Le charme désuet de Baden-Baden

Cette seconde escapade en Bade Wurtemberg m’a menée à Baden-Baden, où plutôt Baden-in-Baden qui signifie « les bains au pays de Bade » et non « bains-bains » comme je le pensais. A 1h30 de Strasbourg, beaucoup moins si vous roulez à l’allemande, cette ville d’eau est l’une des plus connues d’Europe et une sortie traditionnelle strasbourgeoise. Comme la plupart des villes de ce genre il se dégage de Baden-Baden une atmosphère très particulière entre charme désuet du début du siècle et fantasme bourgeois d’un passé rêvé. Une atmosphère assez bien retransmise dans le fameux The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson.

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Il y a assez à faire à Baden-Baden pour y rester une grosse journée, voire deux si vous disposez d’une voiture ou que vous n’avez pas peur de marcher. Même en y étant allée deux fois je n’ai pas pu faire tout ce que je voulais : notamment la visite du vieux château. Pour en voir un peu plus je vous invite à nouveau à vous rendre sur les blogs de Madame Oreille et de Juliette, vous y verrez Baden à la belle saison.

Baden est située au cœur d’une région de petites montagnes et la ville s’étale à flanc de ces « bergen », il parait d’ailleurs assez étrange de devoir emprunter des routes quasi de montagnes pour se rendre d’un lieu à un autre, surtout en cette période hivernale où Baden était encore recouverte de blanc, ça contribue à un certain dépaysement.

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  • Les Thermes

Premier arrêt : les bains. C’était la raison principale de ma venue et après avoir testé le hammam de la grande mosquée de Paris j’avais hâte de poursuivre ma découverte des lieux d’eau. Il existe plusieurs bains à Baden, je me suis rendue aux plus connus des locaux, les thermes de Caracalla. Je préfère vous prévenir, rien de très romain là-dedans, si ce n’est le concept, les thermes sont des complexes modernes avec sauna, petit hammam, luminothérapie et compagnie, donc rien d’ancien ici. Si vous voulez une architecture plus « ancienne » je vous conseille les bains irlando-romains de Friedrichsbad.

J’ai eu un gros coup de cœur pour les bains en extérieur, notamment le jacuzzi. Sous cette température de janvier la différence calorique entre les bains et l’air crée une sorte de fumée qui rend le lieu un peu magique et très, très apaisant. L’air est très froid et contraste parfaitement avec le jacuzzi, on aurait pu me laisser des heures dedans, les épaules au vent à profiter d’une légère brise. Moment parfait.

Les bains se paient à l’heure – 16€ pour deux heures- tout dépend de ce que vous y faites mais j’ai trouvé que deux heures étaient suffisantes pour essayer tous les bains et les activités proposées. Si vous vous sentez l’âme germanique vous pouvez vous rendre au premier étage où se trouvent les saunas et bains pour naturistes. On est en Allemagne, le rapport au corps est autre et il existe beaucoup de thermes qui interdisent tout port d’un maillot de bain.

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  • Flâner dans Baden-Baden

Les cheveux humides et l’esprit apaisé il est temps désormais de quitter les bains pour nous rendre en ville. Comme pour Fribourg j’avais imaginé la ville toute verte et fleurie et je l’ai vue sous la neige, mais la lumière et l’ambiance particulière de ces premières neiges donnaient une ambiance vraiment agréable à notre promenade. La ville est peuplée de vieux bâtiments du début du siècle, d’hôtels et… de Russes: vous trouverez les menus écrits dans les deux langues – allemand et russe – il en va de même pour le nom des hôtels ou pour les musées. Ce qui contribue à cette image de cité fantasme : une idée que se font ces riches Russes de la gloire passée de l’Occident.

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En se dirigeant vers le centre-ville les rues sont adorables, colorées, comme dans la plupart des villes germaniques, avec des restaurants à terrasse. Nous nous arrêtons dans un salon de thé – le café König– où les gâteaux nous font de l’œil. Ils sont à ma grande surprise très légers, et pas si chers que ça malgré le côté très select que se donne l’établissement – un genre de Ladurée germain – mais il faut dire qu’en Allemagne la vie reste moins chère, y compris dans ces villes de riches.

LE lieu de promenade par excellence de Baden c’est la Lichtentaler Allee qui se déroule le long de l’Oos, permettant de passer devant les hôtels les plus grands, plus beaux, les plus chers mais qui semblent tous incroyablement vides, voire délabrés pour certains. C’est donc ça le charme désuet de Baden Baden dont on m’avait parlé. Les enseignes de certains hôtels s’effritent, tandis que de l’autre côté on perçoit les grandes demeures saisonnières des habitués de Baden. Si on poursuit le chemin de l’Oos on arrive jusqu’à un cloître,  parait-il. Mais la nuit commençant à tomber nous avons vite fait demi-tour.

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De l’autre côté de l’Allée, un parc  déjà verdoyant et fleuri de primevères fin février, et qui donne sur les établissements nécessaires à une ville d’eau : le casino et la Trinkhalle, un endroit où l’on peut boire de cette eau pure qui a fait le succès de la ville. L’architecture est belle, très allemande, très XIXe mais impossible de ne pas se sentir pénétré à son tour d’une certaine nostalgie de la grande époque germanique de Sissi et de l’Empire austro-hongrois. Plus actuels on trouve également des musées d’art moderne – le musée Frieder Burda possédant de nombreuses œuvres d’expressionnistes allemands, et la Kunsthalle qui abrite des expos d’art contemporains temporaires.

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  • Le Merkurberg

Dernière activité à Baden : se rendre sur la montagne de Mercure où nous emmène le téléphérique le plus raide d’Europe, pour avoir une vue superbe sur la ville, la région et au loin le Rhin qui serpente sur la plaine, marquant la frontière entre la France et l’Allemagne.

Le téléphérique était effectivement très raide et bien que riant au début, j’ai vite arrêté de faire la maline en voyant la dernière montée – un conseil : regardez plutôt en bas.  Une fois sur le Merkurberg il est possible de monter au poste d’observation – plus haut toujours plus haut – et là c’est un vent à décorner les bœufs que vous rencontrez, ainsi que la vue tant attendue sur la Forêt-Noire bien sûr.

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Lord de ma première venue le téléphérique était fermé – il l’est de janvier à mi-février – on en avait donc profité pour faire une rapide promenade sur l’un des nombreux chemins qui partent du Merkurberg et qui se faufilent entre les sapins avec quelques points de vue à par endroits.

Une chose est sûre, cette visite de Baden-Baden m’a donnée furieusement envie d’y retourner quand les beaux-jours seront revenus et de profiter cette fois des vignes, des promenades, et des musées.

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Pour vous rendre à Baden-Baden :

Depuis Strasbourg le plus pratique est encore la voiture, une autoroute rénovée vous y emmène depuis Kehl. Vous pouvez aussi utiliser le train depuis la gare centrale de Strasbourg OU depuis l’arrêt de Tram de la Meinau, prenez un TER qui vous emmène à Apenweier, là un TER allemand vous emmènera à Baden où plusieurs lignes de Bus vont dans le centre-ville. ATTENTION les trains allemands sont tout sauf fiables, ils peuvent être supprimés sans explication et il faut s’armer de patience, surtout que la gare d’Apenweier est perdue au milieu de champs. AU CAS OU, munissez-vous d’un numéro de taxi allemand qui pourrait vous ramener à Kehl sans trop de problèmes.

Depuis Paris le train ne fait qu’une correspondance à Karlsruhe, et pour 40vous serez à Baden en 3h30.

Pour vous rendre à Merkurbahn:

Depuis Leopoldplatz – c’est à dire le centre-ville – prenez le bus 205 en direction de Merkurwald et descendez au dernier arrêt. Il passe toutes les demi-heures, il y a également un arrêt aux thermes de Caracalla. Le prix du téléphérique est de 2€. Vous pouvez aussi monter au Merkurberg par des chemins de randonnées, vous en avez alors pour plusieurs heures, et environ 1h30 en descente.

Pour vous rendre au vieux château:

Depuis Leopoldplatz prenez le bus 208 jusqu’à “Neueschloss” – que vous pouvez aussi visiter -, puis 30 minutes de marche dans la forêt à pied. Une balade qui peut être sympa au printemps mais je ne l’ai pas tentée en plein hiver.

MES BONNES ADRESSES A BADEN-BADEN:

Café König, Lichtentaler Strasse 12, Baden-Baden

Thermes de Caracalla, Römerplatz 1, Baden-Baden

Vu le prix des billets, si vous ne roulez pas sur l’or mais qu’un long week-end loin de Paris vous tente, je vous recommande vraiment de venir en Bade-Wurtemberg : nature, culture, calme et dépaysement garantis.

Freiburg et le sud de la Forêt-Noire

Depuis la fin des marchés de noël j’ai un peu cessé de visiter l’Alsace et j’ai passé les deux mois d’hiver tournée vers la région frontalière : le Baden-Würtemberg. Je connaissais déjà un peu le coin pour être allée à Ulm – que j’ai adorée – et à Heidelberg – où j’espère retourner si je trouve le temps. Cette fois-ci je me suis concentrée sur deux villes proches de Strasbourg et idéales pour une escapade à la journée : Freiburg et Baden-Baden.

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Je vous parlerai aujourd’hui de Freiburg, petite bourgade bien allemande, capitale de la Forêt-Noire, connue surtout pour son université. Située à une heure à peine de Strasbourg Freibourg-im-Brisgau – attention il existe aussi une Freibourg en Suisse – est de fait une sortie traditionnelle pour les Alsaciens.

Vous avez peut-être déjà consulté les supers articles de Madame Oreille et de Juliette de Je-ne-sais-pas-choisir sur cette ville, sachez que je l’ai découverte bien différemment. Je m’attendais à de jolies collines verdoyantes, à de petites terrasses ravissantes dans le vieux centre-ville… J’ai eu le droit à un Freibourg très gloomy sous la pluie et le brouillard, entourée de collines aux arbres morts. Un temps à fêter la Walpurgis Nacht, sorte de Halloween germanique, les cadavres seraient sortir de leur tombe que ça ne m’aurait pas plus étonnée que ça.

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Mis à part ce petit décalage entre mes attentes et la réalité je ne peux nier que Freibourg est une adorable ville, typiquement allemande. Une grosse place de la cathédrale « Münster », faite dans le même grès que celle de Strasbourg, un marché avec un marchand de curry würst au milieu,  de petites ruelles avec des magasins très mignons – notamment des magasins de cartes – j’ai l’impression que les Allemands comme les alsaciens en sont très friands-, de belles fenêtres colorées, des décos de noël, des grandes rues bordées d’enseignes allemandes. Une ville dont le calme n’est troublé que par le passage du tramway. On a pu y manger dans une brasserie des plats bien germaniques : bière et Schnitzel mit Kartoffelsalat.

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Je ne vais pas mentir, en vivant à Strasbourg cette ambiance très allemande ne m’a pas tellement dépaysée; on sent bien qu’on est passé de l’autre côté de la frontière, car certains détails sont vraiment allemands – par exemple ces inscriptions sur les frontons des portes pour le carême, qu’on trouvait encore il y a peu dans le sud de l’Alsace et qu’on ne voit plus aujourd’hui quet dans les länder catholiques allemands –, mais globalement on est presque à la maison, même entendre de l’allemand m’est devenu familier. Freibourg est avant tout une ville très colorée, ce qui la rend gaie malgré le temps peu clément, une ville très jeune peuplée d’étudiants à bicyclette – existe-t-il seulement un autre moyen de se déplacer dans cette région rhénane ? – qui zigzaguent sur les pavés mouillés.

Je l’ai appris par la suite: Freibourg est une ville « verte » l’une des premières villes d’Allemagne à avoir élu un maire vert; elle est également pionnière dans la construction d’éco-quartiers comme celui de Vauban que je n’ai pas pu visiter – mais j’espère pouvoir y remédier très vite.

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Voulant voir un peu  de nature, nous avons  pris une voiture pour nous enfoncer un peu plus profondément dans la Forêt-Noire, dont le nom me fait toujours autant rêver. Après une demi-heure de route dans les montagnes avec une impression de partir en Road-Trip – j’ai d’ailleurs acheté ma première carte routière pour l’occasion – nous sommes arrivés au Titisee – ou lac Titi en français – un lac situé à 1000m d’altitude. Je n’avais pas pensé qu’à cette altitude il y aurait de la neige et que le lac serait complètement gelé, mais ça m’a permis de voir mon premier paysage d’hiver de la saison. C’était calme, c’était beau, c’était glacial. Un bon vent du nord soufflait à nous empêcher d’avancer, les alentours du lac étaient enneigés, la lumière était superbe.

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Le Titisee est d’ordinaire très prisé en été pour toutes sortes d’activités nautiques. Nous n’y sommes pas restés très longtemps, juste assez pour prendre un café dans ce semblant de cité balnéaire plutôt vide à cette époque de l’année. Comme toujours quand je visite un endroit, j’en suis repartie avec l’idée d’y revenir très vite pour voir à quoi tout ça pouvait ressembler au printemps ou en été. Malheureusement il ne me reste que deux mois à passer ici et il est plus que probable que le temps me manquera. Peut-être un jour … sur la route de la Bavière ou de la Suisse je repasserai par cette fantastique Schwarzwald !P1020624

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L’Or du Rhin

  • Etape 2 : De Mayence à Sankt-Goarshausen

La partie difficile commence : il faut louer les vélos et remonter le Rhin pour les rendre dans deux jours à Coblence. Le Rhin est un trajet connu du cyclotourisme : une piste cyclable le longe intégralement, s’éloignant juste un peu au moment de passer la ville de Mayence. On passe par des jardins privatifs et par de grands champs de blés avant de rejoindre la rive à Bingen.

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Faire du vélo dans les champs en plein après-midi et par 30 degrés ce n’est pas la meilleur des idées mais avec ce qu’il faut de fruits secs et d’eau on y survit ! Surtout quand un BeerGarten nous attend à Bingen : bière, frites et currywürst. On finit par s’habituer à ce régime germanique.

A Bingen commence la route du Rhin romantique, on y voit notre première ruine de château fort qu’on mitraille de photos comme si c’était le dernier. Deux jours plus tard on lèvera à peine les yeux pour les regarder.

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Nombreuses sont les légendes à propos du Rhin : trésor des Nibelungen, rocher de la Loreley, etc et nombreux sont les artistes inspirés par ce fleuve qui serpente entre des gorges parfois très étroites. Des châteaux ont été édifiés sur chaque éperon rocheux pour y protéger les voyageurs qui empruntaient le Rhin – et leur faire payer des péages – , et ils furent nombreux…

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Gros coup de coeur pour la ville de Bacharach : surement parce que le soleil de la fin d’après-midi rendait les vignes plus vertes et la lumière plus belle. Adorable centre-ville avec de vieilles maisons surplombé par l’un des nombreux Burg (châteaux) du fleuve. Malheureusement notre timing ne nous a pas permis de flâner très longtemps dans les villes qui bordent le Rhin. Beaucoup trop de kilomètres à parcourir et trop peu de temps pour y arriver.

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Nous avons finalement pris le train, le voie ferrée longeant elle aussi le Rhin sur sa rive gauche, pour parvenir jusqu’à Sankt-Goarshausen où se trouve le rocher de la Loreley et notre hébergement. A 22h nous arrivions enfin SUR ce fameux rocher où nous attendaient nos lits, après une longue montée sur une route sinueuse et quelques craquages physiques. Mais la vue sur la partie la plus encaissée du Rhin et aussi la plus légendaire fait oublier cette difficile fin de journée. Ce qu’il faut retenir ici c’est que le Rhin: c’est beau, c’est beau et c’est beau.

Un conseil : il faut faire cette partie en voiture OU laisser son vélo en bas pour monter à pied, un escalier à flanc de falaise mène au point de vue.

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  • Etape 3 : Sankt-Goarshausen-Coblence

Dernière étape, moins de kilomètres à parcourir cette fois, et nous prenons notre temps pour monter jusqu’au Burg de Sankt-Goar alors qu’il fait encore beau. Cette fois-ci nous avons vue sur Sankt-Goarshausen et le fameux rocher.

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Le soleil nous accompagne jusqu’à Boppard où nous nous arrêtons pour manger. Le temps se couvre et la pluie commence. La route du Rhin à vélo est sensée être facile, mais avec le vent qui remonte le Rhin et la pluie qui est de plus en plus forte ce n’est plus vraiment une rigolade. Pourtant on apprécie vraiment cette dernière partie du trajet, avec ce temps et cette lumière sombre le Rhin paraît plus légendaire. Un cycliste que nous avons déjà croisé la veille vient nous parler et nous félicite d’avoir choisi cette portion du Rhin pour faire du cyclotourisme, c’est la plus belle. Et lui qui vit aujourd’hui à Mayence aime passer des week-end à faire l’aller/retour avec Coblence.

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Nous passons une boucle, on trouve moins de vignes ici, le Rhin s’élargit, il ne va pas tarder à rejoindre la Moselle à Coblence. Quand nous y parvenons il pleut franchement, nous avons parcouru 30 kilomètres en 1h30, pressées par la météo, et nous somme contentes de voir qu’un téléphérique nous amène jusqu’à l’entrée de l’auberge située dans la forteresse qui surplombe la ville. Cette forteresse est l’une des plus grandes d’Europe, plus grandes que celles de Vauban, et fut en partie détruite par Napoléon puis reconstruite au cours du XIXe. D’ici on a une vue impressionnante sur la  ville de Coblence, pas vraiment jolie, mais assez grande comparée à toutes les villes qu’on a pu croiser.

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