Le parc national du Durmitor au Monténégro

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Le Durmitor est l’un des deux gros massifs montagneux de Monténégro, ce qui explique en partie son nom (Crna Gora = montagne noire en serbo-Croate), le second se trouvant à la frontière avec l’Albanie. Ne pouvant pas tout visiter en 10 jours on a choisi de visiter  Durmitor où nous avons dormis à l’ombre du Bobotov Kuk tout près de la capitale de la région : Zabljak.

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Le Durmitor est peut-être ce que j’ai préféré au Monténégro pour pleins de raisons : on n’y trouve pas le même genre de tourisme que sur la côte, les gens sont ici principalement pour faire de la randonnée, pas de bling bling, de m’as-tu vu, tout le monde est en polaire Quechua en plein mois de juillet mais il faut dire qu’à plus de 1000m d’altitude il fait froid. Il y a peu de monde ici, pour preuve, nous avons rencontré 2 jours de suites à 2 randos différente une jeune randonneuse française, bien heureuse qu’on puisse la ramener à Zabljak après une journée de 10h de marche puisque faire du stop ici, c’est s’exposer à attendre longtemps, très longtemps.

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Ensuite le Durmitor est apaisant  : ici il n’y a presque personne ou alors des paysans fauchant leurs champs pour en faire des bottes de foin à l’ancienne, le genre qu’on voit sur les tableaux de Monet. Les paysans, fait singulier n’ont tous que trois dents, ils ne parlent pour la plupart que le Monténégrin mais sont pourtant ravis de vous aider quand vous vous perdez entre les champs et les bois, parce qu’ici toutes les routes se ressemblent et les panneaux sont écris en cyrillique. Il ne fait pas caricaturer non plus, le Durmitor est en train de s’ouvrir et il y a partout des constructions de maisons ou chalets dans le but de faire de la station du coin une grande station de ski et de Zabljak un grand centre touristique. Il en reste que pour le moment se balader dans le parc national donne une impression de voyage dans le temps.

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Diversité des paysages. Si vous tapez Durmitor dans google vous tomberez surement sur les massifs montagneux qui rappellent de près les Alpes, ou plutôt les Dolomites italiennes. Même si ça parait être un paysage bien connu tout d’abord ça reste l’un des plus beaux paysages que j’ai vu, mais j’ai toujours préféré la montagne à la mer, les crêtes qui se dessinent majestueuses plutôt que la vue de l’eau qui se fond avec l’horizon. Ensuite le Durmitor ce n’est pas que des montagnes, face aux crêtes, sur le plateau de Zabljak on retrouve des grandes prairies qui rappellent – tel que je me les imagines – les steppes de Mongolie ou les grandes plaines américaines du nord, enfin un lieu idéal si vous êtes branché équitation.

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Le Durmitor se visite à pied, on a donc profité de ces trois jours pour faire des randos, plus ou moins longues, qui valaient vraiment le coup.

  1. Crna Jezera et ses airs québécois

La première rando partait directement de notre appartement, en théorie 1h30 pour se rendre au lac noir, l’une des randos les plus touristiques du coin. Le lac noir est assez connu et accessible en voiture ce qui permet de ne faire que le tour du lac, ou plutôt des lacs. Prévu pour les randonneurs du dimanche, le tour du lac doit compter bien 2h et n’est pas de tout repos : montées, descentes abruptes, caillasse. Le lac a beau être touristique il est facile de s’isoler et tout à coup, mis à part le sommet gris qui surplombe le lieu, on se croirait au Québec. Il faut payer 2euros pour entrer dans le parc national du lac et deux euros de plus pour le parking, mais le gérant de l’hôtel nous a indiqué un chemin à travers les bois nous permettant de ne pas passer par l’entrée officielle, et donc de ne pas payer.

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Malgré les moustiques et les essaims d’abeilles qui bourdonnent il est franchement plus agréable de traverser les bois, sans compter que nous arrivons en fin d’après-midi, à l’heure où la lumière est la plus belle et l’ombre des montagnes recouvre peu à peu le lac. Le tour du lac en lui-même compte bien 2h et n’est pas de tout repos, il y a en fait deux lacs qui se rejoignent surement lorsqu’il y a suffisamment d’eau. Si le lac est assez touristique on peut tout de même facilement s’isoler et profiter au calme de l’eau dormante du lac.

Balade de Crna Jezera : 3h30 à pied, 1h30-2h si on prend la voiture jusqu’au lac. // Difficulté : facile.

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  1. Le canyon de la Tara

On a mis du temps à trouver le chemin de cette rando, assez courte mais riche en paysages. La carte d’état-major indique très mal la route pour s’y rendre, il faut en fait passez sous le grand Hôtel – version grand hôtel de l’ère socialiste – pour poursuivre vers des petits villages. Tout se ressemble, il y a des dizaines de routes non indiquées, mais se perdre sur la plateau, entre les bottes de foin et les champs n’est pas pour me déplaire. La rando consiste normalement en un aller-retour pour se rendre au-dessus du Canyon de la Tara, au bout du plateau. Je n’étais vraiment pas rassurée, le canyon est très profond, la falaise franchement raide, mais la vue est à couper le souffle si vous n’avez pas le vertige. LE contraste entre le plateau et le canyon est saisissant. On a préféré faire une boucle pour retourner à la voiture et couper à travers champs façon Bilbo Baggins. Autrement dit, j’ai adoré!

Balade au-dessus des gorges de la Tara : 1h30 // difficulté : facile.

 

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  1. Rando autour du Bobotov Kuk

Cette fois-ci rando en montagne, obligation de s’équiper :bâtons de rando, bonnes chaussures et gros sac pour mettre le pique-nique. On avait mal appréhender le parcours, il n’y avait pas qu’un col à monter mais bien deux, et le premier se grimpait à la force des bras ressemblant plus sur la fin à de l’escalade qu’à de la rando. L’arrivée au premier col, environ 2000m d’altitude donne vue sur une vallée glacière avec en son centre un lac, mais après déjà 4h de marche et orage menaçant on a préféré écourté la balade et ne pas redescendre jusqu’au lac. Comme toute rando de montagne on y rencontre une flore particulière, même si je n’y connais rien, il y avait, parait-il, de superbes gentianes, mais j’ai surtout apprécié de faire la fin de la balade avec des vaches et des moutons guidés par leur berger. Le gros plus de cette rando pour les géographes et géologues c’est l’observation de strates et de plis, vraiment superbes, que l’on voit un peu partout tout au long de la marche. J’étais épuisée à la fin de ces presque 6h de marche, je me suis demandée comment faisait le berger chaque jour pour faire presque la même chose.

Rando autour du Bobotov Kuk : 5h sans pause, 6h si pique-nique // difficulté : moyenne.

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Le Durmitor a été une découverte pour moi qui ne voulait même pas me rendre dans les montagnes, mais quelle découverte! On en ressort apaisé et reposé. Un lieu à voir pour qui aime les grands espaces.

Et pour finir: le tout en image. Une vidéo qui mixe mes trois randonnées en Durmitor. Si avec ça vous n’avez pas envie d’y aller… Je ne peux plus rien.

Conseils pratiques :

Logement – préférer un appartement ou une hutte qui ne coûtent pas vraiment plus cher qu’une tente et qui permettent d’être au chaud et surtout de manger chaud

Nourriture – prix absolument dérisoires

Itinéraire : prendre une carte d’état major, routes pas forcement bien indiquées, mieux vaut déchiffrer le cyrillique.

Les Fjords ne sont pas tous norvégiens: Les bouches de Kotor au Monténégro

DSC_3487Kotor est la plus grande attraction touristique du Monténégro, accessible depuis Dubrovnik, les bouches forment des sortes de Fjords norvégiens dans l’adriatique se creusant en trois baies: la baie de Kotor, la baie de Perast et la baie de Tivat. Finis les hôtels et les lits douillets, nous sommes arrivés à destination et nous commençons le camping, à Morinj un petit village de la baie de Perast, sans charme particulier mais avec une petite plage pour se baigner. La température grimpe rapidement mais malgré l’aspect fermé des baies, la mer est froide. Nous sommes restés 3 nuits dans les bouches de Kotor, de quoi profiter de la baignade et visiter les principaux sites : Perast, Kotor et la péninsule de Lustica.

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  1. Perast

La première chose que j’ai pu constater au Monténégro c’est que rien n’est très grand, les villes en particuliers se parcourent rapidement et les édifices ne sont jamais aussi impressionnants ou majestueux qu’en France ou en Italie. En gros j’ai été assez déçue au niveau culturel, cependant Perast est restée une découverte agréable : l’emplacement du site – au centre de la baie – et le côté vénitien du village en fait une halte incontournable. Ancien repaire corsaire, sous domination vénitienne dès le XVème siècle, Perast a acquis ses lettres de noblesses à la bataille navale de Lépante en 1571 où la ville combattait aux côtés des vénitiens et de la chrétienté contre les ottomans. Il faut savoir que si par chez nous le « péril ottoman » demeurait plutôt abstrait, la preuve en est que la France a préféré ne pas participer à cette fameuse bataille de Lépante ; sur les bords de l’Adriatique et dans les Balkans la menace était toute autre, et les principales constructions militaires – remparts, flottes, etc. – avaient pour but de se protéger contre les ottomans.

 

P1050258 P1050273L’architecture générale rappelle par endroits les palais vénitiens non seulement pour la présence du lion de Saint-Marc – symbole de Venise – mais aussi pour le tracé général de la ville. Perast contenait à son apogée un très grands nombre de palais – on parle de 200 – surmontés grandes fenêtres et de balcons. Aujourd’hui la moitié de la ville paraît inhabitée, en traversant la rue principale on peut apercevoir à l’intérieur des murs que la végétation a repris ses droits. Ne pas manquer de prolonger la visite en montant l’un des multiples escaliers pour avoir une vue sur le campanile face à la baie.

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Au centre de la baie se trouvent deux îles : sur la première se trouve l’église orthodoxe Notre-Dame du Récif. L’île a été érigée artificiellement après une apparition de la Vierge qui aurait guéri un marin se trouvant là, les habitants ont alors renforcé le récif au cours du temps pour y construire un lieu de culte important qu’on peut atteindre par bateau (5 euros la traversée), l’église en elle-même ne m’a pas laissé de souvenir impérissable, mais elle abrite une collection intéressante de dons, notamment de tableaux représentants des tempêtes et des naufrages. En face, une autre île abrite une abbaye devenue propriété privée et donc non visitable mais dont le bateau en fait le tour. Sous la lumière de fin d’après-midi l’île ressemble à  l’île des morts  d’Arnold Böcklin.

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Enfin en retournant vers Pisan, nous avons fait un petit arrête au monastère de Banja où on est accueilli par la mère abbesse après avoir sonné à l’entrée. Elle nous ouvre sa chapelle avec des icônes et nous donne un sirop au miel pour la toux fabriqué par les sœurs, ce qu’on appelle « un remède de bonne sœur ».

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  1. Kotor

A Kotor c’est une toute autre ambiance, le fjord est plus accessible c’est donc ici que se rendent les gros navires de croisières faisant le tour de l’Adriatique, les bateaux déversent les touristes et la tranquillité de Perast est bien loin. La vieille ville est entourée de remparts, elles-mêmes entourées de douves. Sur la montagne qui se dresse au-dessus les remparts s’élèvent aussi et un chemin mène à un lieu de culte, auquel nous ne sommes pas allés, trop chaud, trop long. La cité se développe au XIIe siècle mais la région est propice aux tremblements de terre et aux attaques navales – Frédérique Barberousse ravage la ville notamment – , c’est donc une ville construite par les vénitiens qui reste aujourd’hui. Difficile de ne pas remarquer l’emprunte vénitienne, lion de Saint-Marc, fenêtres type renaissance ou baroque, etc. La ville est un peu trop touristique mais reste très belle, aucun plan concret, les ruelles se suivent dans aucune logique et on s’y perd avec plaisir.

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  1. Péninsule deTivat

Après Kotor nous sommes allés faire un tour en voiture sur la péninsule de Lustica. Le but : trouver une plage, une crique et s’y baigner tranquillement. MAIS le Monténégro n’est pas la Croatie et dispose de peu de côte, chaque centimètre de plage est donc utilisé, exit l’image idyllique de la plage en solitaire au coucher du soleil. Les routes sont encombrées des kilomètres avant d’atteindre la mer, en prime la route est franchement mauvaise et on se fait de belles frayeurs. Le trajet paye pourtant puisque au retour on peut contempler la péninsule qui fait beaucoup penser à la Corse, puis l’ensemble de la baie de Kotor et de Risan au coucher du soleil, et c’est beau !

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Seul petit regret : ne pas avoir emprunter la route Serpentine qui mène de Kotor au parc du Lovcèn et qui offre une superbe vue sur les bouches.

Stari Most: détour en Bosnie -Herzegovine

Nous quittons la Slovénie pour nous enfoncer plus profondément dans les Balkans : changement de décor, changement d’ambiance nous pénétrons après une longue journée de route la dangereuse et mystérieuse Bosnie-Herzégovine.

J’avais beau être petite durant la guerre de Bosnie, ce nom m’a toujours fait peur, et rien qu’à l’idée de me rendre en Bosnie j’en avais des frissons, de peur et de plaisir, de se croire une grande aventurière. Même s’il n’en est rien, l’arrivée dans ce pays diffère du reste des pays d’ex-Yougoslavie : après avoir parcouru quatre frontières sans aucun contrôle nous voici coincés dans un embouteillage pour passer le poste frontière où un policier zélé examine attentivement chaque passeport et chaque assurance voiture qui passe sous ses doigts. On se sent oppressés, craintifs, autour tout est écrit en cyrillique et sous l’orage menaçant – et qui finit par éclater violemment – la pancarte « Welcome to Bosnia-Herzegovina » n’a vraiment rien d’accueillant.

La douane enfin passée – après moult péripéties dignes d’un film de Kusturica, on se met dans le bain – on file sur les petites routes bosniaques : direction MOSTAR.

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Mon a priori sur la Bosnie a du beaucoup compter dans la découverte – rapide – de ce pays, et si j’ai été parfois choquée et parfois déçue, je me sens surtout rendue compte qu’il était difficile d’apprécier cette région sans en connaître l’histoire, en particulier en ce qui concerne la ville de Mostar.

Alors, pour votre culture, rapide retour sur la guerre de Bosnie. Je vous vois soupirer, un peu de bonne volonté, je vous jure que c’est intéressant !

A la fin de la seconde guerre mondiale, alors que les russes arrivaient d’un côté et les américains de l’autre, un jeune communiste un brin nationaliste à la tête d’une armée de résistance s’est empressé de bouter les allemands hors des Balkans, permettant ainsi à la région de ne pas tomber sous l’influence direct de Staline. Ce chef militaire c’est Josip Broz dit Tito, et Tito, même s’il était un chouia dictateur, il est encore aujourd’hui encensé dans tous les Balkans : comme le dit Kusturica « Tito, c’est Tito » point. Ce Tito a donc fédéré les différentes nations des Balkans pour créer la République fédérale de Yougoslavie dont il tint la tête jusqu’à sa mort en 1980, BIEN ENTENDU. Tito a réussi à éviter au pays d’être satellisé par l’URSS et lui a donc permis d’exister sur le plan des relations internationales, participant par exemple aux conférences des non-alignés. Sur la plan intérieur, la nouveauté c’est l’instauration d’un régime rotatif entre les grandes nations du pays : les serbes, les croates, les bosniaques … Il ne faut pas déconner, toute cette politique se fait sur un fond de culte de la personnalité  – Podgorica s’appelait par exemple Titograd – et de répression des opposants politiques. QUAND MÊME.

Après la chute du mur de Berlin qui annonce la fin de l’URSS, la Yougoslavie commence elle aussi à se désagréger sous les revendications nationalistes, ce qui conduit fatalement à des demandes d’indépendances d’où GUERRES.

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Après la Slovénie et la Croatie, c’est au tour de la Bosnie de demander son indépendance. Problème ! La Bosnie est constituée à la fois de serbes et de croates orthodoxes, et de bosniaques musulmans (je généralise). Un référendum a lieu en 1992, boycotté par les serbes, le vote est cependant à majorité favorable et la Bosnie est reconnue officiellement indépendante par la communauté internationale. Oui mais pas par les serbes, ni par les croates (en quoi ça les concerne, je n’ai jamais bien compris). S’ensuit alors une grosse guerre ponctuée par de rares cessez le feu et l’intervention de l’ONU. Le moment le plus violent en étant la destruction du vieux pont de Mostar en 1993.

 Mais la guerre à Mostar c’était quoi?!

Retournons à nos moutons : après avoir traversé des charmants paysages bosniaques en suivant des cours d’eau dans les montagnes, le tout parsemé de très trop nombreux cimetières, aux jolies pierres tombales arborant fièrement ces dates “1992,1993,1994” – ça en fait froid ans le dos, j’arrive à Mostar, grosse ville avec barres d’immeubles et tout le tralala. A peine entrée dans la ville je tombe sur une inscription : « Don’t forget 1993 ». Super ambiance! Le malaise restera présent durant toute ma visite de la ville, en même temps que la joie de voir combien une ville, un pays et une population peuvent se reconstruire après tant d’horreur. Au centre de Mostar ce trouve le fameux vieux pont, détruit, non pas parce qu’il servait de passage stratégique, mais uniquement pour la symbolique : il représentait le lien entre les musulmans et les chrétiens orthodoxes. La communauté internationale a reconstruit ce pont en 2004, tel qu’il était à l’origine. Les bâtiments autours sont d’époques et n’ont – presque – pas été endommagés par la guerre.

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Si le centre est joli : vieux bâtiments, superbe vue sur la rivière et sur la mosquée, ce qui m’a le plus marqué a été les stigmates de la guerre présents partout. Les bâtiments sont pour la plupart criblés de balles, beaucoup sont encore en ruine, et l’endroit même qui nous servait de parking stipulait bien qu’il ne fallait pas garer sa voiture sous les ruines qui risquaient de s’écrouler. Au milieu de ce paysage de guerre la vie a pourtant repris tous ses droits, et le tourisme aussi, on se croirait au souk, à ça prêt qu’en levant un tout petit peu les yeux on voit et on imagine ce qui a pu se passer il y a 20 ans. Mostar est située entre trois collines, le champ de bataille se présentait à peu près ainsi : les croates et les serbes étaient en hauteurs, d’où ils canardaient les bosniaques restés dans la ville.

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Mostar m’est apparue comme une archive vivante. Le côté archi touristique ne m’a vraiment pas plu, mais il faut bien qu’ils en profitent un peu pour se reconstruire économiquement, c’est probablement la ville qui m’aura marquée le plus profondément.

J’en suis ressortie un peu nauséeuse face à la violence humaine, mais avec l’idée que qui sait, un jour on pourra peut être aller en Syrie, dans vingt ans…

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Ljubljana: le village coloré

P1050135Après la traversée de la Bavière et de l’Autriche nous voici arrivés en Slovénie parcourant les dernières montagnes pour atteindre notre but : Ljubljana. L’entrée dans la ville par les grandes artères aux grands bâtiments presque en ruine de l’époque communiste n’avait rien d’encourageant, mais c’est à pied qu’il faut visiter Ljubljana.

La ville est vraiment n’est vraiment pas grande, semblable à une petite ville de province en France, centrée autour d’une rivière où s’alignent des maisons colorées, le tout surplombé par un château.  L’ambiance  empire austro-hongrois. En moindre dimension on pourrait se croire à Prague.

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Il n’y pas beaucoup de choses à voir à Ljubljana : la balade le long des quais pour observer les vieilles maisons, les petites ruelles décorées, la cathédrale Saint-Nicolas, la rue principale, quelques immeubles art-nouveau, le château avec la superbe vue des remparts qui permet de constater que la ville est bien entourée de montagnes. L’université n’est constituée que d’un bâtiment, la bibliothèque et les archives ne font guère plus. Jusqu’au dernier jour la ville ne m’aura pas particulièrement charmée, tout y est mignon mais tout m’a semblé vide, peu vivant. Bref pas de coup de cœur, puis… revenant vers l’auberge de jeunesse je suis passée par des ruelles plus populaires avec des chaussures pendant à tous les fils électriques et des parapluies au-dessus de nos têtes en guise d’abat-jour pour les lampadaires – étranges coutumes slovènes, enfin il parait qu’au Portugal ils font de même avec les ombrelles. Le quartier était plus bruyant, plus animé, un air de village qui change du côté presque eurodisney du reste de la ville. Des tags sur les murs, des bistrots à tous les coins de rue, de vieilles maisons décrépies. Une immense envie de se poser là et de regarder la ville vivre au coucher du soleil.

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J’avais déjà voyagé par la Slovénie et j’en avais retenu l’image d’une contrée brumeuse. Hormis le soleil de la capitale j’ai à nouveau fait route sous la pluie et les nuages, des forêts de sapins s’étendant sur les pentes sauvages, laissant deviner la présence d’ours et de loups. Un pays de légendes, surmonté çà et là d’étranges châteaux et forteresses. Cette petite halte m’a donnée envie de rester plus longtemps pour visiter tout le pays jusqu’aux plus petits villages et bourgs.

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Ulm: l’Allemagne en fête

On est entré dans Ulm sous la pluie et l’orage mais dans la ville régnait une atmosphère de fête, d’attente et d’espoir. La raison ? La finale de la coupe du monde de foot bien sur. Je savais les Allemands portés sur le foot mais il faut avouer que la ville, ou le lander, avait mis les moyens ce soir là : impossible de faire dix pas sans se retrouver face à un écran retransmettant le match. Presque pas un seul Allemand qui ne porte pas autour de la tête une couronne de fleurs rouges, noires, jaunes et un drapeau peint sur la joue. Sur la place de la cathédrale une immense foule est rassemblée, impossible de se faufiler pour voir l’écran géant, on passe notre chemin, il est difficile de visiter la ville ce soir là, les habitants s’agglutinent tous autour des écrans situés dans le centre ville. En contrepartie il n’est pas très dur de trouver une place à l’intérieur des restau pour manger, tout se passe dehors. Et malgré la pluie battante, notre Schnitzel (escalope allemande) une fois finie on se joint au troupeau pour visionner les dernières minutes du match et vibrer de concert avec les Allemands. La nuit fut alors courte et ponctuée de klaxons mais le lendemain une belle surprise nous attend : le soleil ! P1050056P1050055P1050063P1050069P1050074 Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en faisant une halte par Ulm, pour moi c’était principalement le nom d’une des plus grandes écoles françaises, et accessoirement une bataille de Napoléon dont je ne connaissais d’ailleurs ni la date, ni l’issue (1805, Napoléon gagne contre les troupes austro-hongroises). La ville vaut un petit détour si vous décidez de visiter l’Allemagne – un projet de voyage qui à mon humble avis vaut sacrément le coup-. La cathédrale se situe en plein cœur de la ville, très haute, abritant de superbes fresques et des sculptures de bois très détaillées ornant les sièges des chanoines. Le quartier qui entoure la cathédral semble neuf mais réalisé de façon à correspondre à la vieille architecture : une certaine harmonie demeure dans tout le centre-ville piétonnier, à l’exemple de beaucoup de villes allemandes. P1050076P1050092P1050087P1050099P1050081P1050097 La véritable attraction d’Ulm c’est le vieux quartier des pécheurs « Fisherviertel » qui se déroule le long des canaux et jusqu’aux rives du Danube. Des ponts de pierres ou des passerelles de fer enjambent l’eau qui s’écoule lentement vers le fleuve. Les maisons construites sur pilotis ont les pieds dans l’eau, tantôt en pierre, tantôt en sorte de tulle, de toutes les couleurs, elles sont parfaitement décorées, arborant de beaux balcons fleuris voire de petits jardins au bord de l’eau où trônent des vélos, des balançoires, des potagers. Non loin du moulin une imposante sculpture de moineau est plantée au milieu du canal : symbole de la ville. Bien que petit, le quartier est vraiment agréable et je me suis imaginée au moins dix fois vivre dans telle ou telle maison et cette petite virée à Ulm m’a confirmée dans l’idée qu’il fait ma foi bon vivre en Allemagne.P1050079P1050096P1050085P1050094

Milan ou le parfait week-end de printemps

Presque un mois que tournait en boucle dans ma tête la chanson « Week-end à Rome » d’Etienne Dao ; ça tombait plutôt bien puisque je m’envolais le 31 mai au matin pour l’Italie. Ce n’était pas pour visiter Rome en Vespa façon Vacances romaines mais pour déambuler dans Milan en Tram. Malgré mon lourd dossier dans les transports italiens (cf. Une amende non payée prise en mars 2013 entre Florence et Pise pour non compostage de billet), je n’ai pas eu peur de prendre tram et métro, en fraudant un chouïa qui plus est – aventure quand tu nous tiens !

Ma première et principale impression de Milan fut : « Nom de nom ! Moi qui n’apprécie l’Italie qu’en vacances voici une ville dans laquelle je pourrais facilement vivre. » Il faut dire que j’y ai passé suffisamment de temps pour avoir l’occasion de paresser, de me promener, de goûter à la ville sous tous les temps, et de m’imprégner rapidement de l’atmosphère agréable de la cité Lombarde.P1040811

 

Milan, capitale de la mode

J’ai commencé ma découverte de la ville par une virée Shopping où j’ai pu m’acheter le nécessaire pour me sentir en harmonie avec mon environnement : une capeline noire qui m’a value de me faire arrêter à plusieurs reprises à coups de « Bello capello Signora». Les rues qui entourent le duomo, donc le centre de la ville, sont toutes des rues commerçantes, pour la plupart piétonnes. Si la plupart des magasins ici sont (à peu près) accessibles – Zara,H&M, Massimo Dutti, …- la galerie Vittorio Emmanuel II abrite des grandes marques comme Prada. Toute en acier et verre, surmontée d’une coupole, la galerie est impressionnante et témoigne du style architectural du XIXème, contrastant avec le style gothique du duomo. Me limitant à mes faibles revenus, j’ai préféré ne pas tenter le sort en faisant du lèche-vitrine dans le quadrilatero d’oro, une des raisons pour lesquelles il me faudra revenir à Milan, avec plus d’argent.

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Milan culturelle

Ville des Sforza, Milan est depuis le moyen âge un important centre politique et culturel en Europe et abrite aujourd’hui de nombreux musées et églises couvrant une large période de l’histoire de l’art lombarde. Il a été difficile de sélectionner les expos, les musées et les monuments que l’on voulait voir, les horaires un peu particuliers – fermés le lundi ou le mardi, ouverts seulement le matin – nous ont permis de choisir par élimination, nous avons donc fait trois sorties culturelles : le duomo, le musée du novecento et enfin la pinacothèque.

Difficile de rater le Duomo, il se dresse au centre d’une grande place et est visible depuis toutes les artères qui y mènent. Belle architecture gothique imposante et fine, j’ai pu admirer la cathédrale par tous les temps : au soleil de fin d’après midi le premier jour en écoutant assise sur les marches un concert donné sur la place, sous la pluie et les nuages le lendemain, j’ai même pu voir la façade illuminée de soleil tandis que je me trouvais moi-même trempée par une averse à quelques mètres de là.

L’intérieur du Duomo est moins impressionnant que l’extérieur  mais vaut tout de même le détour : cinq nefs (comme Notre-Dame de Paris) dont j’ai tenté vainement de reproduire les enchevêtrements de voûtes, superbes vitraux, tombeau de Charles Borromée – (Homme on ne peut plus important de la fin du XVIe qui a tenté de retransmettre un modèle de cardinal plus proche de ses fidèles et qui ne cherche pas simplement à s’en mettre plein les fouilles -, et étonnante statue d’un homme portant sa peau en manteau, sans doute un travail sur l’anatomie plutôt en vogue à la Renaissance.

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Autre temps, autres mœurs, autre art : c’est parti pour la visite du musée du Novecento (du XIXème siècle) qui se situe en face du Duomo. Je ne connaissais pas grand-chose à l’art italien contemporain, j’avais seulement lu quelques passages dans les guides à propos du « futurisme », ce qui ne m’évoquait pas grand-chose. Le musée est présenté de façon chronologique et thématique et commence par une collection privée regroupant du Picasso, du Braque, du Modigliani, … De quoi se mettre dans l’ambiance. Se suivent ensuite des galeries de peintures futuristes, surréalistes, avant-gardistes, à propos desquelles je n’ai pas retenu beaucoup d’infos. J’ai, comme toujours, eu plus de mal à apprécier les expositions abstraites contemporaines du dernier étage, ce qui a été compensé par la superbe vue que la baie vitrée offre sur le Duomo et la galerie Vittorio Emmanuel, et qui vaut à elle seule le détour.

Petit plus : le museo del Novecento est gratuit pour les citoyens européens de 18 à 25 ans.

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Dernière halte culturelle : le quartier de Brera. Après avoir visité le théâtre de la Scala dont la découverte donne envie de se replonger dans Stendhal, on se dirige vers la Pinacothèque, le long des petites rues animées aux façades colorées. Le musée se trouve en fait au centre de l’école des beaux arts de Milan et la cours principale est donc colonisée par des étudiants, leurs grandes pochettes à dessins sous le bras. Le Musée abrite des œuvres plus classiques, et qui donc m’émeuvent plus. Les premières salles contiennent des œuvres du XIV (mes préférèes) et les dernières exposent des toiles des maîtres hollandais du XVIIe, mais peut-être à cause de la grande richesse du musée, je ne m’y suis pas attardée.

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Milan « à la cool »

Mais ce week end à Milan c’était aussi l’occasion de se poser tranquillement et de profiter de l’ambiance générale et du beau temps.

On commence avec une sieste non prévue au parc du Palazzo Sforzesco. Ce dernier étant fermé, on s’est contentée de prendre des pizzas et une polenta milanaise à emporter dans une sorte de marché de « Food Truck » qui se trouvait devant, pour déguster sur l’herbe. La polenta n’a pas fait fureur, en revanche la sieste qui a suivi et la tranquille balade autour du lac ont remporté l’assentiment de tous. Le palazzo ressemble, comme beaucoup des palais italiens je trouve, plus à une forteresse qu’à un palais tel qu’on pourrait le voir en France. Les longs murs d’enceinte en brique rouge, les tours de guets en feraient presque une prison, ce fut d’ailleurs une caserne où se sont installées à plusieurs reprises les troupes d’occupation.

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P1040932P1040899Le soir autre direction : le quartier des Navigli. Et pour commencer, la descente depuis le Duomo jusqu’aux anciens canaux à travers des rues très passantes, peuplées de bars et de jeunesse. On tombe alors sur d’anciennes colonnes de temple romain, posée devant une église. Les immeubles sont colorés, l’ambiance est joyeuse, on à hâte d’arriver aux Navigli. Le premier canal sur lequel on se retrouve est franchement vide : à peine un ou deux bar, et autant de touristes. C’est ça que le guide nous a vendu ? Poussées par la curiosité on pousse la visite un peu plus loin et on tombe ENFIN sur un canal aux quais entièrement piétonniers, avec une foule grouillante, et c’est ici, sous le soleil qui chauffe encore, que nous nous asseyons, une glace à la main, pour regarder passer les gens, les pieds au bord du canal. Le quartier a beau semblé touristique, il est au moins très animé, de quoi passer une agréable soirée.

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Je suis malgré tout repartie de Milan avec une pointe de regret, de manque, de “il y a quelque chose que je n’ai pas vu”. J’avais initialement prévu de faire un détour d’une journée par les lacs italiens mais le temps tournant à l’orage m’en a dissuadé. C’est pourtant l’un des atouts majeurs de la ville: être une grande ville qui bouge et se trouver à seulement une heure de la grande nature, aux pieds de montagnes. C’est l’une des raisons – pour ne pas dire principale – qui me poussera à organiser très prochainement un week-end “Lacs italiens” pour profiter pleinement de Côme, de Garde, de Bellagio et de ces noms qui me font déjà rêver.

Keep straight and dance jig

Qu’on se le dise, la danse irlandaise est un sport de compétition. Oui, vous avez bien lu, de compétition : avant d’illuminer les planches avec des spectacles mondialement connus comme Lord of the Dance ou Riverdance, ces danseurs ont tous participé pendant de longues années à des compétitions ou championship qui se déroulent un peu partout dans le monde mais surtout, chose peu étonnante, en Grande-Bretagne.

Ma passion pour l’Irlande et ses danses traditionnelles date de mon enfance. J’avais alors six ans lorsque mes parents m’ont emmenée en voyage en Irlande, outre la pluie deux souvenirs me restent : le premier est celui d’un pub dans lequel je me faufilais parmi de grands hommes barbus – dont mon père faisait partis – chacun une chope de bière à la main, la fumée rendait la pièce brumeuse et tout n’était que rire et musique entraînante ; le second je ne sais même plus où il se situe, ni quand, si on me l’a seulement raconté ou si je l’ai vraiment vécu, je ne me souviens que de l’admiration que j’ai éprouvé à regarder des gamines, à peine plus âgées que moi, effectuer des danses rapides et aériennes sur cette même musique entraînante. Je crois que c’est ce jour-là que je me suis dit « Je veux apprendre à faire ça ».

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l y a plein de talents qu’on aimerait posséder dans une vie, de choses que l’on voudrait apprendre, et je ne suis pas peu fière d’avoir réalisé un de mes projets d’enfance. Si c’est la danse irlandaise qui m’a toujours attirée, notamment parce que je devinais cette discipline difficile et impressionnante, j’ai commencé par faire de la danse bretonne, dans une ambiance bon enfant, pour participer aux fest-noz –bals bretons- où l’on danse en groupe ou en couple. C’est lorsque le film « JIG » est sorti, en 2012 que mon envie de faire de la danse irlandaise s’est transformée en besoin. Le film est un documentaire sur les world championships se déroulant chaque année à Glasgow et qui accueillent 6000 participants venus de tous les pays pour gagner le titre de champion du monde de danse irlandaise. J’ignorais alors, comme vous, que ce sport était un sport de compétition. Le film dévoile un monde à part, peuplé de claquettes, de perruques, de robes trop brillantes,  de filles qui abandonnent leur vie pour remporter ce titre prestigieux. Ca m’a semblé drôle mais irréel, et voilà que deux ans plus tard, je me retrouve à mon tour sur les planches, vêtues d’une robe à paillettes, trop maquillée, trop coiffée, les pieds douloureux, le sourire figé pour montrer aux juges qu’aujourd’hui c’est moi la meilleure danseuse.

Bien sûr je ne participe pas encore aux championnats du monde mais à des « Feis » ou compétitions en gaëlique qui me permettent de valider des danses et de passer au niveau supérieur. Je n’avais pas compris en m’inscrivant à la Sarah Clarke Academy qu’il s’agissait d’une école sérieuse, et que Sarah, la directrice, envoyait dès qu’elle le pouvait ses élèves aux quatre coins de l’Europe pour remporter titres et danses. Mais dans cette ambiance si particulière on se prend vite au jeu, on se met sans trop savoir pourquoi à acheter chaussons, puis claquettes (ou hard shoes), puis une robe, à se dire « la perruque plutôt brune ou avec reflet doré ? », à prendre ses billets pour Cracovie, puis Stuttgart, puis Milan ; puis on se produit dans des bars, dans des défilés. Enfin, sans s’en être aperçue on devient une vraie danseuse irlandaise.

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Comment ça fonctionne ?

Il existe quatre niveaux en danse irlandaise : beginners, primary, intermediate et open. La marche entre ces différents paliers peut être très haute et on a besoin de plusieurs années pour la franchir. Dans ces quatre niveaux, il existe en général six danses : quatre en chaussons, deux en claquettes. A côté il existe également bon nombre de danses traditionnelles, identiques partout dans le monde, comme la Saint-Patrick, danse la plus connue et la plus dansée. La chorégraphie de ces six danses est propre à chaque école, chaque professeur décide en respectant les temps et le rythme, ce qui fait qu’en compétition chaque fille produit une danse différente.

La compétition : comme le patinage artistique ou la gymnastique, la danse irlandaise est notée par un juge. Les candidats passent en général deux par deux, puis le résultat final est donné par les juges lorsque toutes les danses d’une même catégorie sont passées. Si le candidat finit 1er ou 2nd dans une danse, il « valide » cette danse et passe donc au niveau supérieur. La déception qui survient lorsqu’on ne gagne pas, ou pire, lorsqu’on arrive 3ème laisse vite place à la volonté de réussir la prochaine et de travailler chaque jour un peu pluss

Ce qui m’a plu dans cette danse c’est avant tout la beauté, la légèreté alliée à la complexité des pas. Même s’il faut du temps pour acquérir une véritable technique, dès les premières danses apprises le résultat est probant et peut impressionner sans forcément être très difficile, la difficulté s’accroît évidemment avec le temps. On peut progresser rapidement en danse irlandaise et exécuter en quelques semaines des pas qui semblaient impossibles à faire. La véritable consécration vient le jour où l’on met pour la première fois ses claquettes, un moment qu’on attend pendant des mois et qu’on regrette aussitôt. Si les soft shoes font déjà souffrir – le principe étant de prendre deux tailles en dessous de sa pointure pour faire de jolies pointes, comme dit ma prof « It has to be like no blood in your toes », et effectivement on ne sent plus ses pieds pendant quelques semaines – les hard shoes sont pires ! Plus lourdes qu’on pourrait s’y attendre, elles donnent à coup sûr des ampoules et ça ne s’arrange pas avec le temps. Les danseuses irlandaises ont en général un paquet de pansements sur elles au cas où. Cependant le plaisir ressenti lorsqu’on parvient ( une fois sur mille) à effectuer une danse de claquette en rythme avec ses partenaires est immense, il naît alors un sentiment de cohésion et d’harmonie.

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En deux ans je me suis découverte complètement différente : première chose, j’aime le sport. Moi, celle qui ne supporte pas de courir plus de 50 mètres et qui pleurait avant chaque cours de sport je suis aujourd’hui capable de danser toute une journée, avec des pieds tordus et qui saignent, la douleur physique ne me fait plus peur elle m’apparaît même normale. Deuxième chose, mon appréhension du look kitchissime a totalement été modifiée, j’ai beau avoir conscience que le costume irlandais est ridicule et s’apparente plus à un défilé de mini miss qu’à une danse traditionnelle, je me prends à trouver que tout de même avec des plus gros diamants on a plus de style. Enfin, j’ai découvert le plaisir que j’ai de faire des compétitions, d’être devant un juge et de se confronter à d’autres filles tout en faisant partie d’une troupe, d’une école et en se soutenant les unes – les autres comme une grande famille.

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Bref. J’ai testé pour vous l’immersion dans le milieu de  danse irlandaise. Et j’ai adoré.

A VOIR: JIG, de Sue BOURNE, 2011

INFO: Sarah Clark Academy

Western au Kurdistan

Etat d’esprit maussade, à traîner son corps et son esprit sous la grisaille de Paris quand l’idée subite m’est venue : pourquoi ne pas aller au cinéma voir « My sweet Pepper Land » ? Plusieurs semaines que je me disais qu’il fallait que j’y aille, mais le beau temps n’aidant pas, j’avais relégué cette activité dans un coin éloigné de ma tête. De la pluie de Paris à lui pluie du Kurdistan il n’y a qu’un pas, et deux heures de plaisir passées au cinéma.

Synopsis: 

Le film suit l’histoire de deux personnages venus s’installer dans le village de Qamarian situé dans la province désormais autonome du Kurdistan irakien. Govend est une jeune institutrice de vingt-huit ans qui retrouve le poste qu’elle avait quitté au village. Baran est un ancien résistant kurde qui reprend du service dans la police afin d’échapper à sa mère souhaitant le marier. Tous deux libres d’esprit se retrouvent dans ce coin reculé de l’Irak où fonctionne encore un système féodal officieux. Le « seigneur » de la montagne, Aziz Aga, voit d’un mauvais œil l’arrivée de ce nouveau policier décidé à faire respecter la loi du pays, ainsi que la présence d’une institutrice célibataire.

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Tous les éléments sont réunis pour faire un bon western :

Le shérif au chapeau de cowboy, circule à cheval, et doit faire face à un refus de son autorité étatique par une autorité ancestrale. Il s’oppose seul avec un faible adjoint à un clan d’hommes supposés hors-la-loi, et qui ont la main-mise sur la population locale. Tels les shérifs américains envoyés dans l’Ouest pour y imposer le gouvernement de Washington et éviter la profusion des bandes armées, Baran, mais aussi Govend, font ici figures de civilisateur. L’un apporte la loi, l’autre la connaissance, mais ils apportent surtout une liberté de pensée et un changement de mentalité de l’Irak d’après Saddam, que l’on suppose venir de la ville. Les premières images du film, où la mère de Baran tente de lui faire rencontrer des femmes à marier, montre que, contrairement aux idées reçues, les femmes en Irak ne sont pas toutes voilées, hormis la mère elle-même, toutes les femmes apparaissant dans le film sont vêtues à l’occidentale. Pourtant, si les mœurs semblent plus libres au début du film : le père de Govend accepte sans trop de difficulté de laisser partir sa fille seule pour enseigner au Kurdistan, à la fin, la mentalité encore engoncée dans la morale islamique revient avec toute sa force : Govend est accusée, par les villageois, et par ses frères eux-mêmes de n’avoir aucun honneur puisque jugée trop proche du shérif. « Vous êtes pires que les soldats de Saddam » leur crie-t-elle alors. La vérité est là, proche du shérif, ce n’est pas de la loi dont la femme irakienne est prisonnière, mais de la mentalité des hommes. La distinction entre les deux protagonistes et le reste des personnages s’effectue rapidement : la bande originale alterne musique traditionnelle avec des plans sur le village et les montagnes, et musique occidentale, musique française pour Govend, américaine pour Baran, lorsque la caméra filme ces derniers dans leur intimité.

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La question kurde

En fond une autre histoire se dresse : celle de la guerre kurde pour l’indépendance. Deux clans s’opposent : les combattantes kurdes du PKK, et le seigneur Aziz Aga et ses hommes qui refusent de voir ces femmes sur leurs terres. Sa haine n’est jamais expliquée : de même que le shérif demande à Govend si ce qui déplaît à Aga est le fait d’avoir une institutrice ou d’avoir une femme seule, on ne sait pas si ce qui le dérange est d’avoir des résistants kurdes de Turquie, ou le fait que ce soient des femmes. La difficulté que rencontrent les deux héros à aider ces combattantes témoignent de la complexité de la question kurde dans cette région : si le Kurdistan irakien est autonome, les kurdes turcs et iraniens combattent toujours pour leur indépendance, mais leur lutte armée n’est pas forcément dans l’intérêt de leurs frères ethniques. Le sujet est grave et pourtant conserve un ton presque comique tout au long du film. Des scènes absurdes et de l’humour noir qui tranchent avec la réalité et la gravité des thèmes abordés : peine de mort, contrebande de médicaments, manque d’éducation, etc.

 

Un film émouvant et esthétique

Golshifteh Farahani et Korkmaz Arslan donnent au film toute sa puissance. Farahani, l’actrice iranienne bannie d’Iran pour sa carrière occidentale et qui a déjà tourné avec Hiner Saleem dans « Si tu meurs je te tue »,  est encore plus belle dans ces vêtements des montagnes. Femme seule et indépendante en proie aux obstacles de la morale et qui trouve son seul soutien dance cet homme ayant fuit la ville pour éviter les mêmes contraintes que lui imposaient les traditions. Malgré les bruits et les jugements des villageois, ou peut-être grâce à eux, les deux personnages se trouvent et se comprennent. Le visage grave et mélancolique, Faharani donne une grande force au personnage et transmet  toute la tristesse et la résignation que connaissent les femmes au Moyen-Orient. Korkmaz Arslan lui donne la réplique, captivant le spectateur de son regard jaune et perçant en shérif calme, silencieux et sûr de lui.

Enfin, le film fait découvrir la province du Kurdistan irakien, région coincée entre les montagnes, à la fois sèche et pluvieuse. Le film est sombre, la pluie et l’orage menacent à chaque scène, jusqu’à se déverser lors du dénouement, sans pour autant dissiper la brume et les nuages qui recouvrent la mentalité des hommes en Irak. Ce paysage est incroyablement mis en valeur par la musique mélancolique elle aussi de Farahani qui compose et joue elle-même de cet étrange instrument : le hang, seule au milieu de la montagne, son écho se répétant jusqu’aux oreilles du shérif, portant en elle l’espoir de cette nouvelle génération d’irakien post-saddam.

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Pour en savoir plus:

– dossiers et articles du monde diplomatique sur la question kurde, ou sur les élections en Irak.

– Entretien de Golshifteh Faharani pour Télérama

Où je joue à l’apprentie géologue

 

La visite de Syracuse ayant duré bien moins longtemps que prévu on se demande bien ce qu’on va pouvoir faire du restant de la journée car Syracuse est sur la pointe est de la Sicile et donc un peu loin de tout. Mais les conducteurs n’ont peur de rien et poussés par la curiosité et le goût de l’aventure on décide de faire la route jusqu’à l’Etna, en espérant le voir cracher du plus près possible.

  • Etna : Où l’on cesse de tourner autour du pot.

 

Cette fois-ci on cesse de le contourner, cap sur la grande montagne que l’on voit déjà fumer de si loin. L’Etna s’élève derrière la ville de Catane, plus grande et plus moderne que Syracuse, on est obligé de la traverser en partie pour atteindre les pentes du volcan. Les guides ne sont pas vraiment élogieux envers Catane, pourtant j’ai adoré la visiter rapidement depuis les fenêtres de ma voiture : comme partout en Sicile on tombe sur des maisons plus qu’à demi en ruines, plus nombreuses et délabrées encore au fur et à mesure qu’on s’approche des pentes. Nombreuses sont les maisons qui ont dû être abandonnées pendant quelques années pour leur trop grande proximité avec les cratères, elles étaient probablement sur le chemin des coulées de lave. Perchées à flanc de colline, certaines me font penser à de grandes demeures presque coloniales mais vides et devenues pauvres, comme je m’imagine qu’on pourrait en trouver en Louisiane aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi mais l’architecture me touche plus encore à Catane qu’ailleurs.

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Marcher sur l’Etna s’est révélé plutôt décevant. Evidemment le cratère qui est entré en éruption n’est pas ouvert au public et se trouve à l’exact opposé de l’endroit où peuvent se rendre les touristes. On profite quand même de la vue sur la forêt de cratères moitié envahie par les coulées de laves et les roches brunes, moitié recouverte d’une végétation foisonnante qui s’étend jusqu’à Catane dans une brume dorée surnaturelle. La lumière de la fin d’après-midi est superbe et me permet de produire un de mes meilleurs polaroïds d’une des pentes de l’Etna.

On repart un peu déçus mais près à partir pour de nouvelles aventures volcaniques : demain, en route pour les îles éoliennes.

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  • Les îles éoliennes : Vulcano

En fait des îles éoliennes nous n’avions pas suffisamment de temps pour toutes les visiter et nous nous sommes contentés de Vulcano pour voir (et surtout sentir) les fumerolles d’un volcan en activité.  Vulcano est l’un des volcans les plus dangereux de l’Europe, probablement avec le Vésuve, le plus dangereux, constamment surveillé car toujours en activité c’est un explosif dont l’éruption peut survenir à tout moment. De quoi donner des frissons de peur avant d’entamer son ascension. Bien sûr si le risque était si grand les îles seraient entièrement évacuées, il y a donc peu de chances que le Volcan se réveille aujourd’hui, alors que je suis dessus, mais j’aime me croire aventurière. Mine de rien il s’agit là du quatrième volcan sur lequel je me rends, et du deuxième dont l’activité est soutenue, qui a dit que je ne savais pas prendre de risques ?

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L’ascension m’a épuisée, elle ne dure que 2h (dans mes souvenirs) mais la montée est vraiment raide et j’ai failli me mettre à pleurer plusieurs fois parce que je n’avais plus de souffle. Heureusement que je ne suis pas montée au Stromboli (durée de l’ascension : 8h). Le cratère vaut vraiment le coup, il y a des fumerolles partout, et pas des petites, on respire le souffre par tous les coins. On peut s’approcher des fumerolles, entendre le bruit, voir le souffre bouillonner (ou je ne sais pas de quelle réaction chimique il s’agit). La vue sur les autres îles éoliennes est superbe aussi et permet de faire de belles photos.

Comme d’habitude la descente est bien plus rapide, on achève cet exercice fatiguant en se baignant dans la mer tout près des sources chaudes, à certains endroits il y a des geysers naturels avec des bulles, rien de bien méchant mais suffisamment pour s’amuser. Je ressors en sentant le souffre encore, avant d’aller prendre le bateau qui s’éloigne lentement des îles en même temps que le soleil se couche. Nous arrivons à terre à la nuit tombée, pas de repos, direction notre dernière étape : Cefalu.

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Et en exclusivité, profitez bien c’est rare: mon petit minois devant l’Etna! Soleil et sourire: la dolce vita a la Siciliana.

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J’aimerais tant voir Syracuse …

Et c’est enfin chose faite.




Ayant quitté Enna au petit matin nous nous sommes dirigés vers l’antique Syracuse en passant par Piazza Armorina. La principale attraction de Piazza Armorina c’est la villa casale, villa romaine retrouvée dans les environs et qui abrite un (très) grand nombre de mosaïques extrêmement bien conservées. Les photos sont en théorie interdites, mais dès le premier appareil photo sorti, les touristes dégainent chacun le leur et il n’y a plus aucun contrôle, ce qui m’a permis de prendre quelques clichés et de vous montrer pourquoi il  faut aller voir cette villa !

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Le ventre creusé par la visite culturelle quotidienne c’est dans la ville même qu’on se pose pour manger, sur une petite place, à l’ombre d’un olivier, on regarde défiler la vie sicilienne en dégustant jambon, tomates et autres mets qui ont un goût d’été et de soleil. Dans la ville basse la vie semble se dérouler lentement, comme l’image que je me faisais de la Sicile. Près de la place se trouve une fontaine municipale et un lavoir encore en activité, les habitants arrivent et repartent avec des bidons d’eau remplis. Je me suis assise sur une marche près de la route pavée qui remonte vers la basilique et je me fais alors klaxonner pour la première fois de ma vie, par un jeune sicilien installé dans son triporteur vespa qui me lance un clin d’œil, persuadé de l’effet qu’il va produire dans son super engin. Je ne peux pas réprimer un fou rire. Le plan drague le plus typique que j’ai pu avoir.

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On repart alors sur l’autoroute toujours aussi cahotante vers Syracuse, laissant l’Etna derrière nous (pour mieux le retrouver par la suite). Malheureusement, ma première rencontre avec Syracuse se fera de nuit, même si j’apprécie de  me balader dans les rues agitées du centre-ville, j’ai plutôt hâte de découvrir la ville le matin.

Syracuse me fait d’abord penser à mon bac de français pour lequel j’étais tombée à l’oral sur une partie de « la prose du transsibérien » de Blaise Cendrars. « Syracuse, Archimède, Et les soldats qui l’égorgèrent, Et les galères et les vaisseaux […] ». J’ai de la chance c’est plutôt un bon souvenir, la première fois où je me suis retrouvée à l’oral devant un jury et où j’ai découvert qu’en plus d’être à l’aise, j’aimais ça. A cause de ça Syracuse était un mystère, une ville imaginaire que je m’étais construite à partir de ces quelques vers décrivant le siège de  la ville. Je ne m’attendais pas vraiment à ce que j’ai pu trouver.

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On a entamé notre visite de Syracuse par le marché : légumes de toutes les couleurs, marchands de poissons à profusion qui crient, qui hurlent. J’ignorais qu’une voix pouvait porter aussi loin et aussi longtemps. Peut-être moins qu’à Enna, les maisons conservent aussi un côté « villas baroques délabrées » qui leur donne un charme fou, agrémentées de linge qui pend ici et là. Beaucoup de détails sont à observer sur les murs : des balcons, des têtes qui encadrent certaines portes, du lierre, des fleurs qui grimpent aux murs, des vespas posées négligemment le long des rues.

Syracuse possède en fait plusieurs quartiers : dans le centre on distingue le Syracuse romain avec sa grande place entourée de palais et d’une église baroque; lorsqu’on pousse vers la mer et le port les rues se rapetissent et deviennent même des coupes-gorges. Plusieurs Siciliens nous recommandent de ne pas passer par là, ou en tout cas de faire bien attention à nos affaires : c’est en se perdant dans ces ruelles qu’on entend le bruit des siciliens vivants, des fenêtres ouvertes on perçoit le bruit de la télé et des couverts qui s’entrechoquent. Juste derrière ce quartier pittoresque on se retrouve en quelques pas dans un quartier moderne qui nous dévoile une Syracuse encore active.

La ville n’est pas grande et on en fait le tour en une matinée, mais il y fait bon vivre. Je repars avec une image bien différente de la Syracuse que j’avais en tête.

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