Lago de Atitlan – le roi des lacs?

Après notre halte sur le lac Peten à Flores je me suis aperçue à quel point j’adorais les lacs, plus calmes et reposants que les bords de mer. Après la quiétude de cette après midi passée à ne rien faire les pieds dans l’eau on peut dire que j’attendais beaucoup de ce séjour au bord du lac Atitlan, roi des lacs d’Amérique centrale, surtout que mes jambes ne s’étaient toujours pas remises du trek à l’Acatenango.

Le Lac Atitlan est décrit comme l’un des plus beaux lacs du monde, rien que ça. Entouré de volcans, le lac est en fait un gigantesque cratère lui-même, ce qui lui assure d’avoir des pentes bien vertes et fertiles vite cultivées par des  tribus toltèques venues du Mexique. Atitlan nous promettait donc un cadre idyllique pour faire une bonne pause de farniente au milieu de notre périple.

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Vue du lac depuis la colline du “nez de l’indien”
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Avant de partir dernière vue sur le lac et le volcan San Pedro depuis Panajachel

2h de minibus depuis Antigua, plus une heure à attendre le passage d’un « barrage » en pleine montagne, et l’exaltation de nous rendre sur ce fameux lac commençait à légèrement se dissiper. Quand tout à coup le minibus atteint le sommet de la montagne, du volcan si vous préférez, et bascule sur le lac ; impossible de retenir un petit cri de bonheur à la vue de cette immense étendue d’eau scintillante ceinte de dizaines de sommets aux pieds desquels s’accrochent quelques villages. La route fait un peu peur mais c’est un ravissement – et je pèse mes mots – à chaque virage. Le Lac Atitlan se découvre alors qu’on ne l’attendait plus et au premier coup d’œil il comble toutes nos attentes.

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Les pilotis c’est toujours photogénique
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Fin d’après-midi, San Juan est vite cachée du soleil qui illumine encore le volcan San Pedro

Il  faudra encore une bonne heure à notre minibus pour parcourir les villages sur des routes poussiéreuses, déposant les touristes ici et là, avant d’arriver à  destination : San Pedro. Parmi les nombreuses cités lacustres nous avions décidé initialement de poser nos valises à San Juan, malheureusement le village étant plus petit et moins bien desservi que les autres nous échouerons à San Pedro, temple des touristes en mal de fête, et qui aiment déambuler pieds nus à toute heure du jour et de la nuit. On est un peu déçues de l’ambiance générale du village. Sans vouloir se la jouer « on déteste les touristes », on apprécie assez peu le côté mi Peace mi fête du lieu, on apprécie surtout très peu d’être réveillées toute la nuit par des gens qui chantent et qui hurlent. Les rabats-joie sont de retour !

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Je ne me lasse pas de cette vue
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Manger israëlien en profitant de cette vue, what else?

A Atitlan on va retrouver  toutes les personnes les plus sympas qu’on a vues du séjour : à commencer par Lisa et Vérina, deux de nos acolytes du trek qui ont eu la merveilleuse idée, comme nous, de venir au bord du lac pour ne rien faire. Et si je n’aime pas cette ambiance pour touristes il y a cependant un spot que j’ai adoré et où nous avons passé la majeure partie du séjour : Soboba, l’un des restaurants israéliens du village. Il faut savoir qu’une grosse diaspora israélienne a émigré au Guatemala, ce n’est pas pour rien que cet état a si rapidement emboîté le pas aux Etats-Unis pour reconnaître Jérusalem capitale d’Israël. Cette immigration a un gros intérêt pour moi : manger de la nourriture israélienne et …le serveur du restaurant qui est vraiment vraiment pas mal !

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Soboba, l’un de mes meilleurs souvenirs de restaurant en voyage

Entre la nourriture et la vue j’ai gardé un excellent souvenir de ces heures passées à papoter entre copines de tout et de rien. C’est toujours agréable de rencontrer des gens en voyage, ça l’est encore plus lorsqu’on s’entend tellement bien avec eux qu’on sait avec certitude qu’on serait devenus amis même en se croisant dans nos univers familiers. Mais trêve de bavardage, Atitlan ce n’est pas que du farniente.

Les Villages lacustres

Dès le lendemain nous entamons les visites des villages qui entourent le lac, en compagnie de Gaël et Célia du blog mi-fugue mi-raison – nos seconds super compagnons. Le passage d’un village à l’autre se fait par lancha, et les eaux du lacs ne sont pas aussi calmes qu’elles y paraissent. Nous sommes rapidement secoués dans tous les sens et trempés par les éclaboussures de la barque frappant l’eau. Mais nous arrivons sains et saufs à San Marco, patrie des bouddhistes et autres spiritualités. Dès l’arrivée à l’embarcadère le ton est donné : les rues auraient pu être mignonnes mais les affiches proposant mille expériences spirituelles variées rendent le lieu un peu trop cliché à mon goût. Si je conçois bien que l’on puisse sentir un certain apaisement dans ce lieu et vouloir y pratiquer ces sagesses asiatiques, transformer un village en lieu de spiritualité spécial pour occidentaux manque cruellement de finesse. Déçus de ce village nous ne tardons pas trop à rentrer à San Pedro ;

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la rue principale de San Juan

Nous nous rendons le second jour dans le village de San Juan, le plus proche de notre location. San Juan est connu pour être un peu différent des autres villages : moins touristique, il est centré sur l’artisanat du textile et est décoré de fresques naïves qui justifient une balade. En venant en fin d’après-midi les derniers touristes sont pratiquement tous partis, à part nous, et l’ambiance nous parait vraiment calme et, enfin, apaisante. On y fait nos premières emplettes sans être pressées d’acheter, bien au contraire on peut prendre le temps de parler avec les vendeurs de leur travail, d’essayer la moitié de la boutique et de profiter des conseils avisés.

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San Juan, ville artistique

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Ce n’est pas une fresque mais cette “affiche” du parti patriote est présent dans tous les villages et rappelle les années difficiles qu’à traversé le Guatemala il y a peu

A l’aube sur le nez de l’indien 

Atitlan étant entourée de volcan vous vous doutez qu’on allait forcément essayer de grimper sur l’un d’eux. Oui, mais en fait non… Les guides insistent sur le fait que des bandits de grands chemins circulent sur les circuits de randonnée et qu’il vaut mieux éviter de s’y rendre seul. Adieu donc petite randonnée, nous n’avons aucune envie de payer de nouveau un guide pour une rando de 7h alors que j’ai toujours du mal à monter de escaliers. Mais on ne se laisse pas abattre, à défaut d’une marche nous irons au moins voir un lever de soleil.

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Nous retrouvons Gaël et Célia de – trop – bon matin, la tête enfouie dans la polaire, les yeux pas tout à fait en face des trous, et nous grimpons dans un van : direction le Nez de l’indien. Le Nez de l’indien c’est une colline qui se dresse au-dessus de San Juan et qui aurait le profil d’un homme maya. Depuis le parking du van nous devons grimper une bonne demi-heure dans la nuit, nos lampes frontales nous indiquant le chemin entre les pierres et le vide. Arrivés en haut nous avons droit, comme d’habitude, à un peu de café guatémaltèque, les plantations autour du lac étant principalement des plantations de café. Et comme cette petite tasse chaude faisait du bien !

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Le soleil n’est pas encore levé, on aperçoit les premiers rougeoiements du soleil au loin, et on distingue très bien les silhouettes de l’Acatenango et du Fuego. On se demande un moment si ces lueurs rouges ne sont pas le signe des éruptions du Fuego. Le lac parait si calme, les pâles lueurs dévoilent peu à peu ses eaux ridées par le vent. Les oiseaux se sont réveillés mais il n’y a encore que le soleil qui bouge, le soleil et nos petites mains qui se réchauffent contre le mug de café. Enfin il apparaît sur des cimes qui se parent de doré pour l’occasion ; les pentes des volcans sont d’un vert brillant, un oiseau tente enfin le premier vol au-dessus des eaux qui ne tardent pas à s’agiter sous le passage des premières lanchas.

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Ce nouveau lever de soleil sur les volcans nous en aura mis plein les yeux. Alors qu’on redescend gaiement vers San Pedro la vie se réveille dans les villages, les tons rosés disparaissent et laissent place aux couleurs de la journée. Du Nez de l’indien on comprend mieux pourquoi c’est bien le plus beau lac du monde. Mais il est déjà temps de dire au revoir à nos compagnons de voyage et de jeter un dernier regard au lac: nous reprenons la route à deux en direction du nord.

“We are poor lonesome cowgirls far away from home”

Mon avis :

Il est impensable de se rendre au Guatemala sans passer par le lac Atitlan, mais c’est bien depuis les sommets des collines ou des volcans que ce lac est le plus majestueux, il est donc intéressant de réserver une excursion de type trek pour profiter du spectacle incroyable qu’offre cette caldera ceinte de volcans.

San Pedro est pratique mais n’est pas le meilleur endroit pour loger : si vous préférez la tranquillité visez plutôt San Juan ou d’autres villages plus difficiles d’accès comme Jaibalito ou Tzununa. Enfin il y a sans doute des établissements de rêve, perdus au milieu de la nature où vous pourrez profiter à la fois de la vue et du calme, mais il vous faudra chercher un peu, et probablement payer plus cher.

Comme toujours je vous conseille vivement d’aller visionner la vidéo de notre vlog sur ce séjour au lac Atitlan sur la chaîne youtube de l’archivoyageuse

 

Antigua – la plus belle ville d’Amérique?

Une ville colorée, entourée de superbes volcans et assez sympa par y faire une halte prolongée ? J’ai nommé Antigua, ancienne capitale du Guatemala et aujourd’hui capitale de ceux qui veulent faire un stop de plusieurs mois pour apprendre l’espagnol.

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Quand on pose enfin nos fesses après deux jours de randonnée sur le volcan, on est plus que contentes d’être enfin dans une ville à taille humaine où on va pouvoir se reposer. Antigua nous a charmées dès notre arrivée dans la nuit l’avant-veille avec ses pavés qui font vibrer la voiture, ses maisons basses dont on perçoit déjà les couleurs, ses petites échoppes fermées à cette heure mais qui donnent déjà envie de s’attabler:  rien à voir avec Guatemala City, la capitale, connue pour être plutôt dangereuse et que nous avons traversée quelques heures plus tôt sous les recommandations d’une Guatémaltèque super inquiète pour nous. La ville semblait tentaculaire et pauvre, on nous a presque interdit de sortir du taxi. Bref on n’a pas eu très envie de s’attarder.

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De retour du trek on fait l’effort de ne pas se recoucher tout de suite et de vite ressortir pour arpenter la ville, faire quelques emplettes et se poser pour déguster un cappuccino – qui avait un vrai goût de cappuccino – en écrivant ENFIN quelques cartes postales. Du Zocalo avec ces belles arcades à l’Eglise de la Merced, du marché à la colline Cerro della Cruz, on aura marché pendant plusieurs heures sans vraiment se lasser de la beauté de cette ville.

Fondée en 1543 par les Espagnols, Antigua est vite devenue le siège d’un territoire immense s’étendant du Chiapas au Panama – c’est-à-dire toute l’Amérique centrale. Malheureusement deux violents séismes la ravagent au XVIIIe siècle et la capitale est transférée à Ciudad de Guatemala.

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Il reste encore de nombreux vestiges des divers séismes qui ont touché la ville : certains monuments sont en ruine, les murs ont tendance à s’effriter, mais ça ne fait que rajouter du charme et de l’harmonie à l’ensemble de la ville. Bâtie selon un plan à la Millet, comme à New-York et dans les grandes villes américaines, il n’est pas difficile de se repérer dans la ville.

Les monuments les plus emblématiques sont bien entendu l’église de la Merced, cette superbe église jaune qui date du XVIe siècle; on peut rentrer dans le cloître et avoir une vue sur les toits de la ville. Comme toujours l’ambiance y est particulièrement calme et reposante et tranche avec la menace des volcans qui entourent la ville.

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Du bleu, du rouge, du vert, du jaune ; je n’avais jamais mis les pieds dans une ville coloniale et je n’ai pas été déçue, j’ai particulièrement apprécié la façon dont les grandes enseignes de type MacDo se fondaient dans l’architecture. Pas de bâtiments qui dénotent, tout est harmonieux sans pour autant faire trop ville musée. Antigua a été inscrite au patrimoine de l’Unesco en 1979 ce qui explique que les constructions soient contrôlées.

Antigua est une ville très fréquentée par les touristes et peut paraître un peu artificielle, il lui reste pourtant un petit quelque chose qui la rend vivante. Certes les cafés et restaurants sont agencés aux goûts des touristes et surtout des étudiants qui viennent ici faire des stages de langue, mais on croise également des Guatémaltèques qui se rendent au collège avec leurs uniformes, d’autres qui s’en vont au marché ; les « chicken bus » traversent la ville, tous aussi colorés les uns que les autres. Antigua n’a pas encore complètement perdu son âme, et ça fait du bien.

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Si c’est le volcan Agua qui surplombe la ville on peut de nuit apercevoir les flammes du Fuego depuis la terrasse de certains restaurants. De manière générale la ville est un bon point de chute pour ceux qui voudraient s’essayer à plusieurs treks et/ou randonnées. Le volcan Pacaya, que l’on ne voit pas depuis la ville, peut aussi faire l’objet d’une randonnée de seulement deux heures pour une superbe vue.

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Ragaillardies par ces pérégrinations citadines nous voila prêtes à repartir à l’aventure, enfin pas totalement parce que nos jambes ne nous portent encore pas bien loin, les conséquences du trek se font sentir et c’est plutôt avec une envie de farniente que nous prenons la route pour notre prochaine étape : le lac Atitlan !

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Trek sur l’Acatenango

Vendredi 26 janvier – 7h du matin sur un trottoir d’Antigua

Il ne fait pas chaud, j’ai le ventre noué et je me demande pourquoi je suis debout si tôt à attendre un minibus qui va m’emmener souffrir. Aujourd’hui on part pour un trek de deux jours.

On a réservé notre excursion au Volcan Acatenango depuis plusieurs jours sur les conseils de Françaises croisées à Flores. On a retrouvé notre nouveau meilleur ami Teng, arrivé comme nous la veille au soir à Antigua après une trop longue journée de transports (bateau, bus, taxi). Et nous voila à peine réveillés prêts à partir à la conquête de ce fameux volcan culminant à 3976m de haut.

En venant au Guatemala je m’étais imaginée enchaîner les randonnées sur les volcans, accumulant les photos en haute altitude, le cuissot se musclant et les poumons s’habituant au manque d’air. Mais quand le minibus arrive je ne fais pas la fière et je voudrais retourner me coucher. Sauf que c’est trop tard.

 

 

 

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La moitié de l’ascension se fera dans le brouillard

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Pour ce trek nous avons fait appel aux guides de Soy Tour, via whatsapp. Il s’agit d’une association locale, l’argent qui est donné sert  d’abord au paiement des guides, venus des alentours, ensuite à l’amélioration des conditions de vie dans le village qui sert de base. Après avoir fait la tournée des hôtels d’Antigua pour prendre les touristes -heureusement nous ne sommes que 13 ce jour là – le bus nous emmène au village où les guides nous font les dernières recommandations et nous proposent quelques vêtements pour le froid au cas où nous ne serions pas assez vêtus.

Il faut dire que s’il fait 25 degrés à Antigua, le temps ne sera pas le même demain matin à plus de 3000m d’altitude. Les vêtements proposés datent tous des années 90 et la plupart des futurs randonneurs reprennent la route avec un look très vintage qui nous fait oublier toute idée d’être stylées en montagne!

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Teng nous attend depuis bien une demi-heure pour manger

Début de la montée: je n’aime pas les volcans

Enfin le grand moment arrive. Le bus nous débarque au bord d’un chemin de sable qui monte tout droit vers le volcan. On loue des bâtons de dernière minute à des enfants qui attendent à l’entrée les randonneurs – grand bien nous en  a pris, ces bâtons étaient plus que salutaires. L’ascension commence.

En quelques minutes je ressens toute la souffrance d’une ascension mal préparée: je me demande mille fois ce que je fais là, pourquoi ma gorge me brûle, pourquoi mes pieds semblent s’enfoncer toujours un peu plus dans le sable sans avancer, et surtout pourquoi ce chemin monte de façon continue comme s’il n’avait aucun fin. Alors que je suis bonne dernière en train de cracher mes poumons et furieuse d’avoir voulu tenter cette épreuve, le guide s’arrête pour nous laisser reprendre notre souffle. Ça ne fait que 15 minutes qu’on monte et je vois que Jéromine n’est pas dans un état tellement meilleur que moi. Heureusement les guides sont très prévenants: un devant, un derrière, un au milieu, ils vérifient qu’on suit et surtout s’arrêtent très régulièrement.

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sexy archivoyageuse

Cette première montée de l’Acatenango est de loin la pire: je me souviens m’être répété en boucle que je n’aimais pas les volcans et que ça n’avait aucun intérêt de faire des randos sur un tel terrain, avec une route qui ne serpentait même pas! Seuls souvenirs amusants: voir redescendre d’autres groupes affublés des mêmes tenues fluo que nous avons revêtues au début du trek.

Enfin le sable s’arrête et nous retrouvons un chemin de terre nous menant à l’entrée officielle du parc du volcan Acatenango. Le soleil ne semble pas s’être levé ce jour là et les arbres gouttent alors que nous pénétrons dans la forêt. Je ne vais pas nier que je suis déçue même si cette fraîcheur n’est pas forcément mauvaise quand on doit faire de la randonnée. Malheureusement le temps ne semble pas s’améliorer et plus nous montons plus il fait froid! Mais on ne perd pas espoir, surtout que cette deuxième partie de randonnée me plait beaucoup plus!

Les couleurs nous sont revenues, on respire mieux, et tout me parait moins difficile – mais difficile quand même! Comble du bonheur lors d’un nouvel arrêt, des guides nous attendent avec des tasses de chocolat guatémaltèque fumant. Ce sera la première fois qu’on teste ce chocolat à l’eau me rappelant la texture du café turc. Comme ça fait déjà bien trois bonnes heures qu’on marche cette pause chaude et sucrée nous requinque et grâce à elle la dernière partie de la grande montée, à priori l’une des plus difficiles, est un moment très agréable.

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Parties tout derrière  Jéromine et moi, parce que je déteste avoir l’impression de freiner les gens, on avance d’un bon pas, peu rapide mais sûr, et sans vraiment nous en apercevoir on double tous les randonneurs avant d’arriver au sommet juste derrière Teng, qui semble infatigable. C’est sa première grande randonnée, il est en jean et crapahute comme si l’altitude et l’exercice n’avaient aucun effet sur lui. De notre côté on commence à ne plus ressembler à grand chose: les joues biens rouges, la sueur qui perle et Jéromine a revêtu le superbe manteau tout droit venu de notre école primaire qui lui donne un look particulier.

On est super fières de nous! On attend les autres avant de manger ce que les guides ont préparé (du poulet froid) que je mange de fort bon appétit maintenant que je sais qu’on a fait le plus dur. Il ne reste en effet qu’une grosse heure presque à plat, presque un genre de “rando du dimanche” à nos yeux après ce qu’on a enduré le matin.

Sauf que… je me suis mal débrouillée: est-ce parce que j’ai trop mangé? Je me suis trop reposée? Le mal de l’altitude? Cette dernière heure sera la pire heure de marche que j’ai faite de ma vie. Très vite je sens que ça ne va pas. Le ciel commence pourtant à se découvrir, on entend les grondements de volcans au loin, et mes coéquipiers me dépassent tous à bonne allure, fringants et heureux de pouvoir enfin profiter du paysage, des bois, du soleil, sans que chaque pas ne leur coûte.

Au contraire pour moi chaque pas est plus difficile que le précédent. Je sens que les pleurs montent, la panique. J’avance comme un escargot et certains randonneurs s’arrêtent pour vérifier que je ne vais pas m’effondrer. J’ai de toute évidence atteint une limite et je resterai dans un état végétatif toute la soirée. Malgré le chocolat chaud, le feu qui est allumé près de notre campement et le barbecue de chamallow. Je suis hébétée.

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On surplombe la plaine d’Antigua

Le camp de base : découverte de l’agité volcan Fuego

Et pourtant le campement est parfait: situé à 3600m d’altitude, face au volcan Fuego qui n’en finit pas de gronder et de cracher ses entrailles. Des volutes de fumées s’échappent sans arrêt de son sommet et on admire le coucher de soleil qui lui donne des teintes ocres. Il commence à faire frais et on se rhabille avant de rejoindre le feu tout en profitant de la vue sur la chaîne des volcans et la plaine d’Antigua sous nos pieds.

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Le fugeo prend mille teintes à la minute quand le soleil se couche

Quand la nuit tombe c’est le début du grand spectacle: ce n’est plus de la fumée qui sort du cratère mais bel et bien d’immenses feux qui s’écroulent sur les pentes rougeoyantes du volcan. Chaque explosion est prévenue par un grondement qui s’intensifie, le show n’en finit pas et durera toute la nuit. J’aime ce bruit, le cœur qui se soulève et cette sensation de ravissement à chaque nouvelle gerbe dorée. C’est captivant.

Et pour qu’on ne perde rien du spectacle une fenêtre a été aménagée depuis les toilettes du campement (toilettes fort sales mais on va pas faire nos difficiles, surtout qu’on est venues avec les deux saint Graal que tous nous demandent: du PQ et du gel hydroalcolique, c’est presque le confort). C’est d’ailleurs le meilleur point de vue du campement et ça donne à cette activité si banale un petit quelque chose d’extraordinaire.

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Alors que je commence à peine à reprendre mes esprit je suis époustouflée par ce que je vois et en même temps j’ai un peu peur – j’ai passé la nuit à rêver de la fin de Pompéi pour vous donner une idée – et il semble que je ne panique pas à tort puisque quelques mois plus tard certains villages seront évacués et de nombreuses personnes portées disparues suite à une éruption plus forte que la normale du volcan Fuego.

Samedi 27 janvier – 4h du matin – 3600m d’altitude.

Une lampe de poche sur la tête un guide vient nous réveiller: le chocolat est prêt, le feu pas encore éteint, nous avons le temps d’en profiter un peu avant de grimper les 376 derniers mètres qui nous séparent du sommet pour y voir le lever du soleil.

Fidèle à ma super technique, je me place bonne dernière, et même si je vais bien mieux que la veille je sens que cette montée va être difficile. D’abord parce qu’il fait encore nuit, ensuite parce que je respire de moins en moins bien. Normal à cette altitude. J’ai décidé de ne pas me surpasser, tant pis si j’arrive après le soleil, je veux que cette marche reste un plaisir pour moi. Le chemin compte autant que le but. Et grand bien m’en fasse: j’ai un très bon souvenir de ces deux heures de marche presque seule dans la montagne.

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Sur la lune? Non, seulement sur le toit de l’Acatenango

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notre prochaine étape: le lac Atitlan

Très vite je m’éloigne du reste du groupe qui va trop vite et l’une des filles qui marchent avec nous est victime du mal de l’altitude, on doit ralentir et un guide reste avec nous. Une quatrième personne se joint à notre caravane: un chien abandonné qui monte et descend chaque jour avec les randonneurs. Le guide m’indique qu’il doit rester derrière et que je dois donc guider. En pleine nuit. Alors que les lumières des caravanes devant nous ont totalement disparu.

Entre panique et excitation je prends donc la tête de la cordée, notre nouveau compagnon canin me dépasse pour me montrer le chemin, et prend garde à rester toujours dans la lumière de ma lampe de poche pour que je ne le perde pas de vue. C’est un moment insolite et délicieux. Les premières lueurs du jour pointent le bout de leur nez derrière la cîme des rares arbres qu’il reste. On respire de plus en plus difficilement quand le guide, après une énième pause, nous met un peu de pression: “Les filles il reste 10 minutes avant le lever du soleil. On accélère, vous pouvez y arriver.”

 

3976m – le sommet, enfin…

Vous voyez la scène de fin du Seigneur des anneaux, quand Frodon gravit les derniers mètres le séparant de la montagne du destin, trébuchant dans le sable, se relevant avec des yeux de fous? C’était moi et ma co-randonneuse avec toute la hargne qu’il nous restait pour parvenir au sommet le plus vite possible. Moitié pleurant de fatigue, moitié mortes de rire en ayant bien conscience du spectacle qu’on donnait. Mais nous voici arrivées au sommet, haletantes et tellement heureuses. Le guide a l’air vraiment fier de nous, le soleil n’est pas encore levé. Le temps de rejoindre Jéromine et les autres et nous apercevons le soleil se levant derrière le volcan Agua, pendant que le Fuego continue de cracher tout ce qu’il peut.

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Notre ami de feu n’en finit pas de fumer
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moches, fatigués mais heureux

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La vue depuis ce sommet valait largement les difficultés de la montée: du Pacifique au lac Atitlan en passant par la chaîne des volcans du Guatemala nous avons une vue magnifique. Les nuages qui recouvrent la vallée rendent le paysage encore plus romantique. Même s’il fait froid on a du mal à partir tant on veut rester ici admirer cette vue qu’on a bien méritée. Encore aujourd’hui je ne trouve pas vraiment comment vous décrire cette félicité qu’on ressent quand on admire un tel paysage.

Il est déjà l’heure de redescendre: on glisse dans le sable pour revenir au campement en une demi-heure, c’est amusant même s’il faut faire attention. Un deuxième petit-déjeuner nous attend avant d’entreprendre la grande descente, sous le soleil cette fois, et de profiter de la forêt tropicale dans laquelle on déambule gaiement et qu’on n’a pas pu voir la veille dans le brouillard.

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Quand on voit tout ce sable en descendant on comprend pourquoi c’était si difficile à monter

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Malheureusement cette descente est loin d’être idyllique, et tout comme le début de la montée était atroce, on souffre durant ce même passage. Le chemin demande une vigilance constante et l’Américaine qui nous précède et ne cesse de parler nous tape trop sur les nerfs. On n’en peut plus, on veut arriver et on commence à faire des bêtises: des pieds qui butent dans les pierres, des chevilles qui se tordent…Nos pieds vont mettre un sacré temps à nous le reprocher puisque nous avons toutes les deux perdu des ongles de pieds (d’où l’intérêt d’être sûr de ses chaussures de rando quand on part en trek) mais on porte cette blessure comme une blessure de guerre qui nous rappellera des mois durant l’incroyable trek pour grimper l’Acatenango!

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Un dernier au revoir au Fuego

Conseil:

Pour ce qui est du matériel: de bonnes chaussures de rando (avec du compeed au cas où), un sac d’au moins 30L (on nous a demandé d’emporter 3L d’eau avec nous), des gants, un bonnet, une écharpe, des chaussettes chaudes, plusieurs couches de vêtements de montagne (on trouve tout chez Decathlon) et un coupe vent ou Soft/shell. Il fait vraiment très froid en haut et on dort difficilement à cause de ça. Nous avons grimpé en short et avons réservé nos leggin/joggin pour la nuit ou pour la montée de nuit: c’était agréable d’avoir conserver des vêtements chauds à mettre une fois qu’on se posait au camp de base.

Préférez faire ce trek en semaine, le weekend les caravanes sont très nombreuses, parfois plus de 30 personnes, ce qui rend l’expérience très impersonnelle à mon sens. Essayez de vous préparer un peu en avance avec une marche régulière car ce n’est pas un trek si facile, il est cependant faisable pour quelqu’un qui ne fait du sport que ponctuellement – comme moi – et qui est en bonne santé physique.

Pour finir je vous conseille d’aller voir le super vlog qu’on a fait sur ce trek: vous y verrez la fatigue, le maque de souffle, l’humidité et la joie. C’est notre meilleur vlog donc vraiment allez y!! C’est ici

 

Et si vous souhaitez l’avis d’autres randonneurs sur ce trek vous pouvez lire l’article de Jéromine mais aussi celui de mi-fugue mi-raison