Cimetières en Ecosse

Ceci n’est pas un article d’halloween, et pourtant il le mériterait. Ce n’est pas la première fois que je fais un article sur un cimetière, c’est un des endroits que je préfère visiter quand je découvre une ville ou un pays. Ctte “passion” me date de la découverte des cimetières anglais il y a une dizaine d’années, et aujourd’hui encore les cimetières à la british restent mes préférés, parce que tout y est fait pour rendre la promenade agréable, quoiqu’un peu creepy, c’est une ambiance particulière qui  donne le sentiment d’être dans un roman gothique.

J’ai visité trois cimetières lors de mes dernières vacances en Ecosse : Edimbourg, Glasgow et dans un petit village du loch Lomond, Luss.

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Le cimetière d’Edimbourg est situé dans le bas Edimbourg, c’est-à-dire bien sous le château, et juste à côté du café où J.K.Rowling a écrit Harry Potter, de là à dire qu’il a inspiré quelques scènes –je pense notamment à la fin du tome 4 –  ou quelques personnages du roman, il n’y a qu’un pas. On reconnaît d’ailleurs sur certaines pierres tombales des noms pas inconnus… L’emplacement du cimetière est assez magique, avec une superbe vue sur le château, j’y suis allée un jour de bon vent, avec le feuilles d’automnes qui se déposaient doucement sur les tombes, une ambiance très gloomy. Une halte pour les fans d’Harry Potter.

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DSC_5681Le second cimetière se trouvait au bord du plus grand lac d’Ecosse, le Loch Lomond. Construit autour d’une petite église surplombant le loch d’un côté et une rivière de l’autre, j’ai eu la chance de le découvrir sous une jolie lumière de matinée d’automne, qui donnait une teinte colorée au cimetière. Cette fois-ci je me serais plutôt crue dans Sleepy Hollow, surement à cause de la petite taille du village, heureusement qu’on était en plein jour et avec un beau soleil, ça ne m’aurait pas étonnée de voir un cavalier sans tête sortir d’une tombe.

DSC_5896 DSC_5898Enfin, j’ai visité en janvier le cimetière de Glasgow, celui qui se tient face à la cathédrale, relié à cette dernière par un pont tortueux. Il faisait à nouveau un temps maussade, forte pluie et brume, génial pour aller se promener dans un cimetière ! Celui-ci se dresse sur la colline en rangées plus ou moins cohérentes, avec des mausolées plus ou moins de bon goût. Il parait que c’est aussi sur cette colline que se trouvait auparavant l’université de Glasgow qui aurait été déconstruite puis reconstruite pierre par pierre de l’autre côté de la ville.

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Green Glasgow: après-midi près de KelvinRiver

Certes pour une fois le soleil brille sur Glasgow, et aucun nuage à l’horizon, on pourrait même croire que ce beau temps va durer toute la journée. Mais en cette saison qui dit ciel dégagé dit aussi températures négatives, même pas peur, on enfile nos manteaux, nos écharpes et nos bonnets pour aller profiter des quelques coins verts de la ville.

 

1ère étape : le jardin Botanique

J’ai toujours adoré les serres botaniques, qu’il s’agisse de celles de Paris, de Bruxelles ou de Glasgow  – voir l’article sur les serres royales de Laeken: avec leur infrastructure en acier, leur style franchement art nouveau, tout est fait pour qu’on se croit encore au XIXe, ambiance exposition universelle. Je me prends pour un explorateur, un Livingstone moderne à qui il suffirait de faire quelques pas pour se retrouver dans la civilisation occidentale sans trop de dangers.

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Les serres de Glasgow ne sont pas les plus impressionnantes que j’ai vues et en janvier peu de fleurs pointent le bout de leur nez, mais les grandes serres tropicales donnent véritablement l’impression de s’enfoncer dans la jungle équatoriale africaine. Chaleur moite, gouttes d’eau qui tombent des plantes géantes et humides, et le chant des oiseaux qui se réchauffent en s’accrochant aux serres ajoute encore au tableau. Difficile de prendre des photos correctes dans ces conditions, l’objectif était sans cesse embué.

Avantage non négligeable de cette visite : apprécier la verdure tout en ayant bien chaud !

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2e étape : ballade de long de la Kelvin River

La Kelvin River c’est la rivière qui longe l’université, celle sur laquelle les étudiants s’entraînent au canoë, et pour cause : le courant est fort et certains passages de rapides sont assez effrayants. Le long de la rivière, d’une rive à l’autre, se déploie un parc, paradis des coureurs du dimanche et des propriétaires de chiens, et qui mène du Botanic Garden au Kelvingrove park. De grands ponts enjambent la rivière mais hormis ces constructions humaines le reste de la ballade fait plutôt place à la nature – on y trouve même les ruines d’un ancien moulin industriel – et si on n’a vraiment pas chaud en cette après-midi d’hiver on peut supposer qu’au printemps, quand le soleil réchauffe le parc, on aurait bien envie de se poser là pour faire un petit somme, bercé par le roulis de la rivière.

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Ecosse: Glencoe et le massacre des McDonald

O Cruel is the snow that sweeps Glencoe and covers the grave O’Donald…

Par une froide matinée écossaise, chaussées de nos gros manteaux et de bonnes chaussures, nous avons traverse Glasgow encore endormie pour prendre le bus, direction les Highlands de l’Ouest: Loch Lomond, Oban et surtout Glencoe et les Three Sisters.

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Je savais à quoi m’attendre en me rendant à Glencoe, j’y étais déjà allée il y une dizaine d’année, je l’avais alors vu sous l’herbe verte entre brume et rayons de soleil. Je savais que cette fois-ci serait très différente : plus froide, plus magique aussi peut-être. Cette petite halte à Glencoe pour la journée m’a permis de m’intéresser un peu plus à l’histoire de l’Ecosse et surtout à ce fameux « massacre de Glencoe » dont Stephen, notre méchant guide, nous a parlé. Mais trop fascinée par le lieu je n’ai rien écouté, il a fallu que j’aille fouiller à la bibli (et sur wikipédia) à mon retour pour me mettre à jour. Alors aujourd’hui, petit cour d’histoire anecdotique : Le Massacre de Glencoe !

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On est à la fin du XVIIe siècle, pour situer un peu Louis XIV est roi de France, bien établi dans son Versailles. Pendant ce temps en Grande-Bretagne la vie monarchique est bien moins funky : le roi Charles Stuart s’est fait couper la tête et son descendant le roi Jacques II a dû s’exiler en France – à Saint-Germain-en-Laye -, il n’est pas la bienvenue en Angleterre essentiellement parce qu’il est catholique et que les anglais sont devenus anglicans depuis un bon siècle. A ce moment un type arrive, il est néerlandais et s’appelle Guillaume d’Orange, il demande le trône de Grande-Bretagne que les britanniques lui donnent. Pourquoi ? Parce que Guillaume est protestant lui !

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Avant le 1er janvier 1692 tous chefs de clans doivent avoir prêté serment d’allégeance au nouveau roi Guillaume. Mais voilà qui pose problème : les écossais sont liés par serment aux Stuarts, descendants de Marie Stuart et rois d’Ecosse. Ils doivent alors attendre une missive du roi exilé qui les délie de leur serment pour pouvoir se présenter à Guillaume comme nouveaux sujets fidèles. Le clan des MacDonald, fervents « jacobites » prennent le temps. Au dernier jour enfin, le chef du clan ou sept (héhé comme les septons de Game of Thrones), se rend à Fort William pour y prêter serment. Hélas ! Le shérif d’Argyll qui le reçoit, un membre du clan Campbell lui explique qu’il n’est pas habilité à recevoir ce serment et lui demande de se rendre directement dans la résidence principal des ducs d’Argyll, chefs du Clan Campbell, le château d’Inveraray. Après trois jours de tempêtes et de neige, le chef Mc Donald parvient enfin à destination. Le serment est accepté malgré le retard.

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MAIS deux mois plus tard, alors que la neige soupoudre Glencoe, une partie du clan Campbell passe sur les terres des McDonald à Glencoe et demandent l’hospitalité, tradition écossaise.Au bout de deux semaines de vie commune un message parvient au capitaine Robert Campbell, qui est aussi un parent des McDonald. Il s’agit d’un ordre signé du roi Guillaume d’Orange demandant à ce que le 13 février tous les McDonald de moins de 70 ans soient passés par l’épée pour qu’il ne reste aucun survivant du clan des McDonald de Glencoe.

A cinq heure du matin le massacre commence. Ceux qui ne sont pas tués fuient dans les montagnes de Glencoe avec femmes et enfants et meurent de faim et de froid. Les rares survivants fuient l’Ecosse, prévenus et aidés sans-doute par certains Campbell n’ayant pas voulu obéir aux ordres et rompre la règle de l’hospitalité. Même si les Campbell sont les grands méchants de l’histoire il ne faut pas oublié qu’ils sont désormais soumis à l’allégeance envers le roi et risquent le parjure en allant à l’encontre des ordres.

Reste que ce massacre a profondément choqué les écossais par sa trahison et sa violence, jusqu’à tard il était indiqué dans certaines auberges « interdit aux Campbell ». Cette histoire rend aujourd’hui les terres de Glencoe et des Three Sisters encore plus mystérieuses et sauvages.

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De manière générale l’arrivée à Glencoe ne laisse pas indemne : soudain plus personne ne parle, on a toujours le souffle un peu coupé par la beauté et la grandeur du paysage, c’est difficile de ne pas tomber amoureux de l’Ecosse après avoir vu ça. Une foule de sentiments agite les cœurs, c’est assez indescriptible, une chose est sure : il faut y être allé une fois dans sa vie !

Et voici une petite vidéo avec musique gaélique pour donner une idée du truc:

Instant londonien: printemps sur la Tamise

J’ai à peu près une dizaine d’articles en retard, de photos à poster et d’histoires à raconter sur la Sicile, la Hongrie, l’Espagne et j’en passe, mais en ce jour de grisaille parisienne je préfère m’atteler à des souvenirs plus proches et plus printaniers: ceux de mon premier week end à Londres sous le soleil.

Il m’aura donc fallu 6 allés retour à Londres pour enfin découvrir la ville sous un jour printanier, et si j’ai adoré cette ville sous la pluie, la neige et le vent je l’ai encore plus aimée sous le ciel bleu. J’ai donc pu en deux jours visiter quelques essentiels qui me manquaient comme Camden ou Soho, et surtout découvrir les supers quartiers de London Bridge et South Bank, le long des quais de la Tamise où se pressait une foule d’anglais bras et jambes nus pour profiter de ce grand retour du soleil.

  • Borough Market

Le premier arrêt du week-end était Borough Market, situé sous la ligne de train partant de London Bridge, coincé entre le Shard et les quais. A Londres pas de cafés en terrasses, les gens s’assoient à terre pour pique-niquer, boire un coup ou juste discuter, il a donc fallu zigzaguer entre les groupes étalés de parts et d’autres du chemin au pied d’un église qui fait face au marché, les cerisiers étaient en fleurs, les flûtes de champagnes dans toutes les mains et les rires fusaient de ci de là. Ambiance festive en plein samedi après-midi à Londres. Le marché en lui-même correspond parfaitement à l’idée que je me fais de cette ville: à la fois underground, un marché placé sous une rame de train, et conservant un côté très “ouvrier”, architecture des stands en acier, presque type art nouveau, briques un peu partout. Un grand fouillis qui fourmille de londoniens, des coins et recoins abritant essentiellement des stands d’alimentation: thé, smoothies, cookies, et même fromages français,avec pour décoration une carte administrative de la France – pas trop dépaysant.

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  • Millenium Bridge

On quitte le marché et on se retrouve immédiatement dans des rues calmes avec des parcs, des vélos qui nous dépassent et qui se rendent sur les quais avec la foule.  Au bord de la Tamise c’est le même plaisir, la lumière de cette fin d’après midi est parfaite et les bâtiments modernes construits sur les docks près de la cathédrale St-Paul prennent une autre figure, les teintes orangées sur reflètent sur l’eau, et depuis le millenium bridge qui traverse le fleuve on peut admirer le Tower Bridge en proftant de la douce caresse du vent iodé nous venant de la mer.

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  • South Bank

On arrive enfin vers Southbank après être passées par plusieurs quartiers et s’être imaginées vivre dans une dizaine de maison et appartements croisés sur le chemin. Southbank, nouveau marché, celui aux livres cette fois, je n’ai pas regardé avec grande attention ce qui pouvait être vendu, je me suis seulement fixée sur une traduction anglaise de Philippes de Commynes – chroniqueur français du XVème siècle- que je ne m’attendais pas à trouver ici. Tout près du marché aux livres on trouve un skatepark intégralement taggué avec quelques jeunes qui tentent des figures sous le regard intrigué du public. En traversant le pont menant jusqu’à Charing Cross on peut voir le cimetière des skates, une plateforme au milieu du fleuve où se trouvent des vieux skates, de vieilles chaussures.

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Après ce petit périple le long des quais de la Tames avec pour compagnon le beau grand soleil, et non le fog qui pour l’occasion s’était déplacé à Paris, on est retourné dans le quartier de Deptford, illustration vivante des romans de Dickens, entre maisons de briques, ruines et ruelles effrayantes. Un tout autre Londres. Mais ça c’est une autre histoire.

Dans le cimetière de Dracula

“Van Helsing s’approcha du cercueil de Lucy, et je fis de même. Se penchant, de nouveau il retira la partie du cercueil de plomb qu’il avait sciée ; alors, quelle ne fut pas, encore une fois, ma surprise, mêlée d’horreur !
Lucy était étendue là, telle exactement que nous l’avions vu la veille de son enterrement, et même, chose étrange, d’une beauté plus radieuse que jamais ; je ne pouvais pas croire qu’elle fût morte. Les lèvres étaient aussi rouges, non, plus rouges que de son vivant, et les joues délicatement colorées.”

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Bien que je sois dans la capitale anglaise essentiellement pour le travail – transcription d’archives pour mon mémoire d’histoire – j’en ai profité pour faire quelques visites dont une quelque peu insolite: le cimetière de Highgate.

Highgate se trouve un peu en périphérie du centre, sur la northern line, à l’arrêt Archway. (Environ 10 minutes de King’s Cross) En sortant du métro je me sentais déjà dépaysée: comment à quelques minutes du centre de Londres on peut avoir l’impression de se trouver dans une banlieue résidentielle?

Il faut ensuite monter la grande avenue de Highgate Road en passant dans un joli quartier très calme, puis bifurquer vers une école maternelle qui mène tout droit au parc de Highgate surplombant le cimetière. Peut-être parce qu’il était midi, peut-être parce qu’on était en hiver et que la température avoisinait les zéro degré, j’étais seule dans ce parc plutôt grand et agréable. Je parviens enfin, après moult hésitations quant au chemin à emprunter, au cimetière de Highgate. Le cimetière est en deux partie, on peut visiter la partie basse seul en payant £2, la partie haute, et la plus intéressante, ne se visite qu’avec un guide et coûte £7, certes ce n’est pas donné, mais je ne visite rien d’autre de payant à Londres, je peux me le permettre.

J’ai surement choisi le meilleur jour pour visiter cet endroit même si le froid humide pénètre dans mes os, au bout d’un moment je ne sens même plus mes extrémités, mais le lieu est tellement fascinant que je m’en contrefiche. Il a neigé il y a quelques jours et sous l’ombre des arbres la dernière couche n’a pas encore eu le temps de fondre. Le guide nous mène à travers des chemins tortueux entre les tombes et les caveaux. Ce cimetière est des plus gothiques, il paraît qu’il aurait inspiré Bram Stocker pour Dracula. rien d’étonnant. Les racines poussent sur les tombes, envahissant les inscriptions latines. Les statues surveillent notre passage, cachées derrières des plantes. L’atmosphère est surnaturelle.

On parvient devant l’allée égyptienne flanquée de colonnes gravées, derrière, des caveaux sous un plafond de feuilles qui nous mène en haut du cimetière. On poursuit notre chemin à travers les arbres et les ronces, les statues paraissent tristes, d’autres nobles et fières. Ici un lion, là un ange. Je préfère ne pas trop m’éloigner du groupe.

J’ai beau ne pas croire aux vampires, dans ce lieu on ne sait plus en quoi on croit.

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