Ma petite librairie: les livres qui m’ont donné le goût du voyage

 

J’ai eu plusieurs idées d’articles ces derniers jours : des articles de culture, des articles de voyage, et des articles sur moi. Je me suis posée plein de questions sur le pourquoi du blog, est-ce qu’il me correspond toujours, est-ce que ça me suffit de raconter ces voyages de façon un peu impersonnelle? Et puis avec ma copine Margot qui a lancé son blog lundi – Chai on the Moon – un blog tout doux qui se déguste pour l’heure du thé ou au petit-déjeuner comme un bon magazine rempli d’idées, de découvertes culturelles, gourmandes et j’en passe, je me suis dis que non, décidément j’ai besoin d’un peu plus de moi dans ce blog et de varier les articles. J’ai donc décidé de faire les trois types d’article en un en vous exposant ici quelques livres qui m’ont donné le goût du voyage : des livres de voyage mais aussi, et surtout, des livres pour enfants et pour adolescents qui ont su réveiller des envies, des besoins d’ailleurs, cette nostalgie d’un pays jamais vu que les allemands ont su si bien nommer sous le mot de « Fernweh ».

ma vallée

  • Ma Vallée, Claude Ponti

Peut-être connaissez-vous déjà Claude Ponti pour « Pétronille et ses Cent Vingt petits » chef d’œuvre de la littérature enfantine dont je vous parlerai sûrement dans un autre article, « Ma Vallée » est un ouvrage moins connu, je l’ai reçu à un Noël alors que j’étais déjà âgée, je devais avoir presque 10 ans, et c’était ma grande cousine de dix ans mon aînée qui avait insisté pour m’en faire  cadeau. Ce grand et beau livre m’a envoûtée : le narrateur c’est Poutchy-Blou qui nous présente sa vallée, sa famille et son arbre-maison. Si comme moi, et comme beaucoup d’enfants, vous adorez les cabanes, les lieux petits et cosy où l’on peut s’inventer des histoires, vous allez aimer le concept de l’arbre-maison où se dévoilent les pièces autour d’un escalier central, comme dans une maison de poupée, comme dans les cabanes dont on a pu rêver.

Dès les premières pages on s’identifie à Poutchy-Blou, à la chaleur de son foyer qui est le nôtre, à sa vallée dans laquelle il nous raconte ses activités au gré des saisons. Transposé dans cet univers à la Ponti c’est notre vie d’enfant qu’il nous conte. Et on sent du fond de cette description un désir naître, le désir d’ailleurs. Car le héros ne voit rien d’autre que sa propre vallée, et ce qu’il ne voit pas il le rêve, il en devient nostalgique, il essaie d’apercevoir cet autre pays lorsque les rideaux de pluie font tomber les barrières entre les mondes. Le livre s’achève sur cette promesse d’ailleurs. Choyé, aimé, renforcé par sa famille, ses amis et par l’amour de sa propre vallée, il se sent enfin prêt à partir à l’aventure.

royaumes du nord

  • Les Royaumes du Nord, Philipp Pullman

Je ne l’ai jamais fini, pourquoi ? Parce que le monde qu’il a ouvert en moi ne devrait jamais s’achever. Quand j’étais plus jeune j’avais souvent du mal à finir les livres que j’aimais. Une torture pour finir Harry Potter par exemple. Mais je suis venue à bout de tous. Tous sauf un : celui-ci, et je n’en ai même pas l’intention.

Les premières phrases ont suffi à faire naître en moi un rêve, jamais réalisé, et que j’ai depuis abandonné. L’Héroïne Lyra entend par mégarde une conversation secrète alors qu’elle se balade dans les couloirs du Jordan College à Oxford. La description du lieu, le monde qu’en quelques mots a su créer Pullman, je me n’en suis jamais remise, et dès lors j’ai eu deux buts dans ma vie : étudier à Oxford et devenir Erudite. Sauf qu’érudite n’est pas un métier, et même si je m’y emploie, je conçois désormais que ces fameux érudits ne sont rien d’autre que des profs de fac, c’est tout de suite moins glam. Dans ce salon oxbridgien où se trame un complot que l’héroïne ne comprend pas encore, un autre lieu est évoqué : le grand nord. Pourquoi ? Mais pourquoi ce livre m’a-t-il donné l’envie, non le besoin du grand nord. Il n’y est pas magnifié, bien au contraire, ce sont ici des contrées dures, lointaines, parfaites pour y mener des expériences dangereuses sur les enfants, loin de la civilisation. Et pourtant, je ne suis pas la seule à avoir été envoûtée de la sorte: la description que fait Pullman, les tableaux qu’il dresse par ses quelques mots m’ont pénétrée d’un vœu, d’un rêve encore inassouvi, mais qui cette fois ne passera pas aux oubliettes : naviguer dans le grand nord, y contempler les aurores boréales. Laponie, Islande, Alaska, même Svalbard, je suis prête à faire tout un tour du pôle nord.

Le livre est aussi paru en BD par Stéphane Melchior (scénario) et Clément Oubrerie (dessins) dans la collection Fétiche chez Gallimard, et cette BD est super bien, très fidèle au roman.

jeunesse d'une petite reine

  • La jeunesse d’une petite Reine,

Là où on s’aperçoit que les mamans savent souvent ce qui peut nous plaire : la mienne m’a mis ce bouquin entre les mains sans savoir ce qu’il allait en découler  à savoir une obligation de vacances en Ecosse ET des études universitaires sur l’histoire de la Grande Bretagne. L’Histoire d’une petite Reine était un vieux livre qui appartenait à ma mère, paru en 1966 c’est le genre de livre pour enfant qu’on ne ferait plus aujourd’hui  et c’est bien dommage. Ici on raconte l’histoire romancée de Marie Stuart depuis sa naissance dans le château de Linlithgow en Ecosse, à son retour comme Reine d’Ecosse après une jeunesse en France. L’écriture est particulière, mais quand on est une gamine et qu’on lit l’histoire d’une princesse, on rentre très vite dedans. L’histoire est surtout bourrée de références historiques qui donnent d’excellents repères aux enfants. Exemple : j’ai pu expliquer au copain écossais de mon amie  qui vit à Linlithgow, ville de naissance de Marie Stuart, que l’auberge du centre-ville qui s’appelait « Les quatre Marie » faisait référence aux quatre amies de Marie qui étaient venues avec elle en France. Culture-confiture AU TOP !

Avec ce livre j’ai aimé l’Ecosse, pas seulement pour la beauté de ses paysages – le nord était déjà mon dada à l’époque – mais aussi à travers la figure de cette grande Reine au destin funeste. Dès lors, je ne voulais plus seulement voir l’Ecosse, j’ai voulu connaître l’Ecosse, en faire ma seconde patrie. Et si j’avais pu voter au référendum sur l’indépendance de l’Ecosse, nul doute que j’eusse voté un grand « OUI ».

 

  • Les manuels de géographie du collège et du lycée.

Pas très exotiques et pourtant!. Ces manuels de géographie on les a eu sous le nez sept années durant. Et on a pu voir passer des photos d’Inde, des Etats Unis, du Japon. Pas toujours de belles photos paradisiaques – les photos de polders ou de porte-conteneurs m’ont rarement fait rêver – mais des photos de lieux auxquels je n’aurais jamais pensé et qui m’ont poussée à aller chercher plus loin.

la mousson

  • La Mousson, L’Inde

C’est amusant de constater que ce sont rarement les livres qui font l’apologie d’un lieu qui nous donnent le plus le goût de le découvrir. La Mousson ne devrait pas donner envie d’aller en Inde. Les événements se déroulent dans une Inde fantasmée du début du siècle où règne encore l’Empire britannique, au moment où la terrible Mousson s’abat sur la principauté de Ranchipur. On y suit plusieurs personnages dont on adopte les points de vue, et censés représenter tout ce que l’Inde impériale peut connaître de diversité autant chez les colons britanniques que dans la société indienne : des lords britanniques, des familles de missionnaires chrétiens, un médecin hindou, une infirmière anglaise, un chef de police musulman, …

A vrai dire je ne me souviens pas bien de chaque personnage ni de chaque détail, mais davantage de l’impression générale qu’il m’a laissé. Celle d’une ode à un monde mourant, celui de l’Empire britannique, mais aussi à un autre naissant : la nouvelle Inde. Malgré les ravages de la Mousson l’histoire est teintée d’optimisme : chaque personnage dévoilé dans les premiers chapitres avec ses défauts et son immoralité a la possibilité de renaître à son tour selon la façon dont il fait face à l’évènement. Et le protagoniste, fils d’un aristocrate britannique qui noie son cynisme dans l’alcool, est confronté à cette nouveauté par l’amour d’une jeune fille de colons, pure sans être naïve, portant en elle l’espoir qui succède au désastre.

L’Inde qui est contée est une Inde rêvée mais pas portée aux nues. On y sent la sécheresse, suivie de la chaleur humide, la dureté du climat et de la vie pour les occidentaux, mais on y perçoit aussi une civilisation passionnante, une histoire millénaire, et une société complexe qui n’attend que de s’épanouir à nouveau, loin du joug d’un Empire déjà défaillant.

Le roman est paru en 1937, autant dire que la vision de l’auteur est donc très simpliste sur certains points et le roman doit être lu en gardant conscience des cadres et schémas contemporains de sa rédaction.

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  • L’Usage du Monde, Nicolas Bouvier

Il est des livres qui vous donnent une leçon de vie et de littérature. Il y a quatre mois j’ai ouvert L’usage du Monde de Nicolas Bouvier en revenant de Bulgarie. Me prenait alors l’envie de devenir un écrivain-voyageur, et j’ai voulu chercher l’inspiration et l’exemple. Aujourd’hui je n’ai toujours pas refermé l’ouvrage. Il reste à mes côtés la nuit, le jour, en voyage, dans le train, tout le temps. Je n’en lis que quelques pages par jour, parfois quelques lignes seulement. Au petit-déjeuner ou au moment du café. Il faut que tout soit calme, aucune musique, aucun bruit, aucune envie parasite, et pendant quelques minutes j’essaie de m’imprégner de l’écriture merveilleuse de Nicolas Bouvier.

L’histoire vous la connaissez, Nicolas Bouvier et son ami Thierry Vernet – peintre – partent en voiture pour quelques mois de vadrouille de l’ancienne Yougoslavie à l’Inde. Il s’agit d’un récit de voyage qui emporte plus loin qu’on ne le pense. Je voudrais noter chaque phrase, chaque bon mot de l’auteur. Au-delà de sa vision de la vie très simple, si belle et si vraie qu’il nous confie au fur et à mesure de ses réflexions évoluant le long du voyage, Bouvier nous emmène avec lui en voyage. Il sait décrire en quelques mots toute une scène de la vie quotidienne : les odeurs, les couleurs, les rires, les aspects, les caractères. Il parvient à écrire un instant fugace, à nous montrer ce qui donne du sens à la vie.

Un seul bémol : la certitude que jamais je ne pourrais écrire aussi bien. Cet ouvrage est un délice, je n’avais pas lu d’aussi bon auteur depuis bien longtemps. Il est assurément premier dans la liste des meilleurs écrivains.

 

J’aurais encore des idées mais je pense avoir fait ici le tour des romans qui signifient le plus pour moi. En espérant que cet article puisse donner des idées de romans à lire ou à offrir!

Cimetières en Ecosse

Ceci n’est pas un article d’halloween, et pourtant il le mériterait. Ce n’est pas la première fois que je fais un article sur un cimetière, c’est un des endroits que je préfère visiter quand je découvre une ville ou un pays. Ctte “passion” me date de la découverte des cimetières anglais il y a une dizaine d’années, et aujourd’hui encore les cimetières à la british restent mes préférés, parce que tout y est fait pour rendre la promenade agréable, quoiqu’un peu creepy, c’est une ambiance particulière qui  donne le sentiment d’être dans un roman gothique.

J’ai visité trois cimetières lors de mes dernières vacances en Ecosse : Edimbourg, Glasgow et dans un petit village du loch Lomond, Luss.

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Le cimetière d’Edimbourg est situé dans le bas Edimbourg, c’est-à-dire bien sous le château, et juste à côté du café où J.K.Rowling a écrit Harry Potter, de là à dire qu’il a inspiré quelques scènes –je pense notamment à la fin du tome 4 –  ou quelques personnages du roman, il n’y a qu’un pas. On reconnaît d’ailleurs sur certaines pierres tombales des noms pas inconnus… L’emplacement du cimetière est assez magique, avec une superbe vue sur le château, j’y suis allée un jour de bon vent, avec le feuilles d’automnes qui se déposaient doucement sur les tombes, une ambiance très gloomy. Une halte pour les fans d’Harry Potter.

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DSC_5681Le second cimetière se trouvait au bord du plus grand lac d’Ecosse, le Loch Lomond. Construit autour d’une petite église surplombant le loch d’un côté et une rivière de l’autre, j’ai eu la chance de le découvrir sous une jolie lumière de matinée d’automne, qui donnait une teinte colorée au cimetière. Cette fois-ci je me serais plutôt crue dans Sleepy Hollow, surement à cause de la petite taille du village, heureusement qu’on était en plein jour et avec un beau soleil, ça ne m’aurait pas étonnée de voir un cavalier sans tête sortir d’une tombe.

DSC_5896 DSC_5898Enfin, j’ai visité en janvier le cimetière de Glasgow, celui qui se tient face à la cathédrale, relié à cette dernière par un pont tortueux. Il faisait à nouveau un temps maussade, forte pluie et brume, génial pour aller se promener dans un cimetière ! Celui-ci se dresse sur la colline en rangées plus ou moins cohérentes, avec des mausolées plus ou moins de bon goût. Il parait que c’est aussi sur cette colline que se trouvait auparavant l’université de Glasgow qui aurait été déconstruite puis reconstruite pierre par pierre de l’autre côté de la ville.

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Ecosse: Glencoe et le massacre des McDonald

O Cruel is the snow that sweeps Glencoe and covers the grave O’Donald…

Par une froide matinée écossaise, chaussées de nos gros manteaux et de bonnes chaussures, nous avons traverse Glasgow encore endormie pour prendre le bus, direction les Highlands de l’Ouest: Loch Lomond, Oban et surtout Glencoe et les Three Sisters.

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Je savais à quoi m’attendre en me rendant à Glencoe, j’y étais déjà allée il y une dizaine d’année, je l’avais alors vu sous l’herbe verte entre brume et rayons de soleil. Je savais que cette fois-ci serait très différente : plus froide, plus magique aussi peut-être. Cette petite halte à Glencoe pour la journée m’a permis de m’intéresser un peu plus à l’histoire de l’Ecosse et surtout à ce fameux « massacre de Glencoe » dont Stephen, notre méchant guide, nous a parlé. Mais trop fascinée par le lieu je n’ai rien écouté, il a fallu que j’aille fouiller à la bibli (et sur wikipédia) à mon retour pour me mettre à jour. Alors aujourd’hui, petit cour d’histoire anecdotique : Le Massacre de Glencoe !

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On est à la fin du XVIIe siècle, pour situer un peu Louis XIV est roi de France, bien établi dans son Versailles. Pendant ce temps en Grande-Bretagne la vie monarchique est bien moins funky : le roi Charles Stuart s’est fait couper la tête et son descendant le roi Jacques II a dû s’exiler en France – à Saint-Germain-en-Laye -, il n’est pas la bienvenue en Angleterre essentiellement parce qu’il est catholique et que les anglais sont devenus anglicans depuis un bon siècle. A ce moment un type arrive, il est néerlandais et s’appelle Guillaume d’Orange, il demande le trône de Grande-Bretagne que les britanniques lui donnent. Pourquoi ? Parce que Guillaume est protestant lui !

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Avant le 1er janvier 1692 tous chefs de clans doivent avoir prêté serment d’allégeance au nouveau roi Guillaume. Mais voilà qui pose problème : les écossais sont liés par serment aux Stuarts, descendants de Marie Stuart et rois d’Ecosse. Ils doivent alors attendre une missive du roi exilé qui les délie de leur serment pour pouvoir se présenter à Guillaume comme nouveaux sujets fidèles. Le clan des MacDonald, fervents « jacobites » prennent le temps. Au dernier jour enfin, le chef du clan ou sept (héhé comme les septons de Game of Thrones), se rend à Fort William pour y prêter serment. Hélas ! Le shérif d’Argyll qui le reçoit, un membre du clan Campbell lui explique qu’il n’est pas habilité à recevoir ce serment et lui demande de se rendre directement dans la résidence principal des ducs d’Argyll, chefs du Clan Campbell, le château d’Inveraray. Après trois jours de tempêtes et de neige, le chef Mc Donald parvient enfin à destination. Le serment est accepté malgré le retard.

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MAIS deux mois plus tard, alors que la neige soupoudre Glencoe, une partie du clan Campbell passe sur les terres des McDonald à Glencoe et demandent l’hospitalité, tradition écossaise.Au bout de deux semaines de vie commune un message parvient au capitaine Robert Campbell, qui est aussi un parent des McDonald. Il s’agit d’un ordre signé du roi Guillaume d’Orange demandant à ce que le 13 février tous les McDonald de moins de 70 ans soient passés par l’épée pour qu’il ne reste aucun survivant du clan des McDonald de Glencoe.

A cinq heure du matin le massacre commence. Ceux qui ne sont pas tués fuient dans les montagnes de Glencoe avec femmes et enfants et meurent de faim et de froid. Les rares survivants fuient l’Ecosse, prévenus et aidés sans-doute par certains Campbell n’ayant pas voulu obéir aux ordres et rompre la règle de l’hospitalité. Même si les Campbell sont les grands méchants de l’histoire il ne faut pas oublié qu’ils sont désormais soumis à l’allégeance envers le roi et risquent le parjure en allant à l’encontre des ordres.

Reste que ce massacre a profondément choqué les écossais par sa trahison et sa violence, jusqu’à tard il était indiqué dans certaines auberges « interdit aux Campbell ». Cette histoire rend aujourd’hui les terres de Glencoe et des Three Sisters encore plus mystérieuses et sauvages.

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De manière générale l’arrivée à Glencoe ne laisse pas indemne : soudain plus personne ne parle, on a toujours le souffle un peu coupé par la beauté et la grandeur du paysage, c’est difficile de ne pas tomber amoureux de l’Ecosse après avoir vu ça. Une foule de sentiments agite les cœurs, c’est assez indescriptible, une chose est sure : il faut y être allé une fois dans sa vie !

Et voici une petite vidéo avec musique gaélique pour donner une idée du truc: