Interview d’expatriés – Justine à Saint-Martin

Vous aviez déjà rencontré Justine lors de son PVT en Australie où elle avait découvert une nouvelle vie super épanouissante faite de grands espaces, de vie en van et d’aventure. Mais elle ne s’est pas arrêtée là et après son année à l’autre bout du monde c’est à Saint-Martin qu’elle a posé ses valises. L’île de Saint-Martin, même si elle est française, est si éloignée de la métropole qu’il n’est pas difficile de s’y sentir expatriée, je suis donc très heureuse de pouvoir interviewer à nouveau Justine  pour en savoir plus sur sa vie insulaire entre cyclones et cocotiers!

  1. Bonjour Justine, la dernière fois que tu étais sur le blog tu nous racontais ton merveilleux PVT en Australie, on te retrouve aujourd’hui à Saint-Martin. Qu’est ce que tu es venue faire ici ?

Je suis rentrée de mon séjour en Australie en janvier 2017, sous des températures glaciales. J’ai repris le travail seulement deux jours après mon retour au sein d’une grosse structure parisienne. Je n’ai tout simplement pas supporté ce brusque retour à la réalité, j’ai donc décidé de tout plaquer et de partir tenter ma chance sur les îles françaises.

C’est par hasard, en répondant à des annonces d’emploi, que j’ai déniché une opportunité professionnelle sur l’île de St Martin dont je ne connaissais même pas l’existence !

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  1. Qu’est ce qui t’attire particulièrement dans la vie insulaire ? Depuis quand tu es intéressée par l’idée d’aller vivre dans les îles ?

En Australie, j’avais adoré vivre dans des villes côtières : le cadre de vie y était exceptionnel.

Je ne souhaitais pas spécialement vivre sur une île, je voulais juste quitter la France, m’expatrier. Mais comme je suis avocat, je ne peux pas travailler à l’étranger sauf à refaire de longues études. Les îles étaient un bon compromis pour être dépaysée et continuer à exercer mon métier, tout en profitant de la douceur de vie des Caraïbes.

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Carnaval de Saint-Martin côté français

 

  1. Tu as connu Saint Martin avant et après Irma : quelles sont les différences ? Les difficultés rencontrées par les habitants ?

Il y a clairement un avant et un après Irma, l’île n’est plus la même. Avant, c’était l’île de la fête et du tourisme à outrance. Aujourd’hui l’île est silencieuse, beaucoup de gens ont quitté l’île. Les ouvriers BTP ont remplacé les touristes car l’heure est à la reconstruction et cela prend du temps.

La saison cyclonique a repris, chacun retient son souffle en priant pour que ça ne recommence pas cette année. Pour ma part, je préfère l’île sans les touristes, c’est agréable de pouvoir accéder aux plages qui auparavant étaient toutes privatisées par des hôtels gigantesques. Il est agréable de se promener librement sans afflux de touristes américains.

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Les traces d’Irma

Même si l’île est abîmée, en quelque sorte la nature a repris ses droits. Je traverse régulièrement les ruines des hôtels pour accéder aux anciennes plages privatisées avec une certaine satisfaction. Malheureusement je constate que les hôtels sont en cours de reconstruction, à l’identique.

J’ai vécu deux séismes ici, et des études alarment la population sur un risque de tsunami, mais  cela n’empêche pas les investisseurs de construire sur les plages. Money is Money !

  1. Quels sont tes lieux préférés pour sortir à Saint-Martin ?

Le quartier « Grand’Case » est niché dans les montagnes verdoyantes du côté français de l’île. C’est la capitale gastronomique des Caraïbes. La journée, une sorte de torpeur gagne les habitants en raison de la chaleur et du rythme de vie très lent. Le soir, la musique résonne et les restaurants se remplissent.

Du côté hollandais du l’île, l’ambiance est très différente, très « américanisée ». C’est là que se situent la plupart des boîtes de nuit, des casinos et des bars.

  1. Qu’est ce que tu conseillerais de faire absolument en venant à Saint-Martin ?

Je conseillerais de ne surtout pas aller sur les sites touristiques sans charme ni saveur. Désormais, je connais des endroits secrets connus des seuls locaux : la piscine naturelle, des points de vue en haut de montagnes, des petites plages difficiles d’accès, et bien sûr, les petites îles aux alentours pour faire du snorkeling et observer les poissons, raies, tortues…

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Sortie en catamaran
  1. Quelles sont les grandes différences avec la vie métropolitaine ? (Il doit y en avoir énormément donc quelles sont les plus frappantes?)

Le rythme de vie est plus lent, la vie beaucoup moins stressante. Les Antillais sont flegmatiques, « à la cool ». C’est très agréable de travailler avec eux, et je réalise désormais à quel point les métropolitains ont tendance à être râleurs : je comprends mieux notre réputation !

Le mode de vie est aussi plus chaleureux : on se tutoie, on passe notre vie en tong, on s’appelle « doudou » et « chérie », les gens t’invitent très facilement chez eux. Il n’y a pas les mêmes barrières qu’en métropole.

L’on ressent aussi une grande liberté, il y a beaucoup moins de règles, de normes, de surveillance. Bien sûr, cela laisse la place à beaucoup d’abus et à une certaine anarchie. Parfois, le sentiment d’insécurité est prégnant, non seulement en raison du fort taux de délinquance mais aussi en raison de l’insuffisance des structures de santé.

 

 

  1. Il y a des choses qui te manquent de la France métropolitaine ?

Indéniablement, la culture : elle est inexistante ici !

Mais aussi la diversité des paysages français. Il ne faut pas oublier que l’île est un petit caillou, il faut prendre l’avion pour changer de coin et c’est un sacré budget. En France, il est facile de changer d’air, de se dépayser, de se divertir avec des loisirs très différents.

Les boutiques françaises me manquent aussi, ici il n’y a rien. Un seul supermarché avec de la bouffe industrielle et quelques boutiques de vêtements pour touristes. Je rêve d’un Décathlon ou d’un Biocoop !

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Les chèvres qui errent près des piscines naturelles
  1. Tu as visité ou prévu de visiter des pays et des îles alentour ?

Je connais les petites îles voisines accessibles en bateau comme St Barth ou Anguilla. Mais j’aimerais visiter les îles plus lointaines comme la Martinique, la Guadeloupe, les îles Vierges, Cuba etc… toutes les îles des petites Antilles. Mais il faut du temps et du budget, pour l’instant je suis plutôt occupée à trouver un appartement, et après Irma : Dieu que c’est difficile !

  1. Qu’est ce qui a le plus changé dans ta vie depuis que tu es ici ?

Le mode de vie : finis les galères de transport, la grisaille parisienne, la mauvaise humeur et le stress ambiant !

  1. Tu te verrais rester vivre ici longtemps ? Ou changer d’île ? De pays ?

L’île est très petite, je me vois difficilement y rester toute ma vie. Tout est possible, je ne ferme la porte à rien : je me laisse la possibilité d’aller un jour élever des lamas en Patagonie si cela me chante !

Pour l’instant en tout cas, je me vois vivre à St Martin quelques années pour gagner en expérience professionnelle dans un beau cadre de vie.

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  1. Quelles sont les différences dans la pratique de ton métier ici par rapport à Paris ?

La pratique est totalement différente.

A Paris, je travaillais dans un grand cabinet d’avocats, au sein d’un département ultra spécialisé, les enjeux financiers s’élevaient à plusieurs millions. Ici, je travaille au sein d’un micro-cabinet généraliste qui fait de tout, le contact humain est bien plus prégnant. Le tribunal est minuscule, tout le monde se connait (15 avocats sur l’île contre plusieurs milliers à Paris).

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  1. On entend souvent dire qu’il n’est pas facile de rencontrer des gens et de s’intégrer dans les îles : ton avis à toi d’après ton expérience ?

En effet, il est très difficile de recommencer sa vie à zéro en quittant tous ses repères, notamment les amis, la famille, l’entourage.

La solitude, un sentiment de vide, peut vite nous gagner, nous sommes plus vite bouleversés car en cas de problème, la famille est loin. Il faut se recréer une famille de cœur, un entourage, mais cela n’est pas facile.

Il y a une grande différence de culture entre les métropolitains et les locaux, je remarque qu’il n’y a pas vraiment de mixité, chacun reste dans son cercle et c’est bien dommage. Moi-même, je fréquente des métropolitains fraîchement arrivés sur l’île, nous nous retrouvons entre jeunes un peu esseulés.

  1. As-tu l’impression que Saint-Martin est tournée vers d’autres pays plus que vers la France ?

Saint Martin est une île très particulière : elle est internationale et cosmopolite. Le côté hollandais de l’île est très anglo-saxon, tourné vers la culture américaine. Nombre de locaux, y compris français, ne parlent que l’anglais. L’île de Saint Martin reste sous perfusion de la métropole dont elle est entièrement dépendante, mais je ne considère pas être en France sur cette île.

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Vue sur la déchetterie côté français : l’écologie est un gros sujet ici
  1. Il y a des différences entre la partie hollandaise et la partie française de l’île ?

La frontière physique n’existe pas mais les deux côtés sont extrêmement différents culturellement parlant.

Le côté français est plus calme, les constructions sont plus modestes et l’ambiance est plus authentique. Côté hollandais, il y a davantage de buildings et de grandes constructions hôtelières.

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Le fort de Philisburg côté hollandais
  1. Quel serait ton bilan d’une année passée ici ?

Je ne regrette pas mon choix d’avoir quitté ma vie parisienne pour tenter autre chose, mais j’avais sous-estimé les difficultés aussi bien au niveau de l’intégration, que les difficultés inhérentes à Irma. Il faut se battre pour se construire une vie ici : Saint-Martin, ça se mérite ! Mais pour rien au monde je ne souhaiterais rentrer en métropole. Une fois que l’on a goûté à ce mode de vie…

 

Belize – le dépaysement assuré

Il y a des pays dans lesquels on rêve d’aller et d’autres qu’on ne connaît que parce qu’on s’amuse sur internet à des jeux de géographie (jetpunk si vous voulez tout savoir). Le Belize fait évidemment partie de la seconde catégorie ! Même si je savais à peu près où le situer – en Amérique centrale – il ne m’était jamais venu à l’esprit que je pouvais visiter un jour ce pays, mais en mettant les yeux sur une carte du Mexique et du Guatemala on s’est aperçu avec Jéromine qu’on serait bien sottes de ne pas en profiter puisque c’était sur le chemin !

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Arrivée à Caye Caulker sous le soleil : les auberges et hotels s’alignent le long de l’île sans en faire trop.

Et comme c’était très exotique et inhabituel de dire « je vais au Belize », c’est devenu LE pays qui m’intriguait le plus de ce voyage, je -ou plutôt on – ne savait absolument pas à quoi s’attendre. On a vite compris qu’il s’agissait d’un pays anglophone en pleine Amérique hispanophone, qu’il était régulièrement colonisé par les Américains, la monnaie est d’ailleurs calquée sur le dollar américain. Le Belize c’était aussi un pays du Commonwealth et sur ces dollars on trouvait le visage de la reine Elizabeth II.

Enfin c’est le pays des Garifuna, ces esclaves évadés des îles de Saint-Vincent et de la Dominique, qui se sont mélangés avec les populations locales, donnant naissance à une culture bien particulière. Bref le Belize c’est un joyeux micmac qu’on avait bien du mal à se représenter.

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Prêts à traverser le pays dans un vieux bus scolaire?

Le Belize est un petit pays à côté du Guatemala ou du Mexique, c’est pourquoi nous avions décidé de n’y passer qu’une petite semaine afin d’en voir le principal : un site maya, une île paradisiaque, et de passer  une nuit dans l’ouest du pays, dans les « Maya mountains ». Je m’étais finalement fait l’image d’un pays mystérieux, peu peuplé, avec peu de touristes et des îles dignes des meilleurs films de piraterie. Nous avons été déçues par le site maya ET par l’île mais nous avons malgré tout adoré le pays : parce qu’on ne s’attendait pas du tout à cette ambiance si particulière qui en fait une des meilleures étapes du voyage.

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Centre de Belize City, un petit côté Nouvelle-Orléans un peu délabrée

L’Arrivée à Belize City

Depuis Bacalar au Mexique nous avons choisi la facilité : un bus mexicain moderne qui nous emmenait directement à Belize City, ancienne capitale du Belize, la ville d’où partait le bateau pour Caye Caulker (la fameuse île anciennement pirate).

La frontière une fois passée nous arrivons dans un autre monde, peut-être même un autre siècle. Je n’ai malheureusement pas pensé à prendre des photos ou des films de la traversée du Belize mais elle était pour le moins étonnante. Sur des routes un peu cahotantes s’étalent des maisons en bois, souvent sur pilotis, ressemblant à s’y méprendre à d’anciennes cases d’esclaves légèrement brinquebalantes. Devant ces maisons sont attachés des chevaux, des chèvres, des boucs qui broutent paisiblement l’herbe autour. Du linge sèche sur les fenêtres, les écoles et les églises sont de grands bâtiments en bois surmontés d’une croix et on croise régulièrement des fillettes en uniforme  qui rentrent de l’école.

En une frontière le changement est radical!

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Cette photo aurait pu être très chouette sans le flou. On voit bien que la population du Belize n’est pas vraiment la même qu’au Mexique et au Guatemala.

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L’arrivée à Belize city fut quelque peu chaotique : notre logement ne se situe pas du tout en centre ville et la couleur et l’odeur de la chambre nous font vite rebrousser chemin. Sauf que maintenant il faut retourner dans le centre pour essayer de trouver un autre gîte !

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La ville ne s’est jamais vraiment remise de l’ouragan Hattie de 1961. La capitale a été déplacée à Belmopan, moins sujette aux ouragans.

Ce sera notre première fois en « Chicken Bus », ces anciens bus scolaires américains, rénovés pour accueillir des hauts parleurs et enceintes diffusant du reggae, qui constituent le moyen de transport le plus courant au Bélize mais aussi au Guatemala. Alors qu’on erre sur le bord de route espérant la venue d’un taxi – nous n’avons aucune espèce d’idée de l’endroit où nous sommes – un de ces bus s’arrête et nous fait monter. Je vous laisse imaginer la tête des passagers en nous voyant grimper dans ce bus. (Précision : la population du Belize est en grande majorité afro-caribéenne, il était difficile de passer inaperçues.)

Parvenues au centre ville nous visitons plusieurs adresses (fermées, pleines, …) avant de céder, et de payer plus que notre budget habituel pour avoir un logement décent et surtout une bonne douche !!

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Le port de Belize City.

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Une fois posées les ennuis ne sont pas finis : nous devons faire au moins 3 ou 4 banques pour réussir enfin à tirer de l’argent, dans la nuit tombante, là où les guides nous disent de nous méfier parce que le lieu n’est « pas sûr ». Mais de l’argent en poche et une douche nous permettent de nous remettre bien vite et de partir explorer Belize City. La ville n’est certainement pas la plus belle des Amériques: petite, sans grande vie culturelle mais allez savoir pourquoi elle nous plait !

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Difficile de se dire qu’il s’agit de la plus grand ville du pays et du coeur économique.

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On voit que les maisons auraient toutes besoin d’un bon ravalement de façade, que la population n’est pas vraiment riche, et qu’il n’y a pas grand chose à faire, mais on sent ici une ambiance typiquement caribéenne. Malgré les recommandations des guides nous ne nous sentons à aucun moment en danger, les gens sont tous adorables, les taxis nous indiquent le chemin quand on leur refuse la course ; les hommes nous saluent d’un « Hey G’al ! Have a good night » sans jamais insister. Encore toute imprégnées de #meToo et prêtes à s’indigner d’une parole en trop on en reste ébahies : certains français devraient venir prendre des cours de savoir vivre au Belize.

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Lamanai
J’avais beaucoup rêvé Lamanai, ce site maya en plein cœur de la jungle, qu’on ne peut atteindre qu’après une heure de bateau dans la mangrove. Je nous voyais déjà coiffées du chapeau d’Indiana Jones, approcher sans bruit ce site sacré pour ne pas attirer les grands fauves qui ne manqueraient pas d’être cachés.
Spoil: ce n’est pas ce qui s’est passé.

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La Canopée , la jungle et la New River
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Temple aux masques de Jaguar

Si les belles pyramides et la joie de pénétrer sur mon premier site maya laissent un bon souvenir, la visite n’a pourtant pas été particulièrement plaisante. Le trajet en bateau était trop long – nous avons même pris nos liseuses pour le retour, c’est vous dire combien le chemin était passionnant -, il ne faisait pas le temps merveilleux que j’imaginais et le guide ne pensant qu’aux belles photos que nous pourrions prendre, nous pressait sans arrêt pour que nous soyons à tel ou tel endroit avant l’arrivée d’autres touristes. Nous étions loin d’Indiana Jones !

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Reste que la vue sur la canopée et sur le fleuve qui serpente au loin était impressionnante et laissait imaginer tout ce que cette jungle pouvait renfermer comme trésors des temps anciens.

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Coucher de soleil au bout de l’île de Caye Caulker

Deux jours de rêve à Caye Caulker?
Fêter mes 27 ans sous le soleil des Caraïbes, les pieds dans l’eau turquoise. En voilà une belle image que j’avais hâte de vivre. Mais nous avons finalement passé ce jour là sous la tempête tropicale, en polaire et coupe-vent, après une matinée à rester sous la couette à bouquiner. Pas très différent du mois de janvier à Paris !

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Pas de plage de sable blanc à Caye Caulker, mais on peut louer des chaises sur la “plage” principale
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Des rues de sable, ici on marche pieds nus sans problèmes.

Caye Caulker possèdait deux choses que nous n’aimons pas en voyage : une foule d’Américains réunis au même endroit avec bien peu de locaux, et AUCUNE plage de sable fin. Mais une fois ces deux déceptions passées ce court séjour sur l’île aura tout de même été une expérience inattendue et intéressante. Malgré l’absence de plage, le bout de l’île est une grande place découverte d’où on peut profiter d’un superbe coucher de soleil autour d’un feu, j’ai adoré l’ambiance cool et douce qui se dégageait de cette place bordée d’eaux aux couleurs si différentes, à l’endroit où l’ouragan Hattie en 1961 a découpé l’île en deux.

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Après une journée et une nuit de tempête tropicale on ramasse les feuilles de palmiers, il y en a partout sur l’île.

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On se croirait en Jamaïque, il faut dire qu’on n’est pas si loin que ça!

L’île est petite et vous en aurez vite fait le tour à pied, mais certaines ruelles sont très agréables, on y rencontre des oiseaux, des barques très photogéniques, et quelques locaux aux dreadlocks qui se balancent sur la musique reggae qu’on entend d’un peu partout. Nous avons cependant réussi à nous perdre pour aller déguster des langoustes dans un petit boui-boui très convivial.

Caye Caulker, comme sa voisine Amburgis Caye, est un haut lieu du tourisme américain mais il ne semble cependant pas entièrement dénaturé : on y retrouve un petit quelque chose de ce qu’on a pu voir à Belize City. Si les touristes viennent ici c’est en priorité pour y faire de la plongée et du snorkelling, la barrière de corail du Belize est la 2eme plus grande au monde après l’Australie. Le temps et le coût de cette activité nous ont dissuadées d’essayer mais je pense que cette expérience rend ce séjour inoubliable !

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Une expérience hors du commun nous attendait cependant pour achever ce séjour sur l’ancienne île pirate: pour fêter mes 27 ans nous avons tout de même décidé de braver la tempête et de parcourir les cent mètres nous séparant d’un bar assez animé. Et pour cause! C’était un bar américain qui accueillait ce soir là un karaoké, tous les Américains de l’île avaient dû se donner rendez-vous là et le temps d’une soirée nous nous sommes retrouvées en plein Kentucky à écouter de la country, médusées mais surtout amusées.

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Traverser le pays De Belize City aux Mayas Mountains à la rencontre des mennonites

Notre dernière étape au Belize nous l’avons effectuée en Chicken Bus, bien installées derrière un mennonite. Vous ne connaissez pas les mennonites? Il est pourtant impossible de les rater quand on se rend au Bélize tant ils se distinguent du reste de la population. Si vous voyez un blanc au Belize vous avez d’ailleurs toutes les chances qu’il soit issu de cette communauté. Cette congrégation religieuse originellement hollandaise, semblable aux Amish, vit comme au XIXe siècle : point de technologie, des chevaux au lieu de voitures, des vêtements typiques du XIXe hollandais. Installés après moult pérégrinations au Belize ils sont aujourd’hui les principaux vendeurs de fruits sur les marchés du Belize et on peut les voir chaque semaine au marché de Belize City.

Vous vous en doutez nous étions extrêmement intriguées par ce grand homme blanc et roux avec son chapeau de paysan et ses vêtements anachroniques, nous trépignions d’envie de lui adresser la parole mais comment ne pas être envahissantes voire insultantes?

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On s’approche du Guatemala, les bus changent de couleurs.

C’est alors que notre mennonite se tourne vers nous, l’air particulièrement intéressé, et en quelques minutes le voici qui s’excuse de nous poser mille questions sur notre vie. Nous n’avons plus aucune peur de lui faire part de nos interrogations sur son style de vie, auquel il répond avec joie, avec un esprit bien plus ouvert que nous aurions pu l’imaginer. Il nous propose de venir visiter sa communauté mais nous n’avons malheureusement pas le temps, nous devons être le lendemain au Guatemala. C’est la rencontre la plus imprévue et peut être la plus enrichissante de ce voyage. Les communautés religieuses de ce type font l’objet de nombreux fantasmes et nous sommes toujours très curieux de savoir comment la vie se passe vraiment là bas.

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Le pont de San Ignacio,  ville étonnement apaisante

La traversée du Belize d’est en ouest sera sûrement la partie que j’aurai préférée : voir se succéder à nouveaux ces vieilles maisons de bois colorées, voir défiler les gens, les uniformes scolaires, distinguer quelques mennonites qui attendent aux arrêts de bus, la peau blanche et les cheveux des femmes ceints de tissus contrastant avec le reste de la population. Apercevoir au loin les montagnes verdoyantes qui se rapprochent, pénétrer dans un nouveau pays plus humide et plus vert sous une bande son de reggae. Jusqu’à la ville à majorité maya de San Ignacio où les maisons redeviennent en dur, où l’ambiance montagnarde est bien loin de Belize City et de la côte, mais tellement agréable qu’on hésitera toute la soirée à rester un jour de plus ici pour faire une rando ou visiter une grotte.

La nuit mouvementée dans l’auberge de jeunesse nous aura convaincues au matin : nous partons le plus vite possible pour Flores au Guatemala, avec l’idée qu’il y a pourtant encore de nombreuses choses à voir au Belize !

 

Je réponds au sunshine blogger award

Si tu devais revivre un de tes voyages lequel ce serait et pourquoi?

Peut-être le tout premier voyage de “grande” à Istanbul. C’était notre premier voyage avec Jéromine, l’archivoyageuse – on en est à six depuis – et on avait décideé de se poser 10 jours à Istanbul. Un bon compromis pour être dépaysées et prendre ses marques en même temps. A l’époque on n’avait pas encore de wifi, et encore moins de réseau itinérant alors c’était la vraie aventure, celle où tu ne contactes personne pendant 10 jours. j’en garde un excellent souvenir et un grand amour pour la ville d’Istanbul.

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Istanbul – Premier voyage à deux aux confins de l’Europe

Tu es plutôt voyage en solo ou en groupe?

Plutôt voyage à deux ou en petit groupe. Je n’ai voyagé seule qu’un fois: pour aller à Londres consulter mes archives. J’avais adoré ça mais c’est sans doute parce que je connaissais des gens sur place et j’avais l’occasion d’aller boire des verres le soir. Je préfère en général partir avec quelqu’un: une amie ou mon copain, ou encore mes parents par moments. C’est sûrement avec eux que je voyage le mieux, par habitude et parce qu’ils sont vraiment à la cool.

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Partner in crime lors du dernier voyage au Belize

Es-tu déjà partie pour une destination qui ne t’attirait pas plus que ça et qui t’a beaucoup plu finalement?

La Chine sans hésiter. Je n’étais pas du tout mais alors du tout attirée par ce grand pays dont je ne connaissais rien. Mais quand Jéromine a proposé d’y passer un mois je me suis dit que c’était l’occasion, je n’y serais jamais allée par moi même. En me plongeant dans les guides j’ai découvert quelques endroits qui me faisaient sacrément rêver: le Yunnan par exemple. J’ai adoré ce pays, pas seulement pour ses paysages ou ses monuments mais vraiment pour l’ambiance générale qui s’en dégage. Maintenant que j’en ai vu un bout la Chine ne me paraît plus si inaccessible et j’ai beaucoup d’idées d’endroits à découvrir ou redécouvrir la bas. J’ai su le jour de mon départ que je voudrais y retourner un jour.

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La Chine – plus que les paysages ou les monuments c’est une ambiance générale qui m’a happée.

Comment t’organises -tu pour préparer tes articles?

Comme pour le reste de ma vie: je ne m’organise pas. Ce n’est pas tout à fait vrai, même si je n’écris rien et que je ne tiens pas de programme, ce qui m’empêche d’ailleurs d’être régulière, j’ai toujours une idée des futurs articles que je dois écrire. J’essaie de varier les styles d’articles pour que ce soit plus dynamique. Par exemple je fais rarement plus de deux articles purement récits de voyage de suite, j’aime y intercaler des articles de critique littéraire, ou un mélange de ce que j’ai pu faire à Paris dernièrement, ou encore des interviews de voyageurs.

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Entre deux destinations lointaines je visite Paris et sa région

Que fais-tu dans la vie?

La plus dure des questions. En général je réponds “pas grand chose” parce que j’ai une immense confiance en moi et que j’ai toujours peur que la personne face à moi me considère comme une chômeuse assistée, c’est pouquoi je préfère prendre les devants. En vrai en ce moment j’essaie de réviser des concours pour devenir bibliothécaire. J’ai travaillé pendant un an dans des bibliothèques et c’est impossible d’avoir une situation pérenne sans concours dans ce travail donc je me lance, assez sérieusement pour une fois.

Quel est le dernier livre que tu as lu et que tu as vraiment aimé?

J’ai lu “Lady Helen” quand j’étais au Guatemala, j’ai aimé comme un livre bonbon dont on a très très envie de lire la suite parce que ça rappelle les premiers émois adolescents.

Je pense que le dernier livre que j’ai vraiment eu du mal à quitter, qui m’a ouvert un tout nouveau champ de littérature c’est “Premier de cordée” de Frison-Roche dont j’ai parlé dans un précédent article. Je ne m’attendais pas à aimer à ce point ce roman d’alpinisme.

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Dans le patio de Flores au Guatemala, je dévore Lady Helen.

Quel est l’article de ton blog qui est le plus consulté par tes lecteurs?

“Randonnées dans le massif du Durmitor”, chaque semaine sans exception c’est l’article le plus lu, c’est aussi celui qui arrive dans les premières pages google quand on tape le mot clé “durmitor”. Ceci explique cela. Je suis assez contente de cet article, les photos sont jolies et je pense que ce rapide résumé de quelques randos est simple mais apporte beaucoup d’indications à qui veut se rendre au Monténégro. J’aimerais refaire des articles qui fonctionnent aussi bien.

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Randonnées dans le superbe massif du Durmitor au Monténégro. Une belle découverte.

Si tu pouvais aller n’importe où là tout de suite?

Dans ces cas là il faut toujours répondre: en Norvège, et plus précisément aux îles Lofoten.

Quelle est ta bande son parfaite pour un long trajet en bus, en train ou en avion?

Tout dépend du lieu. En Ecosse ou en Norvège j’aime écouter du métal ou de la musique classique, je trouve que les paysages s’y prêtent particulièrement. Pour le reste j’écoute généralement du folk: Alela Diane, Agnes Obel, First Aid Kit, Bob Dylan. Et quand j’en ai assez j’écoute le mp3 de Jéromine qui n’a pas du tout les mêmes musiques que moi, sauf pour la chanson française (vive Renaud).

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Le train en Chine, le bus en Amérique centrale: les moyens de transports sont une partie importante du voyage.

Qu’est ce que tu préfères dans le fait de tenir un blog?

J’aime avoir des idées pour des articles et voir la réalisation de ces idées. J’aime aussi que bloguer implique d’avoir toujours quelque chose à faire, à améliorer. Je ne crois pas que je pourrais vivre en n’ayant aucune contrainte, ce blog c’est la contrainte que je m’impose toute seule, une contrainte créative qui me permet d’avoir toujours la sensation de produire quelques chose. Et quand on est souvent au chômage comme moi c’est important pour sa propre santé psychologique de se sentir créateur de quelque chose.

Quel est ton blog préféré?

Le blog de Mathilde. Je suis toujours ravie et jalouse de ses articles. Depuis des années son ton reste sympa, comme une bonne copine qui nous parle, et elle nous abreuve en même temps de photos magnifiques, de très bonnes explications, de récits très personnels et en même temps indicatifs juste comme il faut. C’est THE blog voyage à mon goût.

Comme la plupart des blogueurs que je suis ont déjà été mentionnés pour le sunshine blogger award je ne vais pas leur rajouter une tâche supplémentaire et je m’abstiens donc de nommer des gens (et de trouver des questions à poser ahah). C’était en tout cas un plaisir de lire tous vos questionnaires et toutes vos réponses, j’espère que les miennes vont intéresseront de même.

Interview d’expat – Lucie à Venise

En 2018, parmi toutes mes bonnes résolutions il y a celle de continuer les interviews d’expats. D’abord parce que j’aime toujours autant ça, ensuite parce que les #HistoiresExpatriées, rendez vous mensuel crée à l’initiative de Lucie du blog L’occhio di Lucie m’ont donné envie d’en savoir encore plus sur tout ces expatriés et tout ces lieux d’expatriation auxquels je n’aurai jamais pensé. Et aujourd’hui c’est justement Lucie qui se prête au jeu du questionnaire d’expat! Si vous voulez en savoir plus sur la vie en Italie, c’est par ici:

  1. Bonjour Lucie! Depuis combien de temps vis-tu en Italie, qu’est ce que tu y fais ?

Buongiorno ! Je suis en Italie irrégulièrement depuis 2011, date de mon Erasmus. Depuis, j’ai posé mes valises à Rome, Ischia, Naples ou Venise… j’y voyage, j’y enseigne le français, j’y ai étudié, j’y ai écrit, j’y ai fait baby-sitter ou jeune fille au pair… beaucoup de choses !

  1. Depuis un an tu nous régales de photos et d’anecdotes sur Venise, mais est-ce qu’il n’y a pas certaines difficultés à vivre dans une ville “musée”?

Beaucoup de villes italiennes sont de véritables musées à ciel ouvert. Il suffit de penser au centre ville de Florence ou aux ruines en plein air de Rome. C’est justement ce que j’aime en Italie : la richesse et la beauté du patrimoine, vraiment hallucinants.

La différence de Venise, c’est que la ville est petite et très, très fréquentée des touristes, bien sûr. C’est désagréable quand je dois marcher dans la rue pour aller au travail, car il faut sans arrêt se contorsionner pour se faufiler entre les badauds qui encombrent les calle étroites ! Mais à part ça, vivre à Venise est un délice et quelque chose de vraiment exceptionnel. Je ne pense pas y passer toute ma vie mais je profite de cette expérience précieuse.

 

  1. Quelles différences évidentes entre Venise et les autres villes d’Italie où tu as pu vivre?

Venise ne ressemble à aucune autre ville. On ne peut la comparer sur aucun point, tout est différent ici ! La vie quotidienne, mais aussi la mentalité, les rythmes, les sons, la lumière… Il n’y a pas que les aspects pratiques qui diffèrent.

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Venise – Le Grand Canal
  1. Comment rencontre-t-on des vrais gens à Venise?

C’est l’obsession de tous les touristes : mais où sont les “vrais” Vénitiens ? Bon, tous les gens sont vrais, qu’on habite Venise depuis 3 jours, 10 ans ou la naissance, mais je comprends ta question. D’ailleurs, à Venise, on parle de « veneziano D.O.C. », d’origine contrôlée, comme pour la nourriture, je trouve ça plus rigolo.

Comme partout, en vivant sur place on rencontre les gens qui vivent aussi à Venise, que ce soit au travail ou dans les commerces. Mais j’ai dit que Venise était différente en tous points, donc pour être cohérente, il y a quand même des particularités en termes de sociabilisation. Comme la ville est petite, et qu’on fait tout à pied, on rencontre très facilement du monde. On n’arrête pas de croiser et recroiser les gens ! Et comme on est souvent dans la rue, il est fréquent de tomber sur une connaissance et de s’arrêter boire un verre au hasard en rentrant du travail.

  1. Est-ce qu’après toutes ces années certaines choses typiquement françaises te manquent encore?

D’un point de vue culturel, certaines choses me manquent, comme l’accès aux livres en français en bibliothèque (j’ai testé la liseuse, je ne suis pas très fan). Le cinéma en V.O. avec des sous-titres en français me manque aussi.

 

  1. Quelles sont les meilleurs habitudes que tu as prises ici et dont tu ne voudrais pas te passer?

Des habitudes alimentaires certainement, j’adore aller manger dehors en Italie. Et ma façon de cuisiner a été transformée radicalement par la découverte de la cuisine italienne, il n’y a pas moyen de revenir sur ça.

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Rome – L’île Tibérine

 

  1. Quelles découvertes as-tu faites aux alentours? Quels sont les prochains voyages prévus?

Récemment, j’ai visité Bassano del Grappa et j’ai découvert un village absolument adorable. Je crois que la Vénétie est pleine de surprises et j’ai l’intention d’approfondir le sujet dans les mois à venir. J’ai aussi prévu d’aller explorer la région des grands lacs au printemps.

 

  1. La question à mille dollars: comment peut-on visiter Venise sans être un gros touriste et participer aux problèmes soulevés par cette industrie?

Ahaha dure question. Cependant, je crois que partout, quand on voyage, on doit se poser la question des effets de nos choix sur les lieux que l’on visite. Ce qui veut dire : s’informer, lire, se questionner ! Avant, j’aimais bien l’idée de faire un voyage sans rien connaître d’un lieu, d’aller à la découverte sans à priori.  Je crois maintenant qu’il faut au contraire chercher à comprendre ce qu’on visite en voyage, et que pour des villes complexes comme Venise, cela passe par comprendre les dynamiques d’une ville qui est unique. Et donc par rapport à cette lecture de la ville, se positionner différemment : déjà, ne pas avoir une attitude de consommateur, comme c’est souvent le cas. Ne pas croire que Venise est un zoo et ses habitants des spécimens en voie d’extinction.

Pour prendre des exemples concrets, si je devais visiter Venise, je ne louerais pas sur Airbnb, j’irais visiter autre chose que la place Saint Marc, j’éviterais de photographier les gens dans leur vie quotidienne, je prendrais mon temps, je renoncerais à l’idée de tout voir et à celle de tout photographier… c’est assez banal en fait, je ne sais pas si j’arrive à m’exprimer clairement.

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Un marché en Sicile

 

 

  1. Quelles sont les idées  politiques ou économiques pour sauver Venise du désastre? Et ton avis là -dessus?

Décidément tu aimes les questions rigolotes 😀 Je ne suis pas trop la politique ici, mais j’ai la sensation que le mouvement général tend plutôt à vendre toujours plus. Quand de nouvelles boutiques ouvrent, ce sont souvent des pizzerias ou des magasins de bonbons chimiques. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait un véritable plan pour préserver le tissu des quartiers.

Cette année, la municipalité a lancé une campagne pour l’année du tourisme durable qui m’a franchement fait rire. On y demande, par des affiches et sur les réseaux sociaux, de ne pas s’asseoir sur les ponts, de ne pas faire de vélo, de ne pas se baigner dans les canaux… en bref, d’avoir un comportement civil et normal. Que cela soit la réponse de la Sérénissime à la thématique bien plus profonde du tourisme durable m’a semblé effarant. En gros, un hashtag, #EnjoyRespectVenice devrait régler les problèmes de la ville ? Il y a probablement d’autres volets à l’initiative mais ils ne sont pas visibles. Les Vénitiens sont pessimistes et c’est peut être une des choses qui me gonfle le plus dans la vie ici : ce poids et ce fatalisme face aux problèmes de la ville.

  1. Régale-nous: quelle est ta spécialité culinaire favorite en Italie?

Mammamia ! Une seule ? Je ne vais pas vraiment être originale, mais si je devais choisir, la pasta alle vongole, les pâtes aux palourdes, a une place spéciale dans mon cœur. Sans parmesan bien sûr !

 

  1. Quelles sont les régions que tu conseillerais de visiter absolument en Italie pour avoir un avant-goût de toute la richesse de ce pays?

Pour moi, n’importe quelle région d’Italie vaut le coup. Ce pays est fascinant, et je ne crois pas qu’il faille nécessairement voir les classiques comme la Toscane plus que les régions méconnues comme la Calabre. Tout est une questions d’envies et de goûts, personnellement je suis une fille du Sud et la Sicile ou la Campania me font tout de suite vibrer, c’est clair. Mais l’année dernière j’ai parcouru l’Ombrie, par exemple, et j’ai halluciné face à la beauté parfaite des paysages qui semblent avoir été peints à la main par un artiste de la Renaissance.

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Naples – Le Castel del’Ovo
  1. Se déplacer en Italie: à velo, en bateau, en train? Ton moyen de transport favori pour voyager ici?

J’adore le train. La lenteur des trains régionaux italiens, qui s’arrêtent dans chaque ville et traversent des paysages bien souvent intéressants, est un régal pour moi.

Mais le traghetto a aussi son charme, surtout parce qu’il permet d’arriver jusqu’aux îles dont le nom en lui-même est déjà un dépaysement et un voyage, comme Ischia, le Tremiti, Ponza ou Pantelleria…

Pour certains voyages, cependant, la voiture me semble indispensable pour arriver jusqu’à certains sites qui ne sont pas desservis, à moins de faire du stop (mais l’Italie est un pays ou le stop marche très mal).

  1. Comment t’y prends tu pour réaliser un guide de voyage?

Olala, j’ai écrit un article entier sur la question ! Déjà, je n’ai jamais créé de guide, seulement mis à jour des éditions déjà établies. Mon travail est donc d’abord de documentation, de recherche, puis d’organisation. Je programme l’enquête, les lieux à visiter, pointe les choses à vérifier, à partir d’une version du guide précédent fournie par l’éditeur. Ensuite vient l’enquête sur le terrain et le relevé des informations. Toutes les techniques sont bonnes : photos, notes, dessins, et accumuler brochures, dépliants, etc. De retour d’enquête on passe à l’élaboration, la mise en forme et la rédaction. Puis viendront les questions de l’éditeur, les modifications, demande de précision, révisions, pour arriver à un résultat le plus pertinent possible.

  1. Dernière question : D’autres villes Italiennes où tu te verrais t’installer?

Bologne, Gênes, Palerme, Naples, Lecce ou Syracuse… certaines villes m’attireraient bien pour quelques mois, d’autres un peu plus longtemps, mais la condition est pour moi toujours la même : pas trop loin de la mer…

Ciao 2017

J’avais moyennement envie de faire mon bilan 2017. Il ne s’est pas passé grand-chose cette année et la nouvelle de la mort de Julie Sarperi du merveilleux blog les carnets de traverse m’a beaucoup choquée. Julie doit être la première blogueuse que j’ai suivie, elle m’a fait rêver et m’a donné envie d’ouvrir un blog pour parler voyage. J’aimais sa poésie, j’aimais son idée des stickers voyageurs et j’en avais commandé quelques-uns. Aujourd’hui j’ai toujours ce mot écrit de sa main dans ma boîte à souvenirs, heureuse de cette gentille attention et de faire partie d’une petite communauté de blogueurs voyageurs. Mourir si jeune après avoir eu un enfant force à se poser des questions et à réfléchir un peu à l’essentiel.

Pendant quelques jours je n’avais plus trop envie de bloguer et de voyager mais seulement de rester chez moi avec famille et amis. Les hommages qui ont été faits sur les différents blogs m’ont redonné envie  et en lisant les nombreux bilans je me suis dit que c’était tout de même bien et que j’aimais résumer mon année en photos. Alors allons-y.

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Invention importante de 2017 – Le cappuccino préparé par l’amoureux tous les dimanches

2017 une année assez stressante mais moins angoissante

Malgré tout le stress que la recherche d’emploi peut produire, surtout le fait de ne jamais savoir si son contrat va être renouvelé, cette année fut moins propice aux doutes : j’ai trouvé un emploi en Bibliothèque Universitaire dans le quartier latin jusqu’en avril et je savais que je souhaitais postuler derrière en bibliothèque municipale, où j’ai vite trouvé un petit contrat. Je ne suis jamais sûre d’avoir du travail, d’ailleurs j’en cherche actuellement, mais je sais vers où orienter mes recherches.

 

 

J’ai véritablement découvert cette année le travail de bibliothécaire et je peux dire que ça m’a plu. Peut-être que je ne ferais pas ça toute ma vie mais je me suis sentie agréablement dans mon élément et en même temps un monde tout nouveau s’est ouvert à moi. Ce fut un bon équilibre entre travail, loisirs et découvertes.

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Une journée de catalogage en Bibliothèque

La littérature oui, beaucoup !

En travaillant en bibliothèque on croise forcément beaucoup de passionnés qui nous transmettent des envies de lire certains livres, de voir certains films. J’avais l’impression d’ajouter chaque semaine une dizaine de livres sur ma pile à lire et c’est une chose qui me manque depuis que je ne travaille plus. Je ne me souviens pas avoir autant lu que cette année et j’ai lu un peu de tout : des récits de vie, des fictions, des essais et beaucoup beaucoup de livres jeunesse. Certains livres ne m’ont laissé aucun souvenir, mais beaucoup m’ont complétement accrochée. Premier de cordée, de Frison-Roche ; L’ombre du vent, de Carlos Luis Zafon, Désorientale de Negar Djavadi, sont probablement mes trois préférés avec un amour particulier pour le 1er.

 

 

Je vous ai déjà parlé ici de mon amour pour la littérature jeunesse. J’ai osé me remettre à lire des livres qui ne sont à priori pas de mon âge, parce que c’était mon métier et parce que rien ne permet  de partir dans un univers fantastique comme les romans jeunesses.

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Inktober challenge

Cette année je me suis donc laissée du temps pour les activités créatrices : je vous ai parlé de l’inktober ici et j’espère continuer à dessiner en 2018. J’ai notamment acheté un kit complet d’aquarelle et j’espère bien réussir à créer de vrais carnets de voyage lors de mes prochaines excursions (l’une d’elles se prépare en ce moment même avec la seule et l’unique Jéromine de l’archivoyageuse). Mon prochain grand défi créatif sera sans doute le NaNoWriMo qui me fait de l’œil depuis des années, je me prépare psychologiquement, mais j’espère avoir le courage de me lancer dedans.

 

 

 

 

 

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Février – 1er weekend de l’année à Bourges!

Voyages encore et toujours

Comparée à d’autres années la catégorie voyage a été plutôt soft : pas de grand voyage au loin mais beaucoup de week-ends par ci par là. C’est une façon de faire qui me convient assez : partir un week-end permet de découvrir la France sans avoir à poser des jours. A part un road trip de 10 jours en Grèce, le premier avec mon amoureux, je ne suis jamais partie longtemps, ça m’a manqué bien sûr mais je n’ai pas été si frustrée que ça.

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Mars – Passage par la capitale normande: Rouen! Malgré la pluie j’ai adoré.

 

J’ai la chance d’avoir des copines aussi bizarres que moi et qui proposent des weekends improbables – Bourges et Dijon ne font a priori pas rêver – et j’ai découvert que mon copain aimait beaucoup partir en voiture avec toute la liberté que ça procure. Nous avons donc pu visiter Rouen et les abbayes du bord de Seine dont je vous parlais ici, et les fameux châteaux de la Loire pour le dernier superbe weekend de l’été indien.

 

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Avril –  organisé (pour moi) au dernier moment , weekend à Bologne et visite de la ville de Ferrare

J’ai quitté la France trois fois : j’ai commencé l’année 2017 à Edimbourg en grimpant Artur Seat, c’était une excellente ascension pour bien débuter l’année ! Je suis partie un long week-end avec Jéromine pour visiter la belle Bologne. Le choix était stratégique : à mi-chemin entre nos deux pays, mais c’était surtout une superbe découverte. J’avais oublié à quel point il est facile de se déplacer en Italie, à quel point j’aimais l’Italie, et comme c’était agréable de se donner du temps pour faire les choses. On a surtout bavassé, refait le monde, et testé mon nouveau filtre polarisant : vous pouvez lire tout ça ici.

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Mai – ENFIN je visite les serres d’Auteuil !

 

Ce fut ensuite la Grèce sous la chaleur et le beau temps, j’y ai dédié plusieurs articles avec mes coups de cœurs : Delphes, Mycènes et la péninsule du Pélion. Ces vacances m’ont donné envie de revenir très vite dans ce pays : Thessalonique me fait de l’œil, je ne connais rien de sa côte est,  et les ruines macédoniennes du nord semblent passionnantes. Je conseille ce pays à tous : pas si loin, pas si cher et magnifique !

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Juin – la Grèce aussi belle que prévue: ses îles, ses ruines, ses plages et ses villes!

 

 2018 je me fixe de continuer les weekends en France pour visiter les villes mais aussi certaines régions : je lorgne depuis quelques temps sur le bassin minier, j’aimerais aussi beaucoup retourner en Bourgogne au printemps. Si le portefeuille me le permet je serais bien tentée par un long weekend à l’étranger : je n’ai jamais vu Lisbonne, Stockholm et Dublin.

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Juillet – je retrouve l’Alsace pour y faire quelques randos. Ici le village de Kaysersberg vu du château.

 

Malgré un court séjour en Alsace je dirais que ce qui m’a le plus manqué en 2017 ce sont les montagnes et les randonnées. Ma bonne résolution c’est de me prévoir au moins un weekend de rando dans l’année : les calanques du sud ou le tour des aiguilles rouges, mon cœur balance encore.

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Août et septembre à Paris – c’est tellement agréable de se promener l’été dans cette ville!

 

 

Retourner en Italie. Ca a été ma grosse frustration de cette année : je n’ai pas pu retourner dans le village de mon copain. Ca m’avait tellement plu la première année que je ne pensais qu’à ça, j’avais envie de revivre les fêtes de village, le café au bar, la foule qui sort à 22h, et la farniente sans culpabilité. Malheureusement contrats en CDD obligent je n’ai pas toujours le choix de mes vacances et j’espère que cette année je pourrais m’y rendre !

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Octobre – Les châteaux de la Loire sous l’été indien.

 

Un petit bouleversement en 2018 ?

J’espère finalement continuer 2018 comme 2017 : approfondir ma connaissance du travail de bibliothécaire en trouvant un travail, profiter des moments à Paris, organiser des sorties, des weekends et des vacances. J’ai pris la résolution d’être plus manuelle : je voudrais conduire plus et surtout je me mets officiellement à la cuisine ! Une vie somme toute très simple, sans drama et avec beaucoup de routine.

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Décembre – On s’échappe un dernier weekend pour visiter Dijon et Beaune! Grosse envie de retourner en Bourgogne aux beaux jours.

 

Oui mais une routine qui va être un peu bousculée dès mars par l’arrivée de mon neveu. Je ne peux même pas dire combien j’ai hâte de voir sa tête et de l’aimer ! Mais avant ça un gros voyage m’attend, le genre qui valait bien le coup de rester de nombreux mois à Paris et qui fera forcément de 2018 une année pleine de promesses !

Blogs

J’avais envie de finir en vous parlant un peu des découvertes blogging que j’ai faites, je ne vais pas vous cacher qu’il y en a peu. Si je n’hésite pas à suivre les gens sur instagram, je ne suis en fait que très peu de blogs: Mathilde (le blog de Mathilde à Boston), Victoria Juliette (jenesaispaschoisir) et Lucie (l’occhio di Lucie) sont les principales. Cependant j’ai découvert récemment le blog de Mi-fugue, mi-raison et j’attends avec impatience chacun de leurs nouveaux articles. Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas autant accroché à un blog. Ça valait le coup d’en parler!

Enfin en ce qui concerne les stats du blog elles sont plutôt en baisse mais il est difficile de juger car le blog a changé de nom, d’adresse et a été invisible pendant près d’un mois. Si je m’en remets à wordpress vous avez été 3128 à venir ici depuis avril/mai dernier et vous avez effectué 4959 visites (en comparaison vous étiez 3104 pour près de 6000 visites en 2016).  Les articles les plus lus ont légèrement changé: même si l’article sur les randos dans le parc du Durmitor reste le number one de loin, vous avez aussi consulté mon article sur Naples et sur le XIIIe street art.

Pour achever ce (trop) long article je vous souhaite à tous une très bonne année 2018, pleine de voyages, de découvertes, de lectures, et comme on dit en Alsace… SURTOUT LA SANTE!

Lectures en Italie

A défaut de pouvoir partir en voyage on peut facilement s’évader par la lecture et j’aime autant me plonger dans des romans dont le cadre me permet de m’imaginer des pays lointains que savourer des récits de voyages où j’ai l’impression de faire de vrais road trip sans bouger de mon canapé. Aujourd’hui je dédie un petit article à l’Italie, l’Italie du sud plus exactement. Je n’ai que deux ouvrages à présenter et aucun des deux n’est un roman mais ils m’ont tous les deux touchée, de façon très différente, et je les recommande chaudement! Alors on se sert “un caffè” ou un spritz et c’est parti pour un tour dans le mezzogiorno.

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VIA APPIA

Genre : Récit de voyage / Déclaration d’amour

Thème : Italie du sud

Degré d’appréciation : Je suis à deux doigts de prendre un billet pour Brindisi.

Pour ses vacances d’été Jacques de Saint-Victor, un universitaire français, décide de prendre ses bâtons de marche pour descendre la Via Appia de Rome à Brindisi. Il arpente, d’abord à pied puis en Fiat, la plus vieille route de l’Occident, méditant et observant avec amour l’Italie du Sud.

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Arpino – Devant l’église les bannières des “contrada”, les quartiers, de la ville qui vont s’affronter lors de l’annuel “Gonfalone”, une sorte de Palio.

Loin des itinéraires touristiques les plus connus la Via Appia se perd dans les méandres du Lazio, de la Campanie, de la Basilicate et des Pouilles, traversant des villes un peu éloignées de circuits habituels et parfois presque abandonnées; des lieux ravagés par la crise – plus grave dans ces régions qu’en Grèce parait-il – et des sites historiques de toutes époques.

Entre deux dégustations de mozarrella di Buffala et des arrêts fréquents pour un café au bar l’auteur s’interroge sur l’Italie : celle d’avant et celle d’aujourd’hui. Il mêle l’histoire de la grande Rome aux soirées de Berlusconi, les rêveries de Stendhal aux propos de le jeunesse abandonnée de Naples. Entre littérature, gastronomie et histoire il essaie de comprendre et de décrire cette Italie qu’on voit si peu: celle du Mezzogiorno.

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Le Mont Cassin et son abbaye qui, du haut de ses 1669m, domine la vallée jusqu’à Caserta.

 

Sans être difficile, l’écriture de ce récit est parfois très érudite ce qui pourrait en rebuter certains. Ayant fait des études d’histoire  les digressions sur l’époque antique ou sur les méfaits du fascisme ne m’ennuient pas, au contraire c’est ce qui apporte un grand intérêt à l’ouvrage. On apprend quelque chose à chaque chapitre et ça donne envie d’aller fouiller un peu plus profondément dans l’histoire de l’Italie.

J’aime les récits de voyage, j’aime encore plus celui-ci parce qu’il me parle.  Terracina, Caserta, Benevento… Les lieux par lesquels passe l’auteur ne me sont pas inconnus bien que loin d’être les villes les plus fréquentées d’Italie, ou les plus belles. Mais grâce à ce récit on constate que la moindre ville, la moindre portion de route en Italie a une histoire millénaire, une vie et que les traditions sont encore bien présentes. Impossible de ne pas avoir l’envie immédiate d’embarquer à bord d’un train, d’une Fiat ou d’un bateau pour arpenter lentement, très lentement cette Italie méconnue, en s’arrêtant partout et nulle part, car quoi de mieux que de boire son cappuccino en observant la dolce vita?

Les montagnes de la Ciocaria qui surveillent la “Casilina” cette route reliant Rome à l’antique Capoue.

Le soleil écrasant du sud, les oliviers, le délicieux goût des tomates mais aussi l’ombre de la crise et les souvenirs du fascisme, au grè de ses pérégrinations Jacques de Saint-Victor décrit avec une immense tendresse ces habitudes, ces façons de penser et de faire si typiquement italiennes. Ça nous parait étrange, parfois suranné mais il n’y a aucun jugement de la part de l’auteur– sauf pour le Calcio, le début de la déchéance d’un peuple nous dit-il  – il y a seulement beaucoup de réflexion et d’amour.

Ce livre est une véritable déclaration de l’auteur à son pays d’adoption, un amour pour l’autre que l’on ne comprend pas toujours, ce qui le rend si attachant.

 

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L’OPTICIEN DE LAMPEDUSA


 Genre: reportage

Thème: Les migrants à Lampedusa

Degré d’appréciation: Tout le monde devrait lire ce livre.

C’est une lectrice de la bibliothèque où je travaille qui m’a conseillé fortement ce livre quand elle me l’a rendu. Elle avait l’air émue et un peu retournée. Le soir même je me plongeais dans ce roman issu d’un reportage et j’ai compris l’émoi de la lectrice précédente.

L’opticien de Lampedusa c’est un homme banal qui s’est installé il y a longtemps sur cette petite île paradisiaque au large de la Sicile et de la Tunisie. Certes on entend parler des migrants, mais toutes ces histoires lui paraissent encore lointaines quand il prend la mer avec un groupe d’amis pour profiter de l’après-midi et se retrouve soudainement face à un naufrage. De cette journée qui a fait de lui un “sauveur” débute un long questionnement, une remise en cause de sa vie. Le récit d’une prise de conscience.

Cet opticien existe. Peut-être est-ce pour cela que cet ouvrage est dur et émouvant. L’histoire d’un monsieur tout le monde, un homme simple au caractère très méticuleux qui réalise la tragédie quotidienne se déroulant à quelques pas de lui. Je me suis arrêtée fréquemment pendant cette lecture pour digérer ce qui était dit. Le style à la fois simple et neutre est pourtant puissant : coupable, triste, plein d’espoir et dépité, on ressort plus sensible et plus démuni de cette lecture lourde mais nécessaire.

Pour ce reportage Emma Jane Kirby a été récompensée par le prix Bayeux des correspondants de guerre.

 

 

 

Pékin et la Muraille.

Pékin nous a accueillies dans la nuit, après 27h de voyage. 27h c’est long sur le papier, mais après ce long mois on avait nos habitudes. Les vêtements choisis méticuleusement pour aller aux toilettes quand on voulait, se changer facilement, se mettre à l’aise. La nourriture en quantité suffisante et même plus peur de tester les bonbons bizarres que nous proposent les vendeurs ambulants. J’ai fini mon livre du moment – je lisais alors “l’amie prodigieuse” d’Elena Ferrante – et j’ai enfin eu le courage, et pas d’autre choix, de commencer « L’amour au temps du choléra »de Gabriel Garcia Marques . On a regardé le paysage défiler en essayant de deviner sur la petite carte de Chine du Routard où nous pouvions bien être. De quelles villes venaient les lumières qu’on voyait défiler du train. Et au bout du train l’une des gares de Pékin, je veux dire Beijing. Du monde partout, une queue qui nous ferait cauchemarder à Paris, ici on  n’était pas pressées, encore en vacances, on s’y attendait à ce monde. On était arrivées à Pékin après tout: 21 millions d’habitants plus les touristes.

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Pékin nous a accueillies comme partout ailleurs en Chine : avec des danses et des passants qui nous aident à trouver notre chemin. Un chemin incertain qui se faufile au milieu des hutongs, à quelques pas d’un quartier des affaires.Ici nous prendront un starbuck le matin, nos tongs jurant avec les escarpins des femmes qui travaillent dans la tour HSBC.

On n’a pas trop aimé Pékin. Enfin non. On a aimé Pékin, mais on a aimé ce qu’elle doit être au printemps, en automne. Sûrement pas en été où la chaleur sèche étouffe, où la vision de ces millions de touristes oppresse. Et on en a conclu que Pékin n’était pas une étape de fin de voyage. Alors un autre jour, on commencera un nouveau périple en Chine à partir d’ ici.

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  1. La cité interdite

La cité interdite, la place Tian anmen, le mausolée de Mao: ces incontournables de la Chine qu’on a visités au pas de course, plus par devoir que par plaisir. On en avait rêvé pourtant de  cette merveilleuse cité interdite. Mais après la place du village de Jianshui, le grand édifice rouge qui domine la place m’a paru presque petit. Et ce monde, ce monde mon Dieu ! Nous n’avions qu’une hâte : sortir à toute vitesse de cet endroit.

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S’il avait fait plus frais, s’il y avait eu moins de monde nous aurions sans doute pris le temps d’admirer ses différents palais. Les boiseries décorées, la multitude de toits qui s’étendent jusqu’à la colline, la perspective impériale qui s’ouvre devant nous à chaque porte. Mais il était impensable de traverser la place. Il fallait trouver vite un endroit où se poser, un endroit où manger, boire un coca frais – sans glaçon – et essayer d’apprécier Pékin.

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  1. Temple des lamas et les hutongs

Ce que je retiens de Pékin ce sont les hutongs, j’ai tellement aimé que je n’ai même pas trouvé le temps de sortir mon appareil pour en faire quelques photos. A l’ouest des lacs, non loin de la cité interdite, nous avons marché dans les hutongs.Il n’y a rien de fameux, mais pour une fois il n’y a personne. Ça ne respire pas l’attraction touristique, ce sont simplement de vieux quartiers laissés en l’état, et il y en a partout en ville. Nous sommes arrivées ainsi jusqu’au temple des lamas. Un must do de Pékin. Il faisait plus frais, peut être du fait des arbres, de l’architecture dégagée, de l’ambiance propre aux temples bouddhistes. Ici nous avons eu le temps d’admirer les boiseries, dehors, dedans, assises, debout, en discutant, en nous taisant.

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Près du temple se trouvent encore d’autres hutongs, plus vivants. Ici un café, typique des cafés chinois on le sait maintenant, avec un thé glacé pris bien installées dans un canapé, des bouquins partout, et en même temps un petit quelque chose de très chinois. De cette modernité chinoise particulière : tout est calme, nonchalant. La vie à la chinoise. En face des petits vieux ont sorti leur sofa et discutent en regardant les passants. Il y a des cartes par terre car ici aussi on joue sans cesse.

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Cette après-midi aura été placée sous le signe du cool. En déambulant presque au hasard dans les rues où se trouvent des magasins, des boulangeries, des cafés puis des temples on profite enfin de la vie pékinoise qu’on nous a vendue tout au long de notre séjour. Lorsqu’on rencontrait des étudiants venus faire une année à l’étranger notamment. C’était une image qu’on ignorait avant d’arriver en Chine, une image de Pékin en nouveau Berlin. Mix des villes du sud et de culture underground avec une grosse dose de chinoiseries.

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  1. Je me prends pour Mulan à Jinshanling

On a les références qu’on peut, et moi j’avais Mulan en tête lorsque je marchais sur la Muraille. Ici encore l’excursion était organisée par notre auberge:  Jinshanling est assez loin de Pékin, elle est aussi plus sauvage tout en étant restaurée. C’est une vraie rando : quelques heures sous le cagnard, on transpire instantanément, ça descend et ça monte surtout. Tellement qu’il faut souvent s’aider des mains: « Like a monkey » nous dit la guide hystérique et tyrannique dont on ne comprend que quelques mots d’anglais mais qui arrive à effrayer tout le groupe.

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A Jinshanling on peut être parfaitement seul à certains moments. Il faut faire attention, il s’agit d’une véritable ascension dans une ruine.  On doit aider une Coréenne qui se sent mal. Heureusement il existe des chemins pour redescendre facilement, et en particulier le chemin chinois – autrement dit le téléphérique. Il est difficile de se rendre compte que nous y sommes. La Grande Muraille. Sous un soleil qu’on distingue malgré l’épais voile  de pollution. Un soleil qui ressemble à ces soleils d’Asie, rond,voilé, qui dégage cette lumière si particulière de fin d’été, nous chauffant jusqu’à l’épuisement. On aura marché sur la Muraille. Et ça aura été fatiguant !

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  1. Quitter la Chine

L’homme en vêtements de travail orange est toujours au bout de la rue. Accroupi sur ses pieds il arrive dès 5h, se met dans cette position et repart le soir. Consciencieusement chaque jour il se pose sur son semi trottoir et regarde. La rue est pleine de poussière et le béton n’est pas encore posé. C’est sûrement une partie de son travail. Ou peut-être est-il simplement chargé de surveiller l’entrée de la rue. A quelques mètres de là un homme hèle le bus pour les passants. Il ne monte pas dedans puisque c’est son métier : héler le bus. A l’heure du repas il prend un poulet rôti chez le marchand du coin, un marchand qui a la cote. Tout le monde s’y presse, prêt à faire de longues minutes de queue. Nous avons cédé nous aussi. C’était simplement un poulet, un peu sec et pas facile à manger sans couverts. Un starbuck  à la main  je reviens vers l’auberge. De la terrasse je vois les tours d’affaires, les toits des temples et ceux des hutongs. Un chien sur la maison d’en face et le vieil homme toujours accroupi à l’entrée. Il est temps de prendre le métro, l’avion et de revenir, épuisée mais heureuse, convaincue que je reviendrai bientôt.

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En Pratique :

  • Prévoyez une excursion sur la muraille avec votre hôtel ou auberge, elles sont chères mais éviter la difficulté de s’y rendre par ses propres moyens vaut le coup ! En prime vous aurez l’éternel déjeuner en groupe dans un restau du coin, ça permet de goûter à de nombreux plats qu’on ne commanderait pas soi-même.
  • Prévoir de bonne chaussures et de grosses bouteilles d’eau pour la rando. Un homme vous vendra un coca hors de prix (prix parisien) à un endroit stratégique de la muraille, mais si vous pouvez l’éviter…
  • Pékin n’est pas une si grande ville. Ou plutôt le centre historique se fait à pied quand on aime marcher de longues distances. Comparé à Chengdu ou Canton les arrêts de métro sont plus rapprochés. Le métro dessert tout, et surtout il est à seulement 30min de l’aéroport en train direct.
  • Si vous pouvez trouver un logement dans les hutongs c’est le must : plus calmes, quartiers traditionnels, ça donnerait envie de rester dans son auberge tout le temps.

Mon premier trek – Lijiang et les Gorges du Saut du Tigre

Les routes des voyageurs au Yunnan ne sont pas très nombreuses, nos deux nouveaux compatriotes rencontrés à Shaxi suivent le même parcours que nous et se dirigent vers Lijiang, encore plus au nord, pour faire du trekking dans les Gorges du Saut du Tigre.

Rien que ce nom nous effraie. Et pourtant c’est bien pour faire ce trek que nous avions décidé la semaine précédente de ne pas nous rendre dans la jungle du sud du Yunnan. Le trek des Gorges du saut du Tigre est réputé pour ne pas être particulièrement difficile hors saison des pluies. Bien évidemment nous sommes en pleine saison des pluies, les chemins pierreux ont toutes les chances d’être trempés et glissants et la randonnée de devenir dangereuse. D’où notre hésitation. Mais nos nouveaux amis sont des habitués de la montagne qui grimpent les sommets depuis déjà quelques mois, ils sont en quelques jours devenus nos guides et nous nous fions totalement à eux. Alea Jacta Est, nous partons pour Lijiang avec la ferme intention de réussir ce trek !

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  • Lijiang – ou les ravages de l’UNESCO

Lijiang surprend au premier abord par son climat : il pleut, il fait 20 degrés et je trouve enfin une utilité à mon jean et à mon sweat ! Puis on comprend vite que la vieille ville, celle qui a été classée au patrimoine de l’UNESCO en 1997 n’est plus vraiment une ville : il faut payer pour rentrer dans l’enceinte et payer cher. En effet toutes les maisons et les rues sont belles, préservées, une vraie ville où filmer des films chinois d’époque. Mais les maisons n’abritent que des commerces à touristes, et ces derniers sont légions. Une petite atmosphère de Disney Land règne sur Lijiang. Et on se demande si l’Unesco fait autant de bien qu’on le pense à ce qu’elle classe patrimoine mondial !

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Ce n’est pourtant pas une raison pour bouder la ville. Parce qu’elle est un carrefour inévitable pour ceux qui souhaiteraient continuer vers le Tibet, les lacs du nord ou le fameux trek des gorges. Comme partout en Chine on peut profiter de Lijiang dès qu’on s’éloigne des axes principaux. Et la ville devient admirable lorsqu’on se retrouve seul dans les rues, qu’on surplombe l’immense étendue de toits traditionnels depuis la grande pagode Wang Gu Lou, et surtout lorsqu’on se promène dans le parc de l’étang du dragon noir. Les chinois n’ont pas leur pareil pour trouver des noms fabuleux qui touchent l’imaginaire. D’ici on aperçoit le mont du Dragon de Jade encore enneigé malgré la saison. Mont du Dragon de Jade. On s’en rapprochera le lendemain en prenant la route pour les gorges.

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  • Les Gorges du saut du Tigre

2 jours. 5h/7h le Premier, 2h30 le Second.

3900m au-dessus des gorges les plus profondes de Chine. Des falaises qui plongent dans le précipice. Un chemin face à l’Himalaya. Nous y sommes. Les Gorges du Saut du Tigre, et deux jours de randos avec une halte au ¾ du trek dans une auberge de jeunesse.

Le début de la randonnée nous a assez déçues. Ca monte raide, pendant longtemps, c’est sympa mais sans plus. Nous avons du mal à respirer, la vue sur le Yangzi et les villages industriels en dessous ne fait pas rêver. Puis la forêt arrive et le plat avec elle. Un coca et c’est reparti. Il parait que la partie la plus dure de ce trek ce sont les 28 lacets qui emmènent au point culminant. Je ne pense pas être la seule à le penser : les 28 lacets ne sont pas plus durs que ceux d’avant, ils le sont même sûrement moins parce qu’on s’y attend. Mais à ce moment la rando devient vraiment sympa. On est dans la forêt, la vue sur les montagnes environnantes dépayse de plus en plus, et arrivés au sommet le panorama nous récompense largement. Il nous suivra durant tout le reste du trek !

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Après 6h de marche nous nous arrêtons dans l’auberge Half Way guest house. Un repas sur la terrasse face à l’Himalaya. What else ? Je ne me lasse pas de regarder, de prendre en photo ce paysage pour m’en imprégner, pour être sûre de bien m’en souvenir. Mais comment oublier ? La saison des pluies ne nous permet pas de voir les sommets, nous devons les deviner. Les nuages hantent cette région, la rendent plus mystérieuse, et je peux imaginer ce qui se cache dans ses montagnes qui mènent au Tibet. Quel moine y a trouvé retraite ? Quel alpiniste s’y est aventuré ?

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Le chemin est effectivement boueux et glissant, je suis bien heureuse d’avoir fait les ¾ de la rando la veille car c’est bien la seconde partie du trek qui est la plus dangereuse. Il ne faut qu’un peu plus de 2h pour rejoindre l’endroit où les gorges sont le plus étroites, qui est également la fin du trek, là où les bus viennent rechercher les touristes (ceux qui ont fait le trek et les autres). Ce sont deux heures où nous craignons légèrement pour nos vies. Même si les chemins sont assez larges, il vaut mieux ne pas avoir le vertige. Mais le paysage est toujours à couper le souffle et on s’arrête régulièrement pour souffler, de fatigue, et d’émerveillement.

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Arrivées à Quiatou nous abandonnons nos comparses avec qui nous avons passé 5 jours, ils poursuivent le trek plus loin, vers Haba, dans l’espoir d’arriver au camp de base de la montagne du Dragon de Jade. Vu les conditions rien n’est s^rr alors on les abreuve de recommandations, bien conscientes que s’il leur arrive quelque chose nous serons les dernières à les avoir vus… (Rassurez-vous, il neigeait effectivement trop, et malgré les achats de matériels que nous avions faits à Lijiang, ils ont renoncé à leur ascension).

Ce que j’ai aimé dans le trek : on n’y est jamais seul ! Sans être une autoroute, en cette saison du moins, on trouve forcément des gens avec qui faire le trek, c’est rassurant et ça permet de trouver quelqu’un qui a le même rythme – je remercie d’ailleurs Clinton, backpacker Canadien qui était à mes côtés quand je me suis ENCORE fait une entorse au milieu de nulle part et qui avait avec lui les médicaments pour m’aider à finir le trek.

 

Comment s’y rendre ?

Le plus simple est encore de demander à votre auberge à Lijiang. Des allers-retours sont organisés chaque jour. Vous pouvez soit faire le trek, soit prendre un bus pour suivre les Gorges avec la route – un trek à la chinoise en somme. Certaines auberges de jeunesse proposent de porter vos affaires jusqu’à Qiatou – la fin du trek – pour ceux qui souhaiteraient continuer leur route sans repasser par Lijiang. Par exemple si vous voulez aller à Shangri La. Arrivés à Qiatou un bus vous ramènera à Lijiang.

L’entrée dans le parc des Gorges du Saut du Tigre est payante, le parc est aussi classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

Le point le plus resserré des gorges, là où on voit et on entend de très très près l’eau tonitruante, est lui aussi payant (vive la Chine).

Point matériel: Je n’ai pris qu’un sac à dos 20L qui suffisait largement pour y mettre une serviette microfibre, de quoi se changer, un vêtement de pluie – nécessaire en cette saison – et de quoi manger à midi.

Week-end bourgeois

Il parait qu’on n’a pas besoin d’aller très loin pour faire du tourisme et sortir de son quotidien. Alors prenant cette devise au mot, après Lyon, Blois et les châteaux de la Loire, c’était au tour de Bourges de recevoir ma visite ce week-end. L’intérêt de ce genre de week-end c’est de pouvoir partir sans prendre de jour de congés ET de découvrir beaucoup pour pas trop cher. C’est pourquoi j’ai opté cette année pour un thème de voyage qui est:« voyager à plus de deux heures de Paris ».

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Pourquoi Bourges ?

Parce qu’elle combinait de nombreux avantages : proche de Paris, une ville médiévale et la possibilité de se balader dans la campagne sans voiture. C’est une petite ville et une seule journée pourrait suffire à en faire le tour, mais quand on est entre copines – ce qui était mon cas – il faut compter le temps de discuter, boire, discuter, prendre un café, discuter, et encore boire un peu. Autrement dit, du temps pour se retrouver sans avoir l’impression de rater une attraction touristique indispensable. Bourges était parfaite pour tout ça. Et entre ces discussions on a tout de même visité quelques monuments qui passaient par là. Voici un petit aperçu de ce qu’il y a « à voir, à faire » à Bourges.

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  • Balade dans les marais

Avant d’y aller je l’ignorais mais autour de Bourges se trouvent des marais, de ces marais qui empêchent toute construction et qui se sont donc vu attribuer une nouvelle fonction : celle de jardins communaux.

Les marais ont été aménagés en canaux autour desquels s’organisent  petits ou grands jardins où les habitants de Bourges viennent cultiver leurs fleurs et leurs potagers, ou encore faire les barbecues du dimanche. Une balade dominicale à ne pas rater surtout sous ce soleil de début de printemps ! Je vous laisse en juger par vous-même.

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  • « A vaillant cœur rien d’impossible » – Le Palais Jacques Coeur

Ceci n’est pas la devise de Bourges mais de son plus célèbre habitant Jacques Cœur, argentier de Charles VII (le même que celui de Jeanne), qui a laissé à la ville son superbe palais, appelé auparavant Grand’Maison. Et forcément, c’est LA visite touristique à ne pas rater à Bourges.

La visite du Palais Jacques Cœur peut se faire avec un guide conférencier – le dimanche matin à 10h30 par exemple – et, surprise, la conférencière est géniale ! Les explications sont peut-être un peu rapides pour quelqu’un qui n’a jamais fait d’histoire médiévale mais tout est dit, pas un mot de trop ou de trop peu.

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Pour l’histoire : Jacques Cœur était un négociant qui a fait fortune sur la route des épices, avec une jolie flotte qui parcourait la méditerranée depuis Damas jusqu’à Marseille en passant par Venise. L’argent rentre dans les caisses et il en prête à son bon roi Charles VII qui doit encore négocier et racheter les terres prises par les Anglais lors de la guerre. (C’est d’ailleurs Jacquot qui est régulièrement envoyé pour négocier). MAIS il fait rarement bon être plus riche que le Roi, en particulier quand on est son débiteur. Pour éviter d’avoir à rendre un jour l’argent, Charles VII le fait arrêter sous couvert de nombreuses accusations.

C’est peu avant son arrestation que Jacques Cœur fait construire sa grande demeure à Bourges. Cette architecture inspirée des palais italiens n’existe pas encore en France, il l’impose à Bourges 50 ans avant tout le monde. Elle servira de modèle pour la construction du Palais des échevins – les échevins étaient à peu près les conseillers municipaux de l’époque – se situant quelques centaines de mètres plus loin.

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  • Bourges ville médiévale

En se baladant dans le centre historique de Bourges on croise vieilles maisons à colombages, palais municipaux, quelques musées et au bout de cette ilôt médiéval se trouve la Cathédrale. Toute  gothique (construite au XIVe) elle est très impressionnante par ses dimensions, et ses tympans valent bien un petit « woaw » d’admiration.

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J’ai aussi beaucoup aimé le Musée Estève installé dans le Palais des échevins. On y est entrées sans trop savoir ce qu’on allait y trouver et finalement ce fut une belle découverte. Maurice Estève est un peintre non figuratif du XXe siècle qui a vécu au sud de Bourges. De ses premières toiles aux plus célèbres (apparemment surtout célèbres chez les scandinaves) on voit la lente évolution du peintre, sa recherche  de lui-même qui passe par les courants impressionnistes, fauves, cubistes.

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Où s’arrêter pour manger? Boire? Prendre un café?

Bourges est une petite ville, vous n’aurez donc pas des coffee shop à foison pour vous poser, mais il y a au moins quelques adresses qui  vous accueillent dans une ambiance cosy pour déguster un chocolat chaud. Et elles sont ouvertes le dimanche!

  • Les 3  cuillères, 38 rue Bourbonnoux. Entre le palais Lallemand (musée des arts déco) et la Cathédrale. Pas très grand, avec des romans, des BD et des jeux pour ceux qui voudraient patienter avant de reprendre leur train. Très vite plein.
  • L’envers du Café, 3 rue Pelvoysin. Le concept n’est pas assez abouti. Le lieu est divisé en plusieurs salles avec chacune une déco particulière, des chaises, des sofas, de quoi se mettre à l’aise. Mais les salles sont encore trop grandes pour trop peu de déco.
  • Cake thé, 74 rue Bourbonnoux. Je n’y suis pas allée mais de dehors il donnait sacrément envie. Il s’agit plutôt d’un salon de thé situé sur la “promenade des remparts” (promenade minuscule mais adorable)
  • Pour manger vous trouverez plusieurs bons restaurants de cuisine française (c’est à dire pratiquement que de la viande) et qui sont indiqués dans la plupart des guides voire par des panneaux dans le centre ville. Le plus connu étant surement le Louis XI. 

Chronique parisienne 4 – Une semaine féministe

  • Expo du moment – “Présumées coupables” aux Archives Nationales

Pour finir cette semaine toute féministe je suis allée samedi dernier au CARAN, le centre des Archives Nationales au cœur du Marais, pour y voir l’exposition « Présumée coupables ». Malgré le monde – qui eut pensé qu’une expo sur ce thème serait bondée ? – je suis sortie plutôt satisfaite de cette visite.

Pièces d’archives à l’appui, l’expo retrace cinq  types de condamnation en justice pour les femmes depuis le Moyen-âge jusqu’à la Libération : les sorcières, les empoisonneuses, les pétroleuses, les collaboratrices et les infanticides. Cinq crimes majeurs qui conduisent des femmes en procès,  crimes pour lesquelles elles sont souvent condamnées, mais pas toujours ! L’exposition détaille non seulement le déroulement des procès mais également les processus qui conduisent ces femmes à se retrouver en Justice : délation, profils particuliers (âge, vie marginale, etc), situations difficiles qui poussent au meurtre ou à l’abandon de son enfant, …

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Le CARAN – Centre de Recherche des Archives Nationales
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Cour de l’Hôtel de Soubise

Le gros plus : les archives sont dans les vitrines, passionnantes pour qui est paléographe mais peu évocatrices pour les profanes MAIS des écrans proposent la transcription des textes en vieux français et également la traduction en français d’aujourd’hui. On peut ainsi lire les procès verbaux de dizaines et de dizaines de femmes qui décrivent leurs danses sataniques, le calvaire de l’inceste, ou encore les raisons de leur « collaboration horizontale ».

Même si on s’y connait sur certains sujets – par exemple le Moyen-Âge – on apprend forcément quelque chose sur les autres périodes : pour ma part je ne connaissais rien aux pétroleuses, et je n’avais jamais eu l’occasion d’en savoir plus sur les femmes tondues de la libération que ce que nous offrent à voir les films de l’époque (qui sont très durs à regarder je trouve).

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Enfin : avoir accès à des documents d’archives est pour moi quelque chose de toujours émouvant, qu’il s’agisse de procès du XIIIe siècle ou de lettres de Louise Michel. Permettre que cette mémoire commune soit diffusée à tous même sur de courtes périodes, seulement lors d’expositions, est primordial ! Il est donc important d’encourager les Archives Nationales qui organisent régulièrement des expositions, souvent quelque peu politiques, et toujours passionnantes !

L’exposition a lieu à l’Hotel de Soubise, rue des Francs-Bourgeois (métro Rambuteau) jusqu’au 27 mars 2017 – 6€ l’entrée plein tarif

Pour en savoir plus: site des archives nationales

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  • Un magazine: CAUSETTE

Il y a deux mois alors que j’attendais patiemment le RER pour rentrer chez les parents en trainant dans le Relais du coin j’ai décidé d’acheter Causette, ce magazine féministe que je n’avais jamais ouvert. J’avais dans les poches tout pile le prix, les textes avaient l’air de valoir le coup, adjugé-vendu ! J’ai eu raison. Malgré le prix prohibitif – mais c’est le cas de tous les magazines il me semble – j’ai dévoré le numéro de janvier, j’ai fait exprès de le laisser chez mes parents, chez mon copain pour le faire lire au plus de monde possible. Causette adopte un ton très ironique, impossible à apprécier si vous n’êtes pas trop second degré : des chapeaux politiquement incorrects comme « Aimer les enfants c’est ne pas en faire ? » pour n’en citer qu’un, avec une ligne éditoriale avant tout féministe mais qui parle aussi beaucoup de politique, des reportages inédits sur d’autres parties du monde. Bref un ensemble qui me plait : je trouve toujours un article à lire selon mon moral. Petit bémol : je pense ne pas être tout à fait d’accord avec leurs critiques culturelles, pas assez critiques justement, à l’inverse du reste du magazine.

 Pour celles – ou ceux –  qui trouveraient cela trop cher, pensez à regarder dans votre médiathèque, la mienne l’achète chaque mois, et un abonnement à la médiathèque est toujours moins cher.

  •  Podcast: “Le dictionnaire du féminisme” sur France Inter

Je me suis longtemps dit qu’il faudrait que je profite des tâches répétitives au boulot pour écouter des postcasts, c’est chose faite cette semaine après avoir vu passer sur twitter une annonce pour un épisode de « La marche de l’histoire » de Jean Lebrun –France Inter – sur le féminisme, ou plus exactement sur le Dictionnaire du féminisme, paru il y a peu aux Presses Universitaires de France sous la direction de Christine Bard.

Christine Bard n’est pas une inconnue, c’était la prof de Jéromine, l’archivoyageuse, pendant sa licence d’histoire, et c’est surtout celle qui a fondé en 2000 le centre d’archives du féminisme. Pourquoi un centre d’archives ? Parce que dès le départ les féministes, et  les associations féministes ont produit de nombreux documents, collectés et réunis en 3 lieux : la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine et la Bibliothèque Marguerite Durand à Paris, et la BU d’Angers où le fonds d’archives est accompagné d’un fonds documentaire unique de 10000 ouvrages sur le thème du genre et du féminisme.

 Pour en savoir plus je vous conseille, bien entendu, d’écouter le podcast !