Mes dernières lectures – Essais

J’ai commencé à lire des essais il y a seulement deux ans. Auparavant j’avais du mal à comprendre comment on pouvait préférer se caler dans son fauteuil avec un livre qui demandait de réfléchir et d’être en contact constamment avec la société ou la science plutôt qu’avec une bonne oeuvre de fiction qui permettait de s’évader un peu.

Et puis j’ai lu “Sorcière” de Mona Chollet, et je me suis sentie plus intelligente. Plus que ça, la lecture d’essais procurait une sensation agréable car elle m’obligeait à lire plus lentement, à prendre mon temps, alors que je peux avoir tendance à dévorer trop rapidement les fictions – surtout que je lis beaucoup de fictions jeunesse. Finalement lire des essais était un prolongement assez logique à l’écoute plus régulière de podcasts: j’entends quelqu’un qui m’intéresse, je vois qu’il.elle a écrit un livre, j’ai envie d’approfondir la réflexion sur ce sujet.

Peu à peu je m’aperçois que j’ai presque toujours au moins un roman et un essai à lire en même temps, et ma pile à lire devient de plus en plus préoccupante! Comme beaucoup je n’ai pas vraiment lu pendant le confinement, j’ai commencé à reprendre un peu après avec l’ambition de pouvoir vraiment me replonger dans la lecture pour les vacances. Pour vous donner envie je vous présente aujourd’hui quelques essais que j’ai pu lire cette année, de quoi emporter dans votre valise si vous voulez changer des romans!

Sylvia Pankhurst, Mari-Hélène Dumas, éditions Libertalia

Une biographie comme on les aime. En quelques phrases nous voici plongés dans la vie de Sylvia Pankhurst, figure méconnue du mouvement des suffragettes – on entend davantage parler de sa mère Emmeline, mère du mouvement des suffragettes. Deuxième fille de cette famille militante, Sylvia mériterait pourtant  d’être mieux connue. A la fois féministe, communiste et anti-colonialiste, elle prend part à de nombreux combats du début du XXe siècle et demeure toujours fidèle à ses idées souvent novatrices et à sa manière de lutter, quitte à rompre avec sa famille.

On dévore ce livre rapidement. Au fil d’une écriture originale qui donne un aspect romanesque, on suit Syliva Pankhurst à travers ses luttes, ses séjours en prison, ses rencontres avec d’autres militants – Lénine par exemple – et à travers elle on suit l’histoire de idées politiques de gauche au Royaume-Uni dans l’entre-deux-guerre. Un fascinant voyage à la découverte d’une femme remarquable et trop peu remarquée.

Se défendre. Une philosophie de la violence, Elsa Dorlin, éditions La Découverte

Cet ouvrage m’a sauté aux yeux alors que j’errais dans une librairie d’Arras. La photo de couverture invitait à la lecture alors que le monde était traversé de manifestations BlackLivesMatter. Mais cet essai de philo ne parle pas QUE de la question noire et de la violence policière. Ce n’est pas non plus une apologie de la violence il s’agit d’un essai plus large sur la violence et la défense en règle générale. Bien sûr les thèmes de la supposée violence noire, de la violence policière, de la violence faite aux femmes sont régulièrement évoqués pour illustrer les propos de l’auteur, mais tout l’intérêt de cette lecture est de nous faire réfléchir à la signification de la violence en elle-même et à ce qu’elle a de politique, quitte à bousculer nos idées héritées d’une certaine morale.

J’ai pris mon temps pour savourer chaque chapitre mais j’ai adoré ce livre et je le conseille à toute personne un peu militante ou qui a juste envie de se poser des questions sur des notions qui paraissent évidentes…et le sont rarement. Le premier chapitre était un peu ardu à lire, il s’agit d’un livre de philosophie et il peut être difficile d’appréhender certains concepts. Mais il ne faut pas avoir peur des mots car l’autrice explique généralement avec des exemples clairs qui permettent de ne pas être bloqué. Comme souvent avec la philo, on se pose plus de questions après avoir lu qu’avant, mais cette question de la violence est plus qu’importante dans notre monde actuel et le retour historique sur l’esclavage, la ségrégation, la création des techniques d’auto-défense, permettent de contextualiser et de mieux comprendre l’histoire juridico-politique de la violence… pour mieux la penser !

Les besoins artificiels. Comment sortir du consumérisme, Razmig Keucheyan, éditions Zone

J’ai acheté ce livre après avoir écouté l’auteur lors d’un entretien sur France culture. Son propos m’avait semblé justement fort à propos dans une période où les problèmes climatiques nous invitent à repenser notre fonctionnement économique et nos modes de vie.

L’auteur mène ici une réflexion sur ce que sont les besoins authentiques, c’est-à-dire nécessaires, et les besoins artificiels dans notre monde actuel. Car s’il est compliqué voire impossible de se couper des besoins authentiques qui sont essentiels au bien de tous, les besoins artificiels sont ceux qui promeuvent un consumérisme sans borne qui pourrait poser problème sociologiquement, économiquement, écologiquement, politiquement. Alors que faire ?

Après avoir défini ces deux états (authentique/artificiels) l’auteur s’intéresse à des propositions juridiques et économiques très concrètes pour parvenir à limiter ce consumérisme et tendre vers un nouveau mode de production et de consommation. Cet ouvrage est assez facile à lire puisqu’il propose des exemples concrets et originaux (le premier chapitre est entièrement consacré à la question de la pollution lumineuse), associés à une théorie des besoins qui pousse à aller plus loin dans la réflexion. Loin d’être déprimant, l’auteur invite à penser que des solutions sont possibles pour créer une société démocratique et écologiquement viable, et nous conduit à réfléchir à ces solutions .

Mon livre de confinement, que j’avais commencé quelques jours avant d’être enfermée chez moi, comme si un sixième sens me conseillait de me replier un peu sur moi-même pour une période.

J’ai adoré ce livre. Tous les chapitres. Comme souvent j’ai eu l’impression que Mona Chollet savait exprimer ce que je n’arrivais pas moi-même à exprimer – en particulier sur les premiers chapitres qui traitent de notre rapport aux réseaux sociaux et à notre intimité.

« Chez soi » ne parle pas uniquement de son intérieur ménager mais de son intérieur de manière général. Dans cet ouvrage l’autrice aborde autant la question de son rapport à soi, que de son rapport à son logement, des injustices sociales et économiques quand à cette capacité de s’occuper de soi, des problématiques de genre et de charge mentale liées à l’entretien d’un foyer pour finir par évoquer la question de l’architecture elle-même.

Cet essai original montre combien de questions sont relatives à la notion même de foyer, combien ce « foyer » est essentiel dans nos vies, ou combien il devrait l’être. Ce sujet résonnant davantage encore en temps de confinement, alors que les inégalités pointées du doigt par Mona Chollet étaient devenues si visibles.

J’ajouterai que selon moi cet ouvrage devrait être lu par tous les architectes, en particuliers les architectes qui travaillent, par exemple, sur les constructions de bibliothèques et donc sur ces notions de bien-être, de chez-soi (cf. Si ça vous intéresse les bibliothèques ont aujourd’hui tendance à vouloir être des tiers-lieux, c’est-à dire des lieux qui ne sont ni l’espace public, ni l’espace de travail, ni le foyer mais presque un lieu qui peut proposer ces trois types d’ambiances). Cette dernière partie est peut-être plus difficile d’accès mais permet de découvrir plein d’architectes et personnellement…j’adore ça !

Cette petite session lecture est finie, j’espère que ça vous aura donné envie de lire ces ouvrages, la plupart sont disponibles sur liseuse – donc dispo si reconfinement – et sinon n’hésitez pas à demander à votre médiathèque de les acheter.

Si vous avez des conseils à me donner pour d’autres essais ou des documentaires je serais plus que ravie, c’est bientôt les vacances et je devrais avoir moult temps pour lire de nouveau.