Belize – le dépaysement assuré

Il y a des pays dans lesquels on rêve d’aller et d’autres qu’on ne connaît que parce qu’on s’amuse sur internet à des jeux de géographie (jetpunk si vous voulez tout savoir). Le Belize fait évidemment partie de la seconde catégorie ! Même si je savais à peu près où le situer – en Amérique centrale – il ne m’était jamais venu à l’esprit que je pouvais visiter un jour ce pays, mais en mettant les yeux sur une carte du Mexique et du Guatemala on s’est aperçu avec Jéromine qu’on serait bien sottes de ne pas en profiter puisque c’était sur le chemin !

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Arrivée à Caye Caulker sous le soleil : les auberges et hotels s’alignent le long de l’île sans en faire trop.

Et comme c’était très exotique et inhabituel de dire « je vais au Belize », c’est devenu LE pays qui m’intriguait le plus de ce voyage, je -ou plutôt on – ne savait absolument pas à quoi s’attendre. On a vite compris qu’il s’agissait d’un pays anglophone en pleine Amérique hispanophone, qu’il était régulièrement colonisé par les Américains, la monnaie est d’ailleurs calquée sur le dollar américain. Le Belize c’était aussi un pays du Commonwealth et sur ces dollars on trouvait le visage de la reine Elizabeth II.

Enfin c’est le pays des Garifuna, ces esclaves évadés des îles de Saint-Vincent et de la Dominique, qui se sont mélangés avec les populations locales, donnant naissance à une culture bien particulière. Bref le Belize c’est un joyeux micmac qu’on avait bien du mal à se représenter.

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Prêts à traverser le pays dans un vieux bus scolaire?

Le Belize est un petit pays à côté du Guatemala ou du Mexique, c’est pourquoi nous avions décidé de n’y passer qu’une petite semaine afin d’en voir le principal : un site maya, une île paradisiaque, et de passer  une nuit dans l’ouest du pays, dans les « Maya mountains ». Je m’étais finalement fait l’image d’un pays mystérieux, peu peuplé, avec peu de touristes et des îles dignes des meilleurs films de piraterie. Nous avons été déçues par le site maya ET par l’île mais nous avons malgré tout adoré le pays : parce qu’on ne s’attendait pas du tout à cette ambiance si particulière qui en fait une des meilleures étapes du voyage.

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Centre de Belize City, un petit côté Nouvelle-Orléans un peu délabrée

L’Arrivée à Belize City

Depuis Bacalar au Mexique nous avons choisi la facilité : un bus mexicain moderne qui nous emmenait directement à Belize City, ancienne capitale du Belize, la ville d’où partait le bateau pour Caye Caulker (la fameuse île anciennement pirate).

La frontière une fois passée nous arrivons dans un autre monde, peut-être même un autre siècle. Je n’ai malheureusement pas pensé à prendre des photos ou des films de la traversée du Belize mais elle était pour le moins étonnante. Sur des routes un peu cahotantes s’étalent des maisons en bois, souvent sur pilotis, ressemblant à s’y méprendre à d’anciennes cases d’esclaves légèrement brinquebalantes. Devant ces maisons sont attachés des chevaux, des chèvres, des boucs qui broutent paisiblement l’herbe autour. Du linge sèche sur les fenêtres, les écoles et les églises sont de grands bâtiments en bois surmontés d’une croix et on croise régulièrement des fillettes en uniforme  qui rentrent de l’école.

En une frontière le changement est radical!

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Cette photo aurait pu être très chouette sans le flou. On voit bien que la population du Belize n’est pas vraiment la même qu’au Mexique et au Guatemala.

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L’arrivée à Belize city fut quelque peu chaotique : notre logement ne se situe pas du tout en centre ville et la couleur et l’odeur de la chambre nous font vite rebrousser chemin. Sauf que maintenant il faut retourner dans le centre pour essayer de trouver un autre gîte !

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La ville ne s’est jamais vraiment remise de l’ouragan Hattie de 1961. La capitale a été déplacée à Belmopan, moins sujette aux ouragans.

Ce sera notre première fois en « Chicken Bus », ces anciens bus scolaires américains, rénovés pour accueillir des hauts parleurs et enceintes diffusant du reggae, qui constituent le moyen de transport le plus courant au Bélize mais aussi au Guatemala. Alors qu’on erre sur le bord de route espérant la venue d’un taxi – nous n’avons aucune espèce d’idée de l’endroit où nous sommes – un de ces bus s’arrête et nous fait monter. Je vous laisse imaginer la tête des passagers en nous voyant grimper dans ce bus. (Précision : la population du Belize est en grande majorité afro-caribéenne, il était difficile de passer inaperçues.)

Parvenues au centre ville nous visitons plusieurs adresses (fermées, pleines, …) avant de céder, et de payer plus que notre budget habituel pour avoir un logement décent et surtout une bonne douche !!

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Le port de Belize City.

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Une fois posées les ennuis ne sont pas finis : nous devons faire au moins 3 ou 4 banques pour réussir enfin à tirer de l’argent, dans la nuit tombante, là où les guides nous disent de nous méfier parce que le lieu n’est « pas sûr ». Mais de l’argent en poche et une douche nous permettent de nous remettre bien vite et de partir explorer Belize City. La ville n’est certainement pas la plus belle des Amériques: petite, sans grande vie culturelle mais allez savoir pourquoi elle nous plait !

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Difficile de se dire qu’il s’agit de la plus grand ville du pays et du coeur économique.

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On voit que les maisons auraient toutes besoin d’un bon ravalement de façade, que la population n’est pas vraiment riche, et qu’il n’y a pas grand chose à faire, mais on sent ici une ambiance typiquement caribéenne. Malgré les recommandations des guides nous ne nous sentons à aucun moment en danger, les gens sont tous adorables, les taxis nous indiquent le chemin quand on leur refuse la course ; les hommes nous saluent d’un « Hey G’al ! Have a good night » sans jamais insister. Encore toute imprégnées de #meToo et prêtes à s’indigner d’une parole en trop on en reste ébahies : certains français devraient venir prendre des cours de savoir vivre au Belize.

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Lamanai
J’avais beaucoup rêvé Lamanai, ce site maya en plein cœur de la jungle, qu’on ne peut atteindre qu’après une heure de bateau dans la mangrove. Je nous voyais déjà coiffées du chapeau d’Indiana Jones, approcher sans bruit ce site sacré pour ne pas attirer les grands fauves qui ne manqueraient pas d’être cachés.
Spoil: ce n’est pas ce qui s’est passé.

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La Canopée , la jungle et la New River
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Temple aux masques de Jaguar

Si les belles pyramides et la joie de pénétrer sur mon premier site maya laissent un bon souvenir, la visite n’a pourtant pas été particulièrement plaisante. Le trajet en bateau était trop long – nous avons même pris nos liseuses pour le retour, c’est vous dire combien le chemin était passionnant -, il ne faisait pas le temps merveilleux que j’imaginais et le guide ne pensant qu’aux belles photos que nous pourrions prendre, nous pressait sans arrêt pour que nous soyons à tel ou tel endroit avant l’arrivée d’autres touristes. Nous étions loin d’Indiana Jones !

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Reste que la vue sur la canopée et sur le fleuve qui serpente au loin était impressionnante et laissait imaginer tout ce que cette jungle pouvait renfermer comme trésors des temps anciens.

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Coucher de soleil au bout de l’île de Caye Caulker

Deux jours de rêve à Caye Caulker?
Fêter mes 27 ans sous le soleil des Caraïbes, les pieds dans l’eau turquoise. En voilà une belle image que j’avais hâte de vivre. Mais nous avons finalement passé ce jour là sous la tempête tropicale, en polaire et coupe-vent, après une matinée à rester sous la couette à bouquiner. Pas très différent du mois de janvier à Paris !

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Pas de plage de sable blanc à Caye Caulker, mais on peut louer des chaises sur la “plage” principale
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Des rues de sable, ici on marche pieds nus sans problèmes.

Caye Caulker possèdait deux choses que nous n’aimons pas en voyage : une foule d’Américains réunis au même endroit avec bien peu de locaux, et AUCUNE plage de sable fin. Mais une fois ces deux déceptions passées ce court séjour sur l’île aura tout de même été une expérience inattendue et intéressante. Malgré l’absence de plage, le bout de l’île est une grande place découverte d’où on peut profiter d’un superbe coucher de soleil autour d’un feu, j’ai adoré l’ambiance cool et douce qui se dégageait de cette place bordée d’eaux aux couleurs si différentes, à l’endroit où l’ouragan Hattie en 1961 a découpé l’île en deux.

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Après une journée et une nuit de tempête tropicale on ramasse les feuilles de palmiers, il y en a partout sur l’île.

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On se croirait en Jamaïque, il faut dire qu’on n’est pas si loin que ça!

L’île est petite et vous en aurez vite fait le tour à pied, mais certaines ruelles sont très agréables, on y rencontre des oiseaux, des barques très photogéniques, et quelques locaux aux dreadlocks qui se balancent sur la musique reggae qu’on entend d’un peu partout. Nous avons cependant réussi à nous perdre pour aller déguster des langoustes dans un petit boui-boui très convivial.

Caye Caulker, comme sa voisine Amburgis Caye, est un haut lieu du tourisme américain mais il ne semble cependant pas entièrement dénaturé : on y retrouve un petit quelque chose de ce qu’on a pu voir à Belize City. Si les touristes viennent ici c’est en priorité pour y faire de la plongée et du snorkelling, la barrière de corail du Belize est la 2eme plus grande au monde après l’Australie. Le temps et le coût de cette activité nous ont dissuadées d’essayer mais je pense que cette expérience rend ce séjour inoubliable !

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Une expérience hors du commun nous attendait cependant pour achever ce séjour sur l’ancienne île pirate: pour fêter mes 27 ans nous avons tout de même décidé de braver la tempête et de parcourir les cent mètres nous séparant d’un bar assez animé. Et pour cause! C’était un bar américain qui accueillait ce soir là un karaoké, tous les Américains de l’île avaient dû se donner rendez-vous là et le temps d’une soirée nous nous sommes retrouvées en plein Kentucky à écouter de la country, médusées mais surtout amusées.

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Traverser le pays De Belize City aux Mayas Mountains à la rencontre des mennonites

Notre dernière étape au Belize nous l’avons effectuée en Chicken Bus, bien installées derrière un mennonite. Vous ne connaissez pas les mennonites? Il est pourtant impossible de les rater quand on se rend au Bélize tant ils se distinguent du reste de la population. Si vous voyez un blanc au Belize vous avez d’ailleurs toutes les chances qu’il soit issu de cette communauté. Cette congrégation religieuse originellement hollandaise, semblable aux Amish, vit comme au XIXe siècle : point de technologie, des chevaux au lieu de voitures, des vêtements typiques du XIXe hollandais. Installés après moult pérégrinations au Belize ils sont aujourd’hui les principaux vendeurs de fruits sur les marchés du Belize et on peut les voir chaque semaine au marché de Belize City.

Vous vous en doutez nous étions extrêmement intriguées par ce grand homme blanc et roux avec son chapeau de paysan et ses vêtements anachroniques, nous trépignions d’envie de lui adresser la parole mais comment ne pas être envahissantes voire insultantes?

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On s’approche du Guatemala, les bus changent de couleurs.

C’est alors que notre mennonite se tourne vers nous, l’air particulièrement intéressé, et en quelques minutes le voici qui s’excuse de nous poser mille questions sur notre vie. Nous n’avons plus aucune peur de lui faire part de nos interrogations sur son style de vie, auquel il répond avec joie, avec un esprit bien plus ouvert que nous aurions pu l’imaginer. Il nous propose de venir visiter sa communauté mais nous n’avons malheureusement pas le temps, nous devons être le lendemain au Guatemala. C’est la rencontre la plus imprévue et peut être la plus enrichissante de ce voyage. Les communautés religieuses de ce type font l’objet de nombreux fantasmes et nous sommes toujours très curieux de savoir comment la vie se passe vraiment là bas.

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Le pont de San Ignacio,  ville étonnement apaisante

La traversée du Belize d’est en ouest sera sûrement la partie que j’aurai préférée : voir se succéder à nouveaux ces vieilles maisons de bois colorées, voir défiler les gens, les uniformes scolaires, distinguer quelques mennonites qui attendent aux arrêts de bus, la peau blanche et les cheveux des femmes ceints de tissus contrastant avec le reste de la population. Apercevoir au loin les montagnes verdoyantes qui se rapprochent, pénétrer dans un nouveau pays plus humide et plus vert sous une bande son de reggae. Jusqu’à la ville à majorité maya de San Ignacio où les maisons redeviennent en dur, où l’ambiance montagnarde est bien loin de Belize City et de la côte, mais tellement agréable qu’on hésitera toute la soirée à rester un jour de plus ici pour faire une rando ou visiter une grotte.

La nuit mouvementée dans l’auberge de jeunesse nous aura convaincues au matin : nous partons le plus vite possible pour Flores au Guatemala, avec l’idée qu’il y a pourtant encore de nombreuses choses à voir au Belize !