Art Nouveau à la Robertsau: visite d’un quartier strasbourgeois

Aujourd’hui j’avais envie de vous faire découvrir un des quartiers de Strasbourg, et pas n’importe lequel : celui dans lequel je travaille. Il n’est pas facile de faire un article de ce genre : d’abord parce qu’on ne pense pas forcément à prendre des photos d’un lieu qu’on arpente chaque jour de long en large, ensuite parce qu’en revenant dudit travail on n’a pas forcément envie d’écrire dessus.

Pour le premier problème je l’ai résolu en me forçant un beau soir du début du mois à prendre mon appareil et à matraquer autant que possible les maisons devant lesquelles je passe tous les jours. Pour le second problème, je ne vous parlerai QUE du quartier et non du Travail, bien que la plus belle demeure du quartier soit mon lieu de travail.

Ce quartier c’est l’Orangerie. Depuis les rives de l’Oos jusqu’au parc de l’Orangerie en passant par la grande avenue de la Robertsau, ce quartier regroupe un ensemble de belles demeures du début du siècle, certaines un peu farfelues, et pour la plupart très typées Art Nouveau. Un lieu sympa où se promener si vous avez déjà tout fait à Strasbourg et que le beau temps invite à la flânerie. Et, si vous voulez vous la jouer un peu en vous promenant avec vos amis, voici un minuscule cours d’Art Nouveau qui ajoutera un petit côté « pédagogique » à cet article.

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L’Art Nouveau est un courant artistique de la fin du XIXe et du début du XXe qui est né à Bruxelles et s’est propagé dans le reste de l’Europe de telle sorte que vous trouvez des exemples d’Art Nouveau un peu partout dans la vieille Europe. La particularité de ce mouvement c’est qu’il a beaucoup influencé l’architecture puisque le Manifeste de l’Art Nouveau n’est autre qu’une maison – vous pouvez lire à ce propos mon très vieil article sur l’Art Nouveau à Bruxelles. Les plus célèbres artistes de ce mouvement sont bien sûr Gaudi à Barcelone, Hector Guimet à Paris – celui qui a créé les entrées du métro – mais aussi McKintosh à Glasgow qui a développé un Art Nouveau très épuré et bien loin des courbes originelles.

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Quelles sont les caractéristiques de l’Art Nouveau ?

J’ai ressorti mes cours de fac pour ne pas vous dire –trop- de bêtises mais on peut résumer comme ça : tout ce qui vous rappellera la nature, que ce soit la flore, la faune aquatique – par exemple à  la Casa Batllo de Barcelone – tout ce qui est organique est Art Nouveau. Des fenêtres et des portes rondes, façon trou de Hobbit, de la déco qui ressemble à des plantes ou à des os ; mais aussi des façades figurées ressemblant un peu aux affiches de Mucha. On peut remarque aussi l’emploi de matériaux  différents : beaucoup de fer forgé, beaucoup de bois, mais aussi de la céramique, des matériaux considérés comme peu nobles mais auxquelles on se plait à donner des formes plus organiques avec toujours beaucoup de courbes censées représenter la nature. Les demeures Art Nouveau sont en général des demeures bourgeoises voire des magasins qui indiquent donc dans quel domaine s’est enrichi le propriétaire -par exemple les ateliers de céramique à Lille. Enfin aucun détail n’est ignoré, les architectes de l’Art nouveau utilisant comme objets décoratifs tous les éléments pratiques de la maison:  les poignées de portes, les rampes d’escalier, les barreaux de fenêtres, les cheminées, etc. La maison est conçue comme un être vivant où tout est Art.

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La plus belle, ou du moins la plus typique des demeures Art Nouveau: mon lieu de travail!

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L’Alsace se situe entre deux écoles d’Art Nouveau : celle de Bruxelles et le Jugenstilj germanique – rappelons qu’à l’époque Strasbourg est en Prusse – et l’Art Nouveau s’est donc essentiellement développé dans les quartiers de la nouvelle ville ou le quartier dit « impérial ». Les maisons de l’allée de la Robertsau ne sont pas toutes Art Nouveau, certaines marquent déjà un passage vers l’Art Déco avec des façades beaucoup plus géométriques et droites – un peu comme ce qu’on voit à Glasgow -, d’autres semblent être de simples fantaisies d’architectes, comme cette demeure à moitié normande qui abrite la résidence de l’Ambassadeur d’Italie.

Le dernier truc sympa du quartier c’est qu’il abrite tous les consulats, ambassades  et institutions européennes, et personnellement je m’amuse beaucoup à essayer de reconnaître les drapeaux plantés sur le fronton de certains immeubles. Enfin si vous poursuivez le long de l’Oos vous atteindrez le Parlement Européen par une petite promenade au bord de l’eau paradis des coureurs et de ceux qui promènent leur chien.

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La très étrange ambassade de Roumanie avec sa haute tour de brique
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Ambassade d’Italie, la Normandie à Strasbourg

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Le voilà tout de verre vêtu: le Parlement Européen

Il y a des exemples d’Art Nouveau un peu partout à Strasbourg, dans les quartiers périphériques – Krutenau, Neudorf, Quartier Impérial – mais aussi dans le centre ville et je vous invite vraiment à visiter la ville en levant la tête pour voir tous ces petits détails auxquels on ne fait pas forcément attention. Enfin je ne peux pas résister à vous mettre une photo de la plus belle maison Art Nouveau de Strasbourg qui abrite aujourd’hui le lycée international.

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Bruxelles Art Nouveau

Un beau moyen de parcourir la ville, et surtout le quartier d’Ixelles, en suivant les traces des architectes Art Nouveau du début du siècle.

Mon premier arrêt art nouveau se situe au musée de la BD. Quel rapport entre l’art nouveau et la BD me direz-vous? La bâtiment qui abrite le musée a été construit par l’architecte Victor Horta pour y loger les magasins Waucquez, et à vraie dire, j’ai trouvé plus d’intérêt au bâtiment en lui même qu’au musée.

A Bruxelles on peut trouver dans n’importe quelle rue des immeubles art nouveau qui font face à des immeubles modernes, mais le véritable coeur art nouveau de la ville se situe à Ixelles: la balade débute dans la maison de Horta, père de l’art nouveau.

Il est malheureusement interdit de prendre des photos dans cette maison devenue musée, je suis donc obligée de tout raconter de mémoire, j’en ai pris plein les yeux mais  j’ai surement oublié des détails. La maison de Victor Horta c’est un peu comme une maison d’Alice au pays des merveilles que l’on pourrait visiter. Tout y est courbe, végétal, coloré. On y trouve essentiellement du bois et par endroit de l’acier. En cours d’histoire de l’art ma prof nous avais dis que la maison se développait comme une plante. On a l’impression d’être dans une chanson d’Emilie Simon au fur et à mesure qu’on grimpe les étages, on finit par se retrouver dans un escalier en verrière qui atteint le dernier étage où se situe le jardin d’hiver.

Au delà du fait que le terme “jardin d’hiver” m’ait toujours fais rêver, celui de Victor Horta fut un ravissement: les plantes se mariaient parfaitement avec l’architecture, impossible de savoir ce qui est meuble et ce qui ne l’est pas. Dommage que je ne sache pas dessiner, j’aurai adoré pouvoir rester des heures ici et croquer les moindres détails de cette pièce qui enchante véritablement.

En redescendant jusqu’à l’entrée de la maison on ne peut que regretter qu’il n’y ait pas plus d’étages.

On repart à l’assaut du quartier d’Ixelles pour aller voir toutes les autres maisons construites par Horta et ses successeurs: au programme l’hôtel Tassel, plus classique dans sa symétrie en pierre mais où l’on perçoit encore une ligne toute en courbe; l’hôtel Solvay, qui se trouve au coeur de l’avenue Louise; l’hôtel Van Eetvelde, etc.

Nous passons finalement par l’avenue Louise et redescendons jusqu’au lac à travers quelques quartiers résidentiels où ici et là se trouvent encore nombre de maisons art nouveau reconnaissables à leurs fenêtres rondes, à leurs matériaux peu communs, à la mise en valeur de tout ce qui peut être utilitaire (barreaux, poignées,etc.)

Il reste un autre type d’art nouveau présent à Bruxelles que nous n’avons pas eu le temps de visiter, nous n’avons pu qu’en apercevoir les façades extérieures: il s’agit d’une variation de l’art nouveau plus proche de la vision écossaise de MacKintosh à Glasgow. Ici l’art nouveau est plus épuré, et plus angles. La devanture est encore très colorée voire dorée avec des peintures rappellant Micha (ou peut-être était-ce du Micha). Près du parc du Cinquantenaire on peut visiter la maison Cauchie, exemple de cet autre type d’art nouveau.

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