L’Alsace au fil des saisons

La fin de mon périple alsacien arrive à grands pas et je suis bien heureuse d’avoir enfin pu profiter du soleil et de la douceur printanière. J’ai sorti mon vélo, gonflé et tout propre pour sillonner Strasbourg en profitant de la légère brise du moment et avoir le temps de faire tout ce que je veux : c’est-à-dire rester glandouiller sur mon lit aussi longtemps que possible tout en ne ratant pas les séances cinés qui m’intéressent.

Durant ces huit mois j’ai pu connaître non seulement Strasbourg mais l’Alsace sous différentes saisons avec ses couleurs, ses températures et ses événements qui rythment l’année, j’ai donc décidé de vous faire ici un petit résumé de ce que vous pouvez faire en Alsace selon l’époque de l’année, en commençant par mon arrivée sous le merveilleux automne.

L’Automne : L’Alsace en couleurs

C’est de loin la saison que j’ai préférée, notamment parce que j’ai pu me promener dans les villages et dans les Vosges là où les forêts sont de toutes les couleurs. On dit parfois que les Vosges ressemblent au Québec, sans être allée au Québec ou en Nouvelle-Angleterre j’ai trouvé dans les Vosges ce que je chercherais dans les forêts du nouveau monde : des vastes espaces où la forêt s’étend à perte de vue sur de petites montagnes avec de belles couleurs chaudes et vivantes. Pour voir un peu ces couleurs je vous renvoie à mon article sur mes randos dans les Vosges ici. C’est donc selon moi LA saison où visiter l’Alsace. Mais pas seulement parce que le temps est encore assez agréable pour se promener et parce qu’il y a moins de touristes, il y a une autre raison, non négligeable : c’est la saison de la fête du vin.

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Vous le savez surement l’Alsace est une région viticole et le principal circuit touristique, en dehors de Colmar et de Strasbourg est ce qu’on appelle la route des vins, à faire en voiture, ou à vélo pour les plus courageux – je vous rappelle que ça monte et ça descend beaucoup. Si cette route est très belle en été, elle est absolument magnifique en automne. Que de superlatifs ! Mais c’est à la hauteur de ce que j’ai ressenti en visitant ces petits-villages de la route du Haut-Rhin – Ribeauvillé, Kaysersberg, Eguishem, etc – où les vignes dorées sous le soleil d’octobre donnaient au paysage un air un peu fantastique. Enfin, outre les superbes vignes que vous trouverez sur les coteaux des Vosges, il vous faut assister à au moins une fête des vendanges. Dès mon premier week-end ici une amie m’a emmenée à Barr pour y goûter le vin nouveau, ou plutôt le Riesling nouveau, très sucré, qui se boit comme du jus de pomme…on n’étaient pas sures de pouvoir reprendre la route derrière. Mais dans ces villages on ne se contente pas de boire du vin, on peut aussi suivre la visite guidées de vignes, assister au défilé de la ville – avec cortèges alsaciens, allemands, italiens, tous en costumes -, manger d’excellentes tartes flambées, des vraies faites dans un grand four et dégustées dans la petite cour d’une vieille maison, et SURTOUT voter pour l’élection de Miss vendange !

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L’Hiver : l’Alsace en fête

Décembre et Noël

C’est en Hiver qu’on entend le plus parler de l’Alsace, c’est là où la région fait son plus gros chiffre d’affaire niveau tourisme et on peut dire qu’ils mettent le paquet. Cette année la question était sur toutes les lèvres pendant les deux semaines qui ont précédé les attentats de Paris : va-t-on maintenir les marchés de Nöel ? Et si oui comment vont-ils se dérouler ? Heureusement après que Colmar ai annoncé le maintien de la fête la plus importante de l’année, les autres villes ont peu à peu décidé d’installer elles aussi leur marché, avec une nette restriction des exposants pour Strasbourg, et surtout une grande surveillance un peu pénible pour les strasbourgeois. Mais qu’importe, en cette période où il fait nuit tôt et où l’Alsace est encore brumeuse et froide c’est un vrai plaisir de pouvoir se rendre au marché de Noël. En bonne strasbourgeoise je les ai fuis autant que possible durant le week-end, sauf amis venant spécialement pour l’occasion, afin d’en profiter le reste de la semaine quand il n’y a plus de touristes. Alors plutôt que de rentrer chez soi après une bonne journée de travail pour s’affaler devant une série j’ai préféré arpenter régulièrement les étales de la place Broglie ou de la Cathédrale, en donnant rendez-vous aux copines chez le vendeurs de vin chaud habituel – le meilleur et le moins cher, même si le vin est bien corsé – avant de manger sur le pouce une tartine, des spaetzle ou tout ce qu’on peut trouver de typiquement alsacien sur les marchés. C’est aussi l’occasion de faire ses courses et rapporter à la famille des friandises von Elsass : les bredele, les manele – ces brioches en forme de petits-bonhommes et qui sont devenus mon péché-mignon ici, ou encore un kouglehopf.

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P1020290P1020294P1020317J’ai profité de vivre ici pour visiter d’autres marchés de Noël : ceux de Colmar, tout en finesse, et celui d’Obernai. Mon préféré reste celui de Strasbourg. Je n’ai pas apprécié la foule de Colmar et celui d’Obernai est surtout un marché pour les produits locaux – vins, charcuteries, fromages, etc.

En décembre se tient aussi la fête de la Saint-Nicolas : pays germanique l’Alsace continue de fêter cette fête qui se déroule le 6 décembre et qui est au départ bien plus importante que Noël. Sankt-Niklaus apporte encore dans de nombreuses familles alsaciennes des livres ou des chocolats pour les enfants, c’est aussi le jour où tout le monde mange des Menele !

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Février : Strasbourg in love

En février il fait froid, l’hiver dure depuis trop longtemps, on n’en peut plus, on veut du soleil ou quelque chose qui réchauffe le cœur. Qu’à cela ne tienne ! Depuis quelques années Strasbourg organise un festival pour la Saint-Valentin intitulé « Strasbourg mon amour », c’est certes l’occasion pour les grandes marques, les magasins et les restaurateurs de se faire beaucoup d’argent, mais c’est aussi deux semaines avec des bonnes initiatives en peu partout dans la ville qui changent le quotidien.

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Patinoire de rivetoile, soirées cinémas, journées spéciales dans les musées, concerts au Zénith ou à l’Opéra, toute la ville vit durant deux semaines sur le thème de l’amour, du romantisme, de l’érotisme. Cette année  a innové en installant place Kléber le café des amours, un café/restaurant/chapiteau ouvert toute la journée et jusqu’à tard la nuit où se déroulent des événements gratuits. Des lectures au show burlesque en passant par la boum réservée aux enfants, vous trouverez forcément une soirée qui vous intéresse au café des amours, à accompagner par une bière ou un verre de crémant. Je suis allée à 3 soirées : une mini halte à la soirée slow – guimauve donc géniale -, une soirée guinguette et la soirée de lancement. Le genre d’ambiance qu’on aimerait trouver dans tous les bars ou boîtes : de la musiques de toutes les époques, des gens de tous âges, une déco sympa, une soirée bon enfant à faire avec ses copines ou même avec son mec.

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Février-Mars : Carnavals en Alsace !

Je vous ai déjà parlé dans mon article précédent du grand carnaval de Bâle qui se déroule sur trois jours, mais l’Alsace n’est pas en reste niveau carnaval. Je me suis renseignée là-dessus un peu tard et je n’ai pu assister qu’au festival de Strasbourg qui, bien que petit, accueille tout de même à peu près 30 000 personnes. Coup de chance ce dimanche-là il faisait beau, et assez chaud pour qu’il soit plaisant de rester dehors à regarder le cortège. Musique, bonne ambiance, depuis la place de l’étoile jusqu’à la place Kléber défilaient dragons, clowns, danseuses avec fanfares. Je vous poste les quelques photos que j’ai pu faire avec mon portable en croisant le défilé.

 

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Plusieurs carnavals ont lieux en Alsace entre Février et Mars, le plus souvent le week-end d’après mardi gras :  celui de Sélestat dit « le carnaval des Machores » voit défiler pus de 70 chars avec musique et dégustations de plats typiques de la ville ;  Mulhouse par sa proximité avec Bâle possède elle aussi un grand carnaval très populaire qui se déroule fin février sur plusieurs jours ; Saverne organise elle aussi un carnaval international apparemment assez renommé ; vous pourrez trouver des cavalcades du carnaval dans la plupart des villes d’Alsace et du Bade-Wurtemberg, la tradition y est encore très vivace !

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Printemps/été : douceur de vivre et religion en bord de Rhin

 

Le printemps des bretelles

Quand l’Hiver finit Illkirch-Graffenstaden, ville de la banlieue de Strasbourg, organise son festival : le printemps des bretelles, plus d’une cinquantaine de groupes se produisent durant une dizaine de jours dans cette petite ville accessible par tram. La musique m’a l’air surtout orientée musique balkanique et traditionnelle, le chapiteau principal, le magic mirror, est le même que celui du café des amours pour le festival « Strasbourg mon amour », de quoi promettre une super soirée et une super ambiance. Encore une fois, je n’ai pas pu y assister mais on me l’a chaudement conseillé, donc à faire si vous êtes dans le coin à cette période.

Fêtes religieuses

L’Alsace est une région très fière d’avoir conservé ses privilèges religieux et notamment les jours fériés relatifs à certaines fêtes, je ne m’en plaindrais pas cette année, j’étais bien contente d’avoir droit à 4 jours pour Pâques. Moi qui pensait que l’Alsace était catholique j’ai donc pu apprendre qu’elle était à majorité protestante, et que ces fêtes qui étaient ici conservées, comme la célébration du vendredi saint, étaient en fait des vestiges de la période germanique. Le vendredi saint est en effet fêté essentiellement dans les pays protestants et en premier lieu en Allemagne.

J’ai pu grâce à ma super copine Anne-Laure en apprendre un petit peu plus sur la semaine pascale et sur ce que tout ça signifie : vous savez surement, vous qui n’êtes pas ignares comme moi, que le jeudi Saint – avant le week-end de Pâque – est le jour de la mort de Jésus, les cloches s’arrêtent donc de fonctionner avant sa résurrection le lundi qui suit. Le vendredi saint, jour bien triste pour les croyants, est l’occasion de se remémorer les souffrances du Christ et des chemins de croix sont ainsi organisés par plusieurs paroisses dans les villes alsaciennes. M’étant réveillée à 14h ce jour-là, j’ai bien sûr raté le chemin de croix de Strasbourg qui pourtant m’aurait appris beaucoup de chose sur la Bible, vu que je n’y connais rien. Tant pis pour moi.

Mais j’ai pu découvrir deux autres spécialités pascales de l’Alsace : la décoration des œufs, et l’agneau pascal. Vous trouverez en effet dans la plupart des ménages alsaciens des petits arbres auxquels sont accrochés des œufs décorés, que vous pouvez aussi acheter chez la plupart des fleuristes, sous ces arbres à œufs on retrouve l’agneau pascale, une sorte de gâteau en forme d’agneau qui se déguste à plusieurs, puisque assez bourratif à mon goût.

Depuis deux ans Colmar organise chaque printemps à l’occasion de pâques une fête du printemps qui dure deux semaines, je n’y suis pas allée mais je pense que c’est à tenter.

 Mai : le début de l’été

Mai signifie un peu le retour de l’été ici qui est symbolisé par la réinstallation de « la Guinguette du Rhin », ce bar saisonnier où sont organisées des soirées guinguettes au bord du Rhin dans le jardin des deux-rives – coté français bien entendu. Outre cette guinguette qui fermera ses portes en septembre, plusieurs événements sont organisés : le festival celtique de Strasbourg, qui se déroule le premier week-end de mai, comprend, outre des spectacles et des concerts, une parade celtique le samedi après-midi dans le centre de Strasbourg où l’on voit défilé cercles celtiques, Bagad et autre pipe-bands de toute la région rhénane, d’Heidelberg à Bâle en passant par Nancy.

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Le dimanche précédant la pentecôte je vous conseille d’aller visiter Wissembourg où se tient un traditionnel défilé alsacien avec des costumes typiques, une ambiance sehr sympa pour visiter cette ville encore très bien conservée.

Juillet/août : je ne suis venue en période estivale que pour les vacances, je ne peux pas dire vraiment quels événements sont organisées hormis le feu d’artifice du 14 juillet au parc de la citadelle, et le bal traditionnel de la place de l’étoile. En revanche tous les soirs la cathédrale est illuminée dans un spectacle d’une demi-heure, et moi qui était assez réticente à ce spectacle son et lumière, je suis vraiment tombée sous le charme. C’est une façon géniale de voire la cathédrale autrement et d’être attirée par tous les petits détails qu’on ne remarque pas.

Si vous décidez de passer des vacances ou seulement un week-end en Alsace, peu importe la ville ou le village, je vous conseille de vous rendez à l’office du tourisme, il est rare qu’une fête ou un grand marché ne soient pas organisés le week-end, il serait dommage de rater cette animation.

Un automne en couleur: randonnées vosgiennes

 

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Je poursuis ma découverte de l’Alsace par une visite dans les Vosges. C’était le grand but de mon automne ici : faire une randonnée dans la forêt vosgienne, avec de superbes points de vue sur toute cette étendue multicolore. Vision idyllique de l’Alsace, de la nature et de l’automne. J’ai réussi à faire cette randonnée et avoir ces super points de vue, mais petite déception : je n’avais pas pensé qu’en faisant une balade en forêt ce que je verrais ce serait surtout des arbres, des racines, encore des arbres et le tout en quantité suffisamment dense pour apercevoir assez peu le paysage. Alors j’ai séparé le plaisir en deux : une journée pour s’en mettre plein les mirettes – enfin surtout une petite heure sur un super point de vue du mont Saint-Odile, où je suis retournée par la suite pour une vraie balade-, et une autre pour faire une balade dominicale dans les bois dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines avec parcours historique à la clé. C’était tout comme je l’avais voulu avec la bonne soupe forestière dans une ferme vosgienne en prime !

Attention, article un peu long!

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  • Le mont Sainte-Odile

C’est la première rando qu’on m’a conseillée quand je suis arrivée ici. Il en existe plusieurs qui débutent au mont Saint-Odile ou qui y passent. Ce mont, qui s’élève à 764m d’altitude est l’un des plus connus d’Alsace et offre une vue imprenable à la fois sur les Vosges et sur la plaine d’Alsace. C’est beau. Pourquoi le plus connu d’Alsace ? Parce que au sommet du mont se tient un monastère abritant le tombeau de Sainte-Odile, la patronne de l’Alsace, et c’est le lieu de pèlerinage numéro 1 en Alsace.

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Pour ne pas mourir idiote j’ai pris quelques notes sur cette fameuse sainte-Odile, et parce que les histoires de saints sont toujours plutôt sympas et rocambolesques, je vous raconte ça en quelques mots : Sainte-Odile est la sainte patronne de l’Alsace, née dans le village d’Obernai à l’époque mérovingienne – son papa s’appelle très simplement Etichon-Adalric, nom typiquement Austrasien – et il lui est arrivé, comme à la plupart des saints, quelques bricoles. Elle commence par naître aveugle, déshonorant la famille par son handicap; elle est donc envoyée dans un monastère où elle est guérie par l’évêque Erhard de Ratisbonne, mais elle reste exilée. Son frère prend sa défense et la fait revenir, le papa, pas content qu’on lui désobéisse, tue sa progéniture, ce qu’il regrette amèrement par la suite et décide alors de pardonner à sa fille.

C’est à ce moment qu’Odile reçoit la visite de saint Jean-Baptiste qui lui demande de fonder l’abbaye de Hohenbourg, aujourd’hui Sainte-Odile, sur un mont des Vosges qui surplombe Obernai. Ses ennuis ne sont pourtant pas finis : elle meurt quelques temps plus tard mais trop rapidement pour qu’on puisse lui administrer les derniers sacrements. Quelle injustice pour cette sainte qui avait, entre temps, accompli deux, trois miracles ! Les religieuses parviennent à faire revenir son âme pour recevoir ENFIN la communion portée par un ange. S’éteint alors Sainte-Odile qui deviendra la figure de l’Alsace canonisée par le pape Léon IX – pape lui-même alsacien – au XIe siècle, puis désignée patronne de l’Alsace par Pie XII au XXe siècle.

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Le Mont Sainte-Odile n’est  pas connu seulement pour son abbaye : tout autour du mont se dresse, ou plutôt se dressait, un mur appelé « Mur païen » antérieur à l’époque romaine. Ce mur serait une des grandes énigmes archéologiques, encerclant la montagne autrefois lieu de culte païen – pour les Celtes comme pour les Alamans. Il reste assez peu de vestiges de ce mur, ou en tout cas pas suffisamment pour se faire une idée de ce que ça pouvait être lors de sa construction.

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Plusieurs balades permettent de longer le mur sur un nombre variable de kilomètres et de faire ainsi un petit tour sur le mont pour observer le panorama sur la plaine d’Alsace, lorsqu’il fait très beau on peut même voir la forêt noire. La rando que j’ai faite durait une heure, rien de bien méchant, parfait pour un dimanche en famille. Il faisait beau et beaucoup trop doux pour un milieu de mois de novembre, on entendait le vent qui grondait sur les cimes des sapins mais beaucoup trop d’arbres pour qu’il n’arrive jusqu’à  nous. La vue depuis le Mont est toujours aussi belle, mais deux semaines plus tard il n’y a plus ces jolies couleurs d’automne. D’ailleurs à l’heure où j’écris il n’y a plus aucune couleur du tout puisque les Vosges dont devenues toutes blanches. Et j’ai hâte d’y retourner pour voir ça !

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  • Le Val d’Argent et Sainte-Marie-aux-Mines

La seconde rando que j’ai faite était dans le Haut-Rhin – au sud de l’Alsace donc – dans une vallée appelée le val d’argent. Sur le col de Sainte-Marie, situé au-dessus du village de Sainte-Marie-aux-Mines, coin un peu boudé par les alsaciens parait-il. Nous avons randonné sur le chemin des soldats, dans la forêt toujours, à l’emplacement de l’ancienne frontière entre la France et l’Allemagne, frontière actuelle entre le département du Haut-Rhin et celui des Vosges. La borne frontière de 1871 se dresse d’ailleurs toujours sur le parking. Ce n’est pas le seul vestige de cette rando : entre les bois, les fougères et les quelques supers points de vue sur la vallée, on trouve des blockhaus de la première guerre mondiale avec quelques panneaux justifiant le nom du chemin. Frontière disputée en 1914 des combats ont évidemment eu lieu à cet endroit stratégique, et ces ruines donnent froid dans le dos.

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Le col de Sainte-Marie a été un lieu de passage très fréquenté depuis le Moyen-âge: frontière, il est à la fois zone de dispute, les villages de part et d’autre du col sont souvent ravagés, et zone de transit en temps de paix. La région est notamment très touchée par les guerres que Louis XIV mène en Hollande et ses troupes passent à plusieurs reprises le col. Mais la grande guerre qui  est restée dans les esprits en Alsace c’est la guerre de Trente ans (1618-1648) qui a opposé les français aux Habsbourg d’Autriche et où se sont distingués les Suédois, alliés des Français, par leur habileté à tout détruire : des retranchements sont ainsi construits sur le col, pareils à ceux de la 1ère guerre mondiale, en prévision du péril suédois.

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Je me suis un peu étendue sur les indications historiques, on retrouve vite ses mauvaises habitudes, mea culpa. Au-delà de son intérêt historique la rando, en cette période du moins, offre un vrai dépaysement : loin de tout, dans une forêt qui arbore encore ses couleurs d’automne, dans une région d’Alsace peut-être un peu plus sauvage que le reste. Deux heures de calme avec même pas trop de montées, juste ce qu’il faut pour entretenir ses muscles fessiers. Ce que j’ai préféré ? Le pique-nique sur le col surplombant la vallée verte, orange et rouge, le soleil qui se montre juste à ce moment, idéalement pour piquer un petit somme en écoutant les bruits de la forêt.

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Dernière anecdote, et non des moindres : c’est de cette vallée que viennent les Amish. Alsace, le berceau des Amishs, qui l’eût cru ? Le fondateur du mouvement amish, Jacob Amman, n’est autre qu’un Suisse exilé en Alsace au XVIIe et qui a fondé ici une variante du culte protestant, plus austère. Mais à cette époque Louis XIV décide que non, vraiment, il n’aime pas les protestants et demande à ses sujets de changer de religion ou de s’exiler. Les Amish partent donc pour Amsterdam et de là prennent un bateau pour le nouveau monde afin d’y exercer leur liberté de conscience dans l’Etat tolérant de Pennsylvanie. Il parait même que certains Amishs parlent encore un dialecte ressemblant fort à l’Alsacien.

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Expatriation en … Alsace

Strasbourg – jour 35

Un peu plus d’un mois que je suis à Strasbourg. Le temps de faire un point. En théorie il ne s’agit pas vraiment d’une expatriation puisque je ne quitte pas ma « patrie », la France, mais s’installer dans une autre région, et encore plus dans une région avec une très très forte identité comme l’Alsace reste dépaysant.

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Il y a ici beaucoup de choses nouvelles. Pour commencer le temps : j’étais déjà venue plusieurs fois à Strasbourg, en été et en hiver, je pensais bien connaître la ville, être prête à endurer le froid de l’hiver et la chaleur de l’été. J’avais juste oublié les autres saisons. J’ai pu me délecter d’un début d’automne magnifique, les arbres très colorés, le soleil qui réchauffe, la lumière dorée, et je découvre depuis peu la fin d’automne un peu gloomy : du brouillard matin, midi, soir.

Après m’être dit que c’était « passager, ça va c’est normal le brouillard fin octobre. » J’ai compris que non, le fog à Strasbourg c’est presque tout le mois de novembre, la ville entière est dans un nuage et il en va de même pour les villages du Bas-Rhin. La faute au Rhin ? Aucune idée, mais le fait est qu’en sortant d’Alsace le brouillard s’évapore et qu’il y a enfin ce grand ciel bleu qui « rayonne sur toute la France » comme nous dit madame Météo. Preuve que Strasbourg c’est pas vraiment la France.

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Autre découvert: l’identité strasbourgeoise. Je m’attendais au rejet habituel des parisiens, à la forte identité de région, mais j’ai découvert qu’à Strasbourg on était certes alsacien, mais aussi européen. La ville ne cherche pas à rivaliser avec Paris : Paris est capitale de la France, Strasbourg se veut capitale de l’Europe. Sa véritable rivale c’est Bruxelles. Et d’ailleurs on ne parle pas de la mairie de Strasbourg mais de l’Eurométropole. Ce n’est pas pour rien si certains souhaitent appeler la nouvelle région « Eurorégion » , mais personnellement je préfère le nom d’Austrasie…

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Strasbourg est une grande ville avec banlieue mais… les villages sont à deux pas. Issue de ma banlieue parisienne pour moi un village c’est ce trou paumé au fin fond de l’Essonne ou des Yvelines avec 6000 pauvres habitants. Attention, ici il s’agit d’une ville, et elle est à moins de 10 minutes de Strasbourg, les gens y vivent, certains y travaillent. Et oui, dès qu’on sort de l’agglomération on est dans les vignes, puis dans les Vosges. La nature est à côté et avec elle les randos, les châteaux, et le grand air. Et peut être même un peu de ski cet hiver.

WP_20151104_003Un mois donc et j’en découvre encore beaucoup. Je ne m’habitue pas encore à écouter les vieux passer de l’alsacien au français comme s’il s’agissait d’une même langue, ou à entendre cet accent encore plus abrupt que l’allemand dans les bouches des jeunes – il paraît qu’on l’attrape vite, prévenez-moi si jamais. Je ne m’habitue pas non plus à partager mon espace avec des vélos, partout, tout le temps, même si j’en ai un aussi et que j’ai hâte de m’en servir pour embêter les piétons. Je suis toujours heureuse et étonnée de traverser les vieilles rues aux noms pittoresques – la rue-au-vieux-cochon-de-lait – avec des maisons à colombage et je ne me lasserai jamais de contempler la cathédrale.

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Ici les gens commandent vraiment des Bretzels chez le boulanger – super et pas cher pour caler une petite faim. Je suis toujours incapable de prononcer certains mots comme « Spaetzle ». Je n’ai pas encore bien compris ce que c’était que les « Stammtischs ». Je n’ai encore jamais lu les DNA, Dernières Nouvelles d’Alsace, mais ça ne saurait tarder. Je trouve ça incroyable d’être en Allemagne en quelques minutes de vélo et d’aller y faire ses courses comme si tout était normal. Je me moque encore d’eux parce qu’ils ne savent pas dire correctement « Krutenau »  et « Broglie » et pourtant j’ai pris l’habitude de faire la même chose.

Mais surtout, surtout : je ne m’habitue pas au fait que mes cheveux se soient mis à boucler sous ce climat.