément de choix mais bien présentée, avec un canapé pour ceux qui voudraient bouquiner avant d’acheter, et certains ouvrages disposent d’une critique de lecteurs de la librairie, de quoi donner envie de lire.

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A Belleville on oscille entre les ruelles, les petites places ensoleillées qui, loin des bruits de la ville, portent à se croire dans un village, et les rues grouillantes de monde, alignant les restaurants chinois et les bars aux terrasses bondées et pleines de vies. Je suis encore loin de connaître assez le quartier pour en apprécier toutes ses particularités, par exemple j’ai du mal à comprendre ces supermarchés chinois dans lesquels on trouve absolument tout et rien à la fois. Devenir Bellevillois ce n’est pas donné à tout le monde, il faut y vivre pour en avoir l’état d’esprit.

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Playlist de l’article: Django Reinhardt

 

Keep straight and dance jig

Qu’on se le dise, la danse irlandaise est un sport de compétition. Oui, vous avez bien lu, de compétition : avant d’illuminer les planches avec des spectacles mondialement connus comme Lord of the Dance ou Riverdance, ces danseurs ont tous participé pendant de longues années à des compétitions ou championship qui se déroulent un peu partout dans le monde mais surtout, chose peu étonnante, en Grande-Bretagne.

Ma passion pour l’Irlande et ses danses traditionnelles date de mon enfance. J’avais alors six ans lorsque mes parents m’ont emmenée en voyage en Irlande, outre la pluie deux souvenirs me restent : le premier est celui d’un pub dans lequel je me faufilais parmi de grands hommes barbus – dont mon père faisait partis – chacun une chope de bière à la main, la fumée rendait la pièce brumeuse et tout n’était que rire et musique entraînante ; le second je ne sais même plus où il se situe, ni quand, si on me l’a seulement raconté ou si je l’ai vraiment vécu, je ne me souviens que de l’admiration que j’ai éprouvé à regarder des gamines, à peine plus âgées que moi, effectuer des danses rapides et aériennes sur cette même musique entraînante. Je crois que c’est ce jour-là que je me suis dit « Je veux apprendre à faire ça ».

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l y a plein de talents qu’on aimerait posséder dans une vie, de choses que l’on voudrait apprendre, et je ne suis pas peu fière d’avoir réalisé un de mes projets d’enfance. Si c’est la danse irlandaise qui m’a toujours attirée, notamment parce que je devinais cette discipline difficile et impressionnante, j’ai commencé par faire de la danse bretonne, dans une ambiance bon enfant, pour participer aux fest-noz –bals bretons- où l’on danse en groupe ou en couple. C’est lorsque le film « JIG » est sorti, en 2012 que mon envie de faire de la danse irlandaise s’est transformée en besoin. Le film est un documentaire sur les world championships se déroulant chaque année à Glasgow et qui accueillent 6000 participants venus de tous les pays pour gagner le titre de champion du monde de danse irlandaise. J’ignorais alors, comme vous, que ce sport était un sport de compétition. Le film dévoile un monde à part, peuplé de claquettes, de perruques, de robes trop brillantes,  de filles qui abandonnent leur vie pour remporter ce titre prestigieux. Ca m’a semblé drôle mais irréel, et voilà que deux ans plus tard, je me retrouve à mon tour sur les planches, vêtues d’une robe à paillettes, trop maquillée, trop coiffée, les pieds douloureux, le sourire figé pour montrer aux juges qu’aujourd’hui c’est moi la meilleure danseuse.

Bien sûr je ne participe pas encore aux championnats du monde mais à des « Feis » ou compétitions en gaëlique qui me permettent de valider des danses et de passer au niveau supérieur. Je n’avais pas compris en m’inscrivant à la Sarah Clarke Academy qu’il s’agissait d’une école sérieuse, et que Sarah, la directrice, envoyait dès qu’elle le pouvait ses élèves aux quatre coins de l’Europe pour remporter titres et danses. Mais dans cette ambiance si particulière on se prend vite au jeu, on se met sans trop savoir pourquoi à acheter chaussons, puis claquettes (ou hard shoes), puis une robe, à se dire « la perruque plutôt brune ou avec reflet doré ? », à prendre ses billets pour Cracovie, puis Stuttgart, puis Milan ; puis on se produit dans des bars, dans des défilés. Enfin, sans s’en être aperçue on devient une vraie danseuse irlandaise.

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Comment ça fonctionne ?

Il existe quatre niveaux en danse irlandaise : beginners, primary, intermediate et open. La marche entre ces différents paliers peut être très haute et on a besoin de plusieurs années pour la franchir. Dans ces quatre niveaux, il existe en général six danses : quatre en chaussons, deux en claquettes. A côté il existe également bon nombre de danses traditionnelles, identiques partout dans le monde, comme la Saint-Patrick, danse la plus connue et la plus dansée. La chorégraphie de ces six danses est propre à chaque école, chaque professeur décide en respectant les temps et le rythme, ce qui fait qu’en compétition chaque fille produit une danse différente.

La compétition : comme le patinage artistique ou la gymnastique, la danse irlandaise est notée par un juge. Les candidats passent en général deux par deux, puis le résultat final est donné par les juges lorsque toutes les danses d’une même catégorie sont passées. Si le candidat finit 1er ou 2nd dans une danse, il « valide » cette danse et passe donc au niveau supérieur. La déception qui survient lorsqu’on ne gagne pas, ou pire, lorsqu’on arrive 3ème laisse vite place à la volonté de réussir la prochaine et de travailler chaque jour un peu pluss

Ce qui m’a plu dans cette danse c’est avant tout la beauté, la légèreté alliée à la complexité des pas. Même s’il faut du temps pour acquérir une véritable technique, dès les premières danses apprises le résultat est probant et peut impressionner sans forcément être très difficile, la difficulté s’accroît évidemment avec le temps. On peut progresser rapidement en danse irlandaise et exécuter en quelques semaines des pas qui semblaient impossibles à faire. La véritable consécration vient le jour où l’on met pour la première fois ses claquettes, un moment qu’on attend pendant des mois et qu’on regrette aussitôt. Si les soft shoes font déjà souffrir – le principe étant de prendre deux tailles en dessous de sa pointure pour faire de jolies pointes, comme dit ma prof « It has to be like no blood in your toes », et effectivement on ne sent plus ses pieds pendant quelques semaines – les hard shoes sont pires ! Plus lourdes qu’on pourrait s’y attendre, elles donnent à coup sûr des ampoules et ça ne s’arrange pas avec le temps. Les danseuses irlandaises ont en général un paquet de pansements sur elles au cas où. Cependant le plaisir ressenti lorsqu’on parvient ( une fois sur mille) à effectuer une danse de claquette en rythme avec ses partenaires est immense, il naît alors un sentiment de cohésion et d’harmonie.

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En deux ans je me suis découverte complètement différente : première chose, j’aime le sport. Moi, celle qui ne supporte pas de courir plus de 50 mètres et qui pleurait avant chaque cours de sport je suis aujourd’hui capable de danser toute une journée, avec des pieds tordus et qui saignent, la douleur physique ne me fait plus peur elle m’apparaît même normale. Deuxième chose, mon appréhension du look kitchissime a totalement été modifiée, j’ai beau avoir conscience que le costume irlandais est ridicule et s’apparente plus à un défilé de mini miss qu’à une danse traditionnelle, je me prends à trouver que tout de même avec des plus gros diamants on a plus de style. Enfin, j’ai découvert le plaisir que j’ai de faire des compétitions, d’être devant un juge et de se confronter à d’autres filles tout en faisant partie d’une troupe, d’une école et en se soutenant les unes – les autres comme une grande famille.

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Bref. J’ai testé pour vous l’immersion dans le milieu de  danse irlandaise. Et j’ai adoré.

A VOIR: JIG, de Sue BOURNE, 2011

INFO: Sarah Clark Academy